Centre-Val de Loire  L’éclosion de l’écotourisme

Centre-Val de Loire
L’éclosion de l’écotourisme

L’éclosion de l’écotourisme

Chaque année, 400 000 touristes visitent le château royal d’Amboise. Gif : Lucas Bouguet/EPJT

Faut-il encore prendre l’avion ? Doit-on voyager autrement ou même peut-on encore voyager ? En ce début d’été, après la crise sanitaire, on parle beaucoup d’écotourisme. En Centre-Val-de-Loire, il se développe tranquillement. Mais pas facile de changer ses habitudes.

Par Lucas Bouguet, Emilie Chesné, Marie Désévédavy
Bande dessinée : Ulysse Ogier/Brassart-Delcourt 

a Touraine est connue pour son patrimoine historique et naturel, notamment ses nombreux châteaux. Ce voyage commence dans les jardins de l’un d’entre eux. Depuis les terrasses du château d’Amboise, la vue sur la vallée est à couper le souffle. Au Sud, s’étend le lit de la Loire. À l’Est, les remparts surplombent la ville d’Amboise. À l’Ouest, le château qui abrite bien plus que deux siècles d’histoire. Faune et flore cohabitent dans les espaces verts qui entourent la royale demeure.

En septembre 2019, le parc de 1,5 hectare, déjà labellisé Jardins remarquables, a été inscrit aux refuges de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Ce nouveau projet est né de l’envie des jardiniers du château de renforcer la protection des animaux présents sur le site. La LPO a alors réalisé une étude en vue de la labellisation, à la suite de quoi, elle s’est prononcée favorablement.

Hirondelles, merles ou encore rouges-gorges…, ce sont près de 82 espèces d’oiseaux qui habitent le site. Des perchoirs et une vingtaine de nids artificiels ont donc été installés afin de les préserver. Cette labellisation entraîne aussi le respect de consignes spécifiques. Par exemple, la taille des arbustes est réglementée afin de ne pas détruire des nids.

Fier de cette valorisation, le château incite ses visiteurs à profiter du calme et de la nature : des salons de jardins sont à disposition, les pique-niques sur les pelouses sont autorisés et des parcours pédagogiques vont être mis en place pour la rentrée de septembre. Ces derniers instruiront les touristes quant aux plantes et aux oiseaux du site.

Le jardin du château royal d’Amboise fait désormais parti des 33 000 refuges labellisés LPO. Lucas Bouguet/EPJT

En plus de faire découvrir son histoire et ses espaces naturels toute l’année, le château organise ponctuellement des événements de plus grande ampleur. Par exemple, en septembre 2019, pour la première fois, le château royal d’Amboise a accueilli un concert électronique sur ses terrasses. Près de 700 spectateurs y ont assisté. Les musiciens étaient installés sur une scène, face aux façades Nord et Est du château. Alors que c’est sur celles-ci que nichent les hirondelles qui vivent sur le site.

Des concerts, comme le Château machine, ne sont-ils pas de nature à déranger la tranquillité de la faune locale ? À cette question, Samuel Buchwalder, chargé de communication du château répond : « Il y a eu des études de bruit. Bien sûr que nous nous sommes posés la question. » 

Samuel BUCHWALDER, chargé de communication au château royal d’Amboise. 

La LPO estime, au contraire, que de tels événements dérangent la tranquillité des hirondelles. L’association s’est donc rapidement rendu compte que le château présente des manquements sur la gestion de la faune.

Après la tenue du concert, la LPO a cherché à trouver un compromis avec les gérants du château pour limiter l’impact des spectacles. Mais les conseils donnés en janvier 2020 par l’organisme n’ont pu être appliqués à cause du confinement national, lié à la Covid-19. Loin de s’en attrister, la LPO espère que la baisse de fréquentation du site patrimonial aura un impact positif sur le nombre de nids d’hirondelles occupés.

Avec sa labellisation LPO, l’attractivité du château d’Amboise a connu un rebond. Des ornithologues viennent observer les espèces rares qui vivent sur le site. Par exemple, en novembre dernier, ils ont eut la chance d’apercevoir et de photographier des Tichodromes échelettes.  

Ce que nous apprend l’histoire du château d’Amboise, c’est que la protection de la nature par les acteurs du tourisme comporte des limites : celles des enjeux économiques et politiques. Toute la difficulté pour les hommes et les femmes qui développent ce modèle est de rendre leur projet rentable tout en respectant la nature.

TICHODROME ECHELETTE  Vieillevigne ( Loire-Inf. ) 26 Octobre 1890. Dessin tiré du Bulletin de la Société des sciences naturelles de l’Ouest de la France

 

 

À trente minutes d’Amboise, Tours est la principale porte d’entrée des touristes internationaux dans la région. Son aéroport reçoit des subventions de la métropole pour développer des liaisons aériennes. Cette ambition est en complète opposition avec la promotion d’un tourisme plus vert dans la région.

Plutôt que de financer le tourisme de masse, Benoît Faucheux, en sa qualité de conseiller au service de la région Centre-Val-de-Loire, propose que le territoire se concentre principalement sur les touristes français. Il souhaiterait que les réseaux de transports nationaux et régionaux se développent plutôt que les lignes internationales. Tout en favorisant des mobilités plus douces, cela permettrait aux Français de (re)découvrir le patrimoine de l’Hexagone.

