Jeunes à Tunis

Jeunes à Tunis

Jeunes à

Tunis

Le 14 janvier, la Tunisie fêtait le dixième anniversaire de la chute du président Ben Ali, un anniversaire peu célébré. En effet, un confinement de quatre jours commençait le même jour.

Le 14 janvier 2011, après l’immolation d’un vendeur ambulant, les Tunisiens se révoltaient contre la misère, s’emparaient de  la rue pour hurler au pouvoir en place : « Dégage ! »

Dix ans après, la crise est toujours là : hausse des prix,  chômage, défaillance des services publics. Et la pandémie qui accentue la crise. Mais dans les colonnes du Monde, Alaa Talbi, président de l’ONG  Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, garde l’espoir : « On peut être déçus, ça ne veut pas dire qu’on regrette : dix ans, c’est peu pour transformer un système en place depuis des décennies. Et on peut être fiers des avancées. »

En octobre 2019, quatre étudiants de l’Ecole publique de journalisme de Tours sont partis une semaine à Tunis pour rencontrer la jeunesse tunisienne, peu politisée mais qui a voté en majorité pour Kaïs Saïed. Ils souhaitaient rencontrer et connaître les héritiers de la Révolution de Jasmin dix ans après.

Ils en ont ramené reportages, interviews et font le portrait d’une génération qui ne bat toujours.

Nous republions leurs articles cette semaine pour commémorer un anniversaire à l’image de notre époque, compliquée.

Bonne lecture.

Photo Paul Abran/EPJT

PQR : un podcast à tout prix (bibliographie)

Roseline, rescapée de la Covid-19

Roseline, rescapée de la Covid-19

ROSELINE RICHARD, rescapée du Covid-19

“Quand on sort du coma, on n’a qu’une envie, c’est essayer de revivre”

Illustrations Léone Naigre

Durant le premier confinement, des milliers de personnes ont été admises en réanimation après avoir contracté le coronavirus. C’est l’histoire de Roseline Richard. Elle est restée dix jours dans le coma, seule avec elle-même.

Recueilli par Éléa N’Guyen Van-Ky

Pour Roseline, 52 ans, la vie reprend son cours. Pourtant, au printemps, lors de la première vague du coronavirus, elle est hospitalisée dans le service de réanimation de l’hôpital de Beauvais (Oise). Elle est plongée dans le coma. Pendant dix jours, elle s’accroche à la vie, pour ses filles et pour son mari, lui aussi hospitalisé. Sa traversée de la maladie, elle la voit comme une série d’étapes à franchir. La première, ressortir vivante. La deuxième, réapprendre à vivre. La troisième, reprendre le travail. La dernière, laisser la maladie s’en aller et tourner la page.

Quand j’ai su que j’avais attrapé le Coronavirus, j’