Pour les Parisiens, par exemple, il est possible de se rendre à Tours en train en moins de deux heures. Pour les plus courageux, une piste cyclable de 800 kilomètres, nommée La Loire à vélo, permet de traverser la région à vélo. Un modèle touristique plus respectueux de l’environnement est donc possible.

Benoît FAUCHEUX, conseiller régional (Les Verts) du Centre-Val-de-Loire.

C’est sur cette même voie que s’engage l’office du tourisme de Tours. Carole Archambault y est chargée du développement de l’écotourisme. Plusieurs collaborations ont alors été créées pour sensibiliser à cette alternative.

Par exemple, depuis 2016, cet office de tourisme est le seul de France à avoir un partenariat avec l’association Teragir, maison mère du label Clef verte. Ce label est considéré comme le premier en matière de tourisme durable. Il est attribué aux hébergements touristiques et aux restaurants. Le partenariat avec l’office de tourisme permet alors de sensibiliser et d’accompagner les hébergeurs de la région jusqu’à la labellisation.

Carole ARCHAMBAULT, chargée du développement de l’écotourisme à l’office de tourisme de Tours.

Pour aller plus loin dans cette démarche, l’office de tourisme a mis en place un instant Clef verte, en mars 2020. L’objectif de cet événement est de valoriser et de mettre en avant des hébergeurs respectueux de l’environnement et les bonnes pratiques des acteurs touristiques de la région. À cette occasion, la presse et les élus sont conviés pour porter la bonne parole du tourisme vert.

Sensible au respect de la nature, Carole Archambault veut aussi encourager les locaux à se tourner vers « une démarche verte, plus éco-responsable, dans un environnement moins énergivore ». De fait, elle a lancé, en 2018, une collaboration avec Grégoire Paquet, écoguide de l’association Val-de-Loire Écotourisme, basée à l’île Bouchard, au sud de Tours.

Trois sorties nature ont été mises en place. L’une pédestre, la deuxième à vélo et la troisième en bateau. Ces balades, animées par l’écoguide, alliaient contenus pédagogiques, géologiques et patrimoniaux. Mais en 2019, les sorties à pied et à vélo ont été annulées faute de participants. Elles n’ont donc pas été reconduites.

Seule l’activité bateau, qui a attiré plus d’une vingtaine de personnes, a été conservée pour l’année 2020. Six balades sont prévues entre le 13 juin et le 5 septembre. Cette escapade comprend une visite de la ville à pied, suivie d’une heure en bateau traditionnel sur la Loire, avant de terminer par un apéritif sur l’embarcation.

Les inscriptions sont limitées. En effet, les groupes de petite taille permettent de s’intégrer plus facilement à la nature, de l’observer sans la détériorer.

n mai, l’office de tourisme de Tours a aussi rejoint le réseau des Acteurs du tourisme durable (ATD). Sur son site internet, cet organisme, qui regroupe 109 membres, se définit comme le représentant français des acteurs du tourisme durable. Pour l’office de tourisme, faire partie de la famille ATD lui permet de mieux faire connaître ses actions écotouristiques.

Dans la forêt de Chinon, Grégoire Paquet privilégie l’éducation à l’environnement et sa protection à la rentabilité. Il y organise des week-ends brame du cerf entre le 15 septembre et le 15 octobre, période de reproduction de cet animal. Les participants sont accueillis le samedi à 14 heures et sont libérés le dimanche à 10 h 30.

Pour profiter de ces vingt heures en pleine nature, il faut débourser 179 euros par personne. L’originalité de cette activité, qui mêle découverte de la nature et pédagogie, attire : les réservations sont complètes depuis plus d’un an.

Grâce à la demande, Grégoire Paquet pourrait facilement augmenter le nombre de participants à chacune de ces sorties. Économiquement, cela serait beaucoup plus rentable pour son association Val-de-Loire Écotourisme. Mais l’écoguide martèle sa volonté de réduire l’empreinte de l’homme sur la nature.

« Tout le monde parle d’écologie. C’est un business vidé de son sens »

Grégoire Paquet 

Il restreint donc les groupes à quatre personnes. Et enfonce le clou : « Si demain un groupe de vingt personnes m’appelle pour me dire qu’il veut faire un week-end brame du cerf, je refuse. » C’est aussi le meilleur moyen, pour les touristes, de partager un moment totalement unique.

Grégoire Paquet est sceptique quant à l’évolution de l’écotourisme qui pourrait n’être, selon lui, qu’un effet de mode. « Tout le monde parle d’écologie. C’est un business vidé de son sens », se désole-t-il. De fait, l’écologie est parfois instrumentalisée à des fins marketing. Le tourisme n’échappe pas au greenwashing.

Grégoire Paquet, à la tête de l’association Val-de-Loire écotourisme.

Certains voyageurs essaient cependant de faire du tourisme vert par leurs propres moyens. Se lancer dans un voyage à pied ou à vélo est un bon moyen pour réduire son empreinte écologique. 

Anne-Laure Lemener, étudiante rennaise, s’est lancée dans l’expérience Saint-Jacques-de-Compostelle, du 1er mai au 16 juillet 2019. Ce voyage de plus de deux mois l’a changée. Pour la première fois, elle a pris son temps tant dans ses échanges avec les autres que dans ses déplacements. « Ça m’a montré qu’un pays se visite autrement qu’à travers ses grandes villes, que les rencontres sont d’autant plus profondes », raconte-t-elle.

Olivia Kölher – connue sur les réseaux sociaux comme leptitreporter – est une photographe-reporter globe-trotteuse française. Lors de ses voyages, dont plusieurs au sein de la tribu Massaï, en Tanzanie, elle s’inscrit dans une démarche engagée et responsable. Toutefois, la jeune femme reconnaît ne pas être écologique à 100 %, du fait de ses modes de transport. « Le but, c’est de faire de son mieux, mais sans forcément être parfait. Il ne faut pas culpabiliser si on ne peut pas tout bien faire ni tout le temps », concède-t-elle.

Des déchets jonchent parfois les bords des chemins empruntés par les touristes. Emilie Chesné/EPJT 

Mais tous ceux qui arpentent les sentiers naturels ne sont pas sensibles à l’environnement. Les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en sont un bon exemple. En 2018, ils ont vu leur fréquentation augmenter de 20 %. Ce pèlerinage millénaire devenu à la mode a un impact négatif sur les paysages traversés : ils subissent le même sort que les bords d’autoroutes.

Lors de son périple, Anne-Laure Lemener a été très surprise de constater qu’en Espagne, sur la voie du Nord qui relie Hendaye (côté français) à Gijón (côté espagnol), «on peut s’amuser à compter les canettes de coca cola dans les fossés et celles qui flottent au bord de la mer. Sans oublier les papiers de barres énergétiques ».  

es voyageurs sont ambivalents dans leur démarche écotouristique. Grégoire Paquet se souvient de ces touristes qui un jour ont visité Disneyland Paris et qui, le lendemain, participaient à son weekend brame du cerf. Sans aucune logique évidente. Ce n’est pas parce qu’il réserve un écogîte que le touriste partage les valeurs des acteurs du tourisme vert. Il est juste curieux et attiré par la découverte d’expériences différentes.

Du coup, le souhait des acteurs du tourisme de limiter l’empreinte écologique de leurs activités et de leurs prestations ne s’accorde pas toujours avec les envies des voyageurs. En 2016, quand le couple Perronin a réaménagé une maison troglodyte de viticulteurs pour en faire un gîte, il s’est clairement inscrit dans une démarche écologique. Tous les matériaux ont été choisis en ce sens : chaux, liège, panneaux solaires… En ouvrant Le Point de vue Léonard, il pensait sa démarche claire.

Pourtant, quelle ne fut pas sa surprise de voir que certains de leurs clients prenaient leur voiture pour aller visiter le château d’Amboise pourtant situé à 500 mètres de leur gîte. Franck Perronin a dû se rendre à l’évidence : ses clients étaient davantage attirés par le côté insolite de la maison troglodyte que par l’écologie. Il lui a fallu pas mal de patience et de pédagogie pour convaincre ses pensionnaires de consommer local et de se déplacer à pied ou à vélo.

Anne-Laure LEMENER, étudiante rennaise, a effectué son premier pèlerinage en 2019. 

Franck Perronin nous montre une reproduction du Château royal d’Amboise dessiné par Léonard de Vinci. Lucas Bouguet/EPJT

Pour certains, découvrir l’écotourisme, c’est l’adopter. Pour d’autres, l’expérimenter ne signifie pas pour autant l’embrasser définitivement. La Touraine est un lieu propice pour ce genre d’expérience. C’est en août 2019, qu’Anne-Sophie et Guillaume, du blog Voyageurs français, ont participé à un week-end nature écotouristique, organisé par l’office de tourisme de Tours. Accompagnés de Grégoire Paquet, les deux blogueurs ont visité, pendant deux jours, la région, à vélo.

Depuis, le couple admet être désormais plus attentifs au label Clef verte. Ils reconnaissent cependant que ce séjour n’a pas changé radicalement leur manière de voyager. Les travers du tourisme de masse reprennent progressivement le dessus.

Parmi tous les obstacles pour adopter une démarche plus verte quand on voyage, le principal est financier. Pour Mallaury Bordier, pourtant étudiante en licence d’écotourisme à Saumur, les hébergements dits écotouristiques restent encore trop chers. « C’est destiné à une population plus aisée », regrette-t-elle. Elle ne pourrait pas s’offrir un week-end au Point de vue Leonard à Amboise : le prix de la semaine oscille entre 700 euros et 900 euros, pour un gîte pour six personnes. Franck Perronin justifie ses prix par sa clientèle française et internationale, qu’il qualifie de « bobo »

A Chédigny, petit village d’Indre-et-Loire de 560 âmes, fleurir les rues ne répondait à aucun but lucratif. L’initiative de planter rosiers et vivaces était avant tout locale et destinée aux Chédignois. Les habitants ne parlent pas d’ailleurs pas d’« écotourisme » même s’ils le pratique, comme M. Jourdain avec la prose, sans le savoir.

L’eau : l’élément qui fait de Chédigny le village qu’il est aujourd’hui. Lucas Bouguet/EPJT

Il y a vingt-et-un ans, Chédigny n’avait pas le même visage. C’est après un séjour à Grignan (Drôme) que Pierre Louault, maire de 1977 à 2017, a eu l’idée de fleurir sa ville. La démarche a conquis ses concitoyens. Et l’actuel maire, Pascal Dugué, a pérennisé cette initiative.

Les labellisations Villes et villages fleuris, sa fleur d’or et le Festival des roses attirent bien au-delà de l’Hexagone. À en croire la mairie, pas moins de 15 000 touristes visitent le village chaque année. Cet afflux est une manne pour la commune qui peut ainsi financer de nombreuses infrastructures comme un bar communal dont l’ouverture est prévue pour 2021.

Obnubilés par la fragrance des roses, les visiteurs ne font pas toujours attention où ils mettent les pieds et écrasent parfois les plantes qui couvrent les rues de Chédigny. Certains se permettent de cueillir des fleurs, ce qui dégrade des bordures et des parterres. Par conséquent, Pascal Dugué soutient la proposition de loi de Simon Jolivet, maître de conférences en droit à l’université de Poitiers. Il souhaite redonner plus de pouvoir aux maires pour la préservation des espaces verts.

Bande dessinée : Ulysse Ogier/Académie Brassart-Delcourt.

Comme à Chédigny, il n’est pas forcément nécessaire de dépenser une fortune pour faire de l’écotourisme. Accueil Paysan propose ainsi une expérience écotouristique à ceux qui le souhaitent sans avoir un gros budget. Fondée en 1987, cette association loi 1901 est avant tout sociale. Agriculteurs, paysans et producteurs de toute la France accueillent chez eux des touristes afin de leur offrir un cadre de séjour différent. 

En Centre-Val-de-Loire, ils sont une cinquantaine d’adhérents – hôtes et de clients réguliers – à militer en faveur d’un tourisme durable, équitable et solidaire. Jean Seigneur est le propriétaire du gîte de la Pissonière, situé dans l’Indre. Ce désormais retraité a réaménagé une ancienne étable pour y accueillir les touristes. Pour lui, l’accueil à la ferme sert à « maintenir le lien entre urbains et ruraux ». C’est pour cette raison qu’il a rejoint l’association. En ce sens, ses tarifs sont donc accessibles : environ 350 euros pour une semaine dans le gîte ; 35 euros la nuit pour la chambre d’hôte.

Lucas Bouguet

@Lucaas_bgt
22 ans
Étudiant en journalisme à l’EPJT
S’intéresse aux récits migratoires et aux mouvements de luttes sociales
Souhaite tendre le micro pour la radio.

Emilie Chesné

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Étudiante en journalisme à l’EPJT
Passionnée par les technologies et les nouvelles écritures journalistiques
Passée par La Nouvelle République du Centre-Ouest
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Marie Désévédavy

@mariedsvy
23 ans
Étudiante en journalisme à l’EPJT
Passionnée par l’Amérique latine, les thématiques migratoires, sociétales et internationales
Passée par Ouest-France, Irish Daily Mirror et La Nouvelle République du Centre-Ouest
Se destine à la presse écrite ou à la télévision.

Ulysse Ogier

20 ans
Travaille comme auteur avec plusieurs projets de BD notamment historiques. Aimerait se spécialiser dans le décor et la colorisation en bande dessinée, où dans l’illustration.

De Barcelone à Paris, du rififi dans le tourisme

De Barcelone à Paris, du rififi dans le tourisme

De Barcelone à Paris

Du rififi dans le tourisme

Standardisation des commerces, muséification des lieux de vie, exclusion des populations locales, le tourisme de masse fait des ravages dans de nombreuses capitales. A Barcelone, il est même devenu un des enjeux de la campagne municipale. A Paris, ce n’est pas encore le cas. Pour l’instant.

Par Daryl RAMADIER (texte et photos), à Barcelone

Sur les Ramblas, trois touristes manquent de se faire harponner par un taxi. Les malheureux n’ont pas vu le véhicule arriver, trop concentrés sur leurs photos de l’entrée du Mercat de la Boqueria. Cet hangar de 2 583 mètres carrés, surplombé d’un toit métallique, est le marché le plus célèbre de Barcelone. Les langues qui se côtoient dans les allées – français, anglais, allemand, espagnol, chinois, etc. – témoignent de sa réputation internationale.

Il faut être patient pour se frayer un chemin à travers le célèbre marché de la Boqueria.

À l’intérieur, les premiers pas séduisent autant qu’ils découragent. Ils séduisent par la magie des étals débordants de fruits éclatants de couleurs et parfaitement bien ordonnés,  les jus de fruits et les chocolats qui attisent la gourmandise. Découragent, car il faut bien de la patience et de la débrouillardise pour s’en approcher. C’est la cohue. L’accident le plus fréquent : heurter un touriste posté devant un étalage qu’il est en train de photographier. Tout attire les regards et les mains.

Sur le stand d’œufs de Belén, un panneau avertit les curieux : « No tocar / Don’t touch » (« Ne pas toucher »). Des précautions que l’on emploie généralement dans un musée. « Mais c’est comme un musée ici ! Un musée tactile…, tempête la commerçante. Les gens touchent à tout, n’achètent rien. »

Sur la gauche, une jeune fille interpelle sa mère : « Je cherche la sortie, c’est là non ? On voit rien avec tout ce monde ! » La sortie est bien là et l’adolescente poursuit sur les Ramblas.

 S’y succèdent kiosques et boutiques où s’empilent mugs, cartes postales et maillots du FC Barcelone. On y trouve même de petites statues de taureau, dans une ville anticorrida.

Au début des années deux mille dix, une partie du conseil de la ville estimait que « l’offre commerciale des Ramblas n’est pas attractive : les établissements sont beaucoup trop homogènes et ont peu de personnalité ». Difficile de ne pas s’en apercevoir.

Pour prendre un peu d’air, direction le nord et le parc Güell, sur les hauteurs de la ville. Là encore, il va falloir s’armer de patience : on a beau être un jeudi de mi-janvier, plusieurs dizaines de personnes font la queue afin de pouvoir entrer. À l’intérieur, de nouvelles longues minutes d’attente devant les monuments, le temps que chaque visiteur puisse faire ses selfies.

Armé de ses tracts, Rodrigo se rend chaque jour à la rencontre des touristes du parc Güell, qu’il veut préserver.

Autrefois gratuit, le parc Güell est devenu en partie payant en 2013, dans un souci de préservation des lieux. En 2017, ils étaient encore 3,1 millions à s’y rendre. Bien moins qu’auparavant, mais le chiffre reste tout de même élevé. Les habitants de certaines zones de la ville peuvent y accéder gratuitement à condition de de détenir une carte spéciale.

Ce qui agace le Barcelonais Rodrigo Arroyo : « Il s’agit d’un espace public. C’est chez moi. Ce sont mes impôts qui paient ça… Et je ne peux même pas y entrer comme je le veux. »

Fondateur de la plateforme Defensem el Park Güell, Rodrigo milite pour le retour à la gratuité pour tous. Chaque jour, il se rend sur les lieux et distribue des tracts, dialogue avec les touristes. Il leur explique qu’ils ne devraient pas avoir à payer.

Lorsqu’on l’écoute, il enchaîne sur un autre problème, lui aussi provoqué par le tourisme : son quartier se vide de ses habitants du fait de l’augmentation des prix du logement et du nombre de ceux réservés aux touristes. « La quasi-totalité des gens approuvent ce que je dis », assure-t-il. Son combat ne fait pas l’unanimité. Certains l’accusent de « jouer aux révolutionnaire ». Rodrigo Arroyo, lui, ne se décourage pas. Il reviendra demain et les jours suivants.

Un parc à thème

Ces scènes illustrent quelques uns des problèmes posés par la surfréquentation de Barcelone, l’une des villes les plus prisées d’Europe : 30 millions de visiteurs par an, pour seulement 1,6 million d’habitants. Climat doux (18,4 °C de moyenne), situation géographique favorable (entre la plage et la montagne), transports (avion, train, métro, bus), attractions culturelles (œuvres de Gaudí) et sportives (FC Barcelone) : rien ne manque.

Alors qu’il y ouvrait son premier hôtel, en 1971, l’homme d’affaires José Meliá Sinisterra décrivait Barcelone comme « la ville des bras ouverts ». Presque cinquante ans plus tard, elle dégage toujours une image positive de buen rollo, de bonne ambiance.

Barcelone est habité de dizaines (et dizaines) de boutiques de souvenirs,
toutes similaires les unes aux autres.

Mais la vitrine de la capitale catalane cache une double réalité. Le terme « disneylandisé », rendu populaire par la géographe Sylvie Brunel, lui est fréquemment accolé. En 2005, une étude menée par l’université de Pau et des Pays de l’Adour soulignait déjà la transformation du cœur de la ville « en parc à thème : la muséification, la réification de l’espace public y tuent peu à peu l’ambiance qui avait suffi à faire son charme et qui repose la plupart du temps sur l’usage de l’espace par les habitants ».

Les promoteurs de l’industrie touristique parlent de la « marque » Barcelone, brillante à leurs yeux ; moins à ceux des autochtones. « Les acteurs locaux deviennent des prestataires au service du touriste. Les habitants sont obligés d’évacuer les lieux du fait du coût de la vie, des embouteillages pour aller au travail, des nuisances », explique le sociologue Rodolphe Christin qui travaille sur le tourisme de masse.

En juin 2017, les Barcelonais désignent le tourisme comme étant leur principal problème. Quelques semaines plus tard, un bus touristique est attaqué par des activistes qui crèvent ses pneus et taguent : « Le tourisme tue les quartiers ». Les répercussions de cet événement incite la presse étrangère à s’intéresser au phénomène. Le très britannique journal The Guardian, titre en août 2018 : « Comment le tourisme est en train de tuer Barcelone. »

« Le tourisme est aujourd’hui un élément du paysage urbain. Cela peut même être l’aspect le plus visible de certaines zones… »

Joan Ramon Resina, professeur à Stanford

Lors de la dernière enquête municipale, le tourisme était considéré comme le problème numéro 2 de la ville, derrière l’accès au logement. Des liens existent entre les deux. Dévoilant ces résultats, le premier adjoint au maire de Barcelone, Gerardo Pisarello, rappelle la relation entre l’accès au logement et la gentrification de certaines zones (notamment) à cause du tourisme. Confirmant ainsi ce que dénonçait Rodrigo Arroyo au parc Güel.

Dans les quartiers où se concentrent les visiteurs, commerces et habitations touristiques (hôtels, Airbnb) ont remplacé les logements. L’inflation achève de chasser les résidents locaux, repoussés en périphérie. « Le touriste est aujourd’hui un élément du paysage urbain. Cela peut même être l’aspect le plus visible de certaines zones de Barcelone d’où la population autochtone a été expulsée », écrit Joan Ramon Resina, professeur à l’université Stanford (Etats-Unis) dans l’ouvrage Destinació BCN, història del turisme a la ciutat.

La queue s’allonge devant le parc Güell, visité chaque année par plusieurs millions de personnes.

À cela, les tenants du marché touristique opposent les bénéfices économiques et leur volonté de les réinvestir pour améliorer la convivialité. D’après l’Organisation mondiale du tourisme, l’activité touristique représente 10 % du PIB mondial et emploie une personne sur dix sur la planète – emplois indirects inclus.

À Barcelone, elle rapporterait 20 millions d’euros par jour à la ville, pour 12 à 14 % du PIB et entre 90 000 et 140 000 emplois. « Mais les emplois créés sont souvent précaires, les salaires peu élevés, les conditions de travail difficilement supportables », rétorque le sociologue Rodolphe Christin.

S’en prendre au tourisme n’est pas chose aisée. En particulier en Espagne où il a une réputation de bienfaiteur. Dans Bienvenido Mr. Turismo, l’historienne Alicia Fuentes Vaga rappelle qu’à la fin du franquisme, le boom du tourisme a été « interprété comme une voie vers la modernisation et l’ouverture internationale ». Etre en faveur du tourisme, c’est être progressiste. Et même auparavant, le régime franquiste l’a utilisé pour essayer de donner une image de pays libre et tolérant.

Le développement hypertrophié du tourisme a été le produit d’une volonté commune, d’une alliance entre pouvoirs publics et entreprises privées. Aujourd’hui, Barcelone en paie les conséquences. La défiance envers le tourisme grandit. En 2012, 71,8 % des habitants estimaient que la ville devait attirer plus de touristes. Ils ne sont plus que 35,2 % à le penser.

« C’est comme un musée ici ! » Les commerçants aimeraient bien vendre leurs produits. La plupart des touristes se contentent de photos.

Villes en perte d’identité

Le cas barcelonais n’est pas unique. À Montmartre, le « village » parisien n’est plus qu’un mythe ; les artistes ont été remplacés par les boutiques de souvenirs. Sur les marches du Sacré-Cœur, il faut être vigilant pour ne pas se cogner aux autres. Les miniatures de la tour Eiffel sont à Paris ce que les maillots de Messi sont à Barcelone. La capitale catalane abrite les mêmes enseignes que les Champs-Élysées, la plus belle avenue du monde parée des logos Apple, Chanel, McDonald’s, Nike, Zara et autres.

En cinq ans, la capitale française a perdu 20 000 logements, transformés en meublés touristiques. Des quartiers entiers se vident de leurs résidents comme l’île Saint-Louis, dans le 4e arrondissement. Mêmes problèmes, mêmes conséquences. Et, pourtant, pas les mêmes protestations : les manifestations contre le tourisme de masse ne s’exportent pas d’Espagne en France.

La première explication tient en l’identité forte qu’essaie de conserver Barcelone, conglomérat de quartiers. Il n’est pas rare d’y voir « Defensem el barri » (« Défendre le quartier ») tagué sur les murs. L’activisme de proximité est un vecteur de mobilisation et de socialisation.

La violence de la crise de 2008 n’a fait qu’accentuer ce phénomène. Le vice-président de la Fédération des associations de voisins et voisines de Barcelone (FAVB), Albert Recio, explique qu’il y a « des collectifs de voisins dans tous les quartiers, avec des conseils de participation et des interlocuteurs auprès de la mairie. Chacun s’empare de ses problèmes ».

Le combat contre le tourisme de masse, des partis politiques en ont fait un enjeu majeur de leur existence. En 2015, Barcelona En Comú a remporté les élections municipales avec un programme axé sur le droit au logement. Le mot « tourisme » y apparaît quarante-cinq fois.

« Barcelone ne peut pas vivre sans tourisme ni seulement du tourisme, lit-on. La mauvaise gestion et les intérêts de certains lobbys causent des conflits associés au tourisme : augmentation des prix, problèmes de coexistence, destruction du tissu social et économique des quartiers, saturation du paysage urbain. »

« Le tourisme tue les quartiers »

À sa gauche, la CUP – formation anticapitaliste – va encore plus loin. Son discours, voué à déconstruire « les mythes du tourisme », touche aussi le Barcelone à l’imaginaire révolutionnaire, où un substrat anarchique est encore présent. Doit-on y voir un lien avec la lutte pour l’indépendance de la Catalogne ? « Aucunement», répond l’anthropologue Andrés Antebi, de l’Observatoire de la vie quotidienne de Barcelone (OVQ) qui a mené des recherches sur l’antitourisme. « Depuis qu’ils se concentrent sur l’indépendantisme, ils nous laissent tomber », soupire même Rodrigo Arroyo, à l’ombre des arbres du Parc Güell.

« A Paris, l’effet est moins dévastateur. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas être vigilant »

Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris

Autre élément qui caractérise les différences Paris-Barcelone : la brutalité du phénomène. En Catalogne, l’offre d’habitations touristiques et le prix des logements a explosé. En vingt ans, le nombre de touristes qui y passent la nuit est passé de 3 à 9 millions. La dynamique urbaine de Paris permet de recevoir plus, avec moins d’impact.

« Barcelone est plus petite, plus dense. Il y a un combat pour l’espace entre touristes et résidents », estime Andrés Antebi. « Paris a gardé un commerce de proximité, l’effet dévastateur du tourisme est moins flagrant. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas être vigilant », ajoute Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris en charge du logement.

Les grandes villes s’unissent 

Auteur du livre Airbnb, la livre ubérisée, il croit aussi que « Paris a des éléments stabilisateurs. La ville a plus de 20 % de logements sociaux, alors que Barcelone doit être à 1,5 %. Une partie de la population peut continuer à vivre à Paris. On a moins tardé à réguler ce phénomène ».

Barcelone s’en est d’ailleurs inspiré : les promoteurs doivent désormais inclure 30 % de logements sociaux dans leurs nouveaux édifices. Une illustration de la collaboration des deux villes, qui veulent agir ensemble sur la redistribution de la fiscalité touristique et faire condamner les plateformes qui ne retirent pas leurs annonces illégales. À Paris, un propriétaire-loueur hors-la-loi peut écoper d’une amende allant jusqu’à 50 000 euros.

« Nous coopérons avec Paris et d’autres villes européennes, confirme Agustí Colom, conseiller municipal de Barcelone en charge du tourisme. En ce moment nous travaillons avec la commission européenne pour qu’elle prenne en compte notre réalité et nos mesures sur les questions de régulation touristique. Cette coopération est très importante, elle permet de partager des expériences et des réflexions, faire des propositions. »

Agustí Colom, conseiller municipal de Barcelone en charge du tourisme

Car le premier combat est législatif : pour qu’une ville puisse agir sur le secteur touristique, elle doit généralement s’en remettre à l’étage supérieur, aux instances du pays. Voire de l’Europe. « Chaque fois que nous voulons modifier les règles, il faut convaincre les parlementaires, regrette Ian Brossat. C’est un travail de conviction face à un lobbying puissant, qui s’exerce même auprès de la Commission européenne pour remettre en cause les législations nationales. »

 

La défiance croissante envers le tourisme de masse, résumée en quelques chiffres.

Près de 40 % des Barcelonais mettent en avant aujourd’hui la gestion du secteur du tourisme par la mairie. Verre à moitié vide, ou à moitié plein. « Il y a du positif, souligne Daniel Pardo, représentant de l’Assemblée des quartiers pour un tourisme durable (ABTS). Pour la première fois, an a une mairie qui ne suis pas le diktat des lobbys. C’est important de rompre avec le discours du “tout est bon dans le tourisme”. »

Puis il se reprend et aborde le négatif : « Des mesures pas assez restrictives, une soumission croissante aux lobbys. Ils ont commencé en soulevant des conflits et ils terminent en cédant. » « Comme nous partons de très loin, il va nous falloir du temps pour tout accomplir, rétorque Agustí Colom, dans son bureau de la mairie de Barcelone. Les résultats ne se verront pas avant quelques années. »

Mais l’équipe municipale actuelle risque de ne pas les voir. Quarante pour cent de Barcelonais qui font confiance ce sont aussi 60 % qui n’accordent pas leur confiance à la maire actuelle. Car les problématiques liées au tourisme et au logement sont centrales dans la campagne électorale pour ces municipales. Manuel Valls ne s’y est pas trompé qui a porté le fer sur ce thème contre Ada Colau, l’actuelle maire de la ville. « Le tourisme n’est pas l’ennemi de la ville […], Barcelone a besoin d’un tourisme de qualité, déclarait-il déjà en septembre 2018. Les déclarations qui criminalisent le tourisme sont négatives pour beaucoup de secteurs. »

Barcelone et Paris ne sont pas des cas isolés. La plupart des grandes villes européennes souffrent des mêmes maux. À Venise, une contribution de débarquement (taxe pour entrer dans la ville) devrait bientôt être mise en place afin de freiner l’afflux des touristes et ses coûts (nettoyage, sécurité). À Amsterdam, la mairie est aussi passée à l’action : augmentation des taxes touristiques, restriction des locations Airbnb.

« La vision du tourisme est en train de changer. Le fait qu’il y ait de plus en plus de mouvements de contestation en est le signe », remarque Rodolphe Christin. Quand ce sociologue publiait son Manuel de l’antitourisme, il y a quelques années, peu nombreux étaient les journalistes à s’y intéresser. « Mais depuis sa réédition, les sollicitations sont beaucoup plus nombreuses. »

Tout semble pourtant indiquer que le nombre de touristes n’est pas prêt de diminuer. L’industrie est passée au low-cost, s’est ubérisée, de pair avec le développement du « city break » – aller dans une ville pour peu de temps, y faire un maximum d’activités. L’accès aux quatre coins du monde est désormais possible en quelques clics. L’expansion des classes moyennes (Chine, Inde) ouvre de nouveaux horizons au secteur.

« Touriste, rentre chez toi ! »

De plus en plus de touristes, de plus en plus de protestations. Et de solutions essayées : taxes, quotas, responsabilisation des acteurs du secteur, chasse aux habitations illégales, entre autres exemples. Pour les adversaires de l’industrie touristique, la décroissance n’est plus une option, c’est une nécessité. 

« Le danger qui guette la réflexion antitouristique est qu’elle soit traitée comme une forme de xénophobie, prévient Rodolphe Christin. Le terme “tourismophobie” est utilisé pour disqualifier la critique alors que c’est bien le système touristique qu’il faut analyser. Et ne pas oublier qu’on est toujours le touriste de quelqu’un d’autre. »

Daryl Ramadier

@DarylRamadier
22 ans
En licence presse écrite à l’EPJT. Erasmus à Barcelone
Passé par le Midi Libre, La Nouvelle République,
s’intéresse à l’histoire, à la politique
et à la littérature.
Se destine à la presse écrite et web.

 

Une pause au milieu de la Loire

Une pause au milieu de la Loire

Avec près de cinquante espaces verts (comme le jardin botanique) qui s’étendent sur 40 000 mètres carrés, la ville de Tours offre à ses habitants des espaces « comme autant de respirations nécessaires à l’équilibre du paysage urbain et à l’harmonie de la vie tourangelle », dixit le site de la municipalité. Direction le parc municipal de l’île Simon, pour vérifier de visu.

Par Julien LE BLEVEC

Comment fait-on pour aller sur l’île Simon ? Pas facile de le deviner quand on n’est pas du coin. Vu des bords de la Loire, le morceau de terre semble inaccessible. En fait, il suffit de prendre le pont Napoléon (en direction de Saint-Cyr-sur-Loire) pour en découvrir l’entrée. Avant d’entamer la promenade, vérifiez les horaires, car les heures d’ouverture varient selon les saisons.

À peine arrivé, une originalité vous accueille sur la droite, en contrebas : un skatepark.

Ce genre d’installation, destinée aux jeunes passionnés de sports de glisse urbains, commence à proliférer en France. Cependant, trouver un tel lieu sur une île est plutôt rare. Très typé street, le spot (l’endroit, dans le jargon skate) reconstitue l’essentiel des obstacles utilisables dans la rue : plans inclinés, marches, trottoir, bancs, rails. Comme tout skatepark qui se respecte, des graffitis ont été réalisés pour décorer les modules en béton. L’ensemble des illustrations reste timide comparé à ce qui se fait à Marseille, par exemple. Pas grave, l’ambiance y est quand même et les sportifs de l’extrême se font plaisir.

Après quelques pas sur l’allée centrale, on rejoint rapidement le lieu préféré des mamans : l’aire de jeux.

Réservée aux enfants de 3 à 6 ans, la zone est délimitée par une barrière en bois. Deux types de jeux sont proposés : à gauche, un ensemble de murs d’escalade, d’échelles, de toboggan ; à droite, deux bascules sur ressort. Le tout a été peint dans des couleurs clinquantes. Pour amortir les chutes et rassurer les mères inquiètes, du gravillon a été répandu par terre. Très efficace en effet, quand on tombe de ces « engins » qui ne sont plus de notre âge…

Retour dans l’allée principale. La visite est presque terminée. La pointe de l’île donne une belle vue sur le pont Wilson, comme le montre ce sphérique réalisé par Elmer (en cliquant droit avec la souris, il est possible de se déplacer à l’intérieur du sphérique). Près des berges, une œuvre d’art contemporaine est installée depuis septembre 2001. Il s’agit du PATA de l’artiste suédoise Maj-siri Österling.

En bois peint, la création est inspirée d’une méthode très ancienne de pêche au saumon, en Suède. Le « PATA » est en fait un barrage, aujourd’hui interdit, pour bloquer les poissons. Österling précise que « les couleurs fortes […] viennent de […] sources d’inspiration différentes : les veines de sang, le fort courant des fleuves, les peuples qui habitent le long des fleuves et la dure vie du saumon. » Autant dire qu’avec l’aire de jeux, la structure égaye parfaitement ce coin de verdure au milieu des eaux.

Voilà, le tour de l’île Simon est fini. Il est temps de partir. Si besoin est, un bateau-bus est proposé (le vendredi, samedi et dimanche) pour traverser la Loire, à partir de 14 heures (tarif : 1 €). Et pour l’idée que cet espace est « comme autant de respiration[s] nécessaire[s] à l’équilibre du paysage urbain et à l’harmonie de la vie tourangelle », eh bien… à vous de voir !

L’île Simon, mode d’emploi

Comme chaque année, l’association tourangelle Mode d’Emploi organisera un week-end d’art en plein air, sur l’île Simon, les 30 et 31 mai 2009 (dates à confirmer). Cette septième édition sera l’occasion pour tous les curieux de découvrir gratuitement des œuvres surprenantes au beau milieu de la verdure. Pour vous donner une idée, vous pouvez admirer L’Université dans la ligne de mire, de Nico Nu (2007), Les Maisons , de Charles Bujeau (2007), Les Personnages épidermiques , de Romain Ménage (2008) ou Les Mires colorées, d’Evelyne Plumecoq (2008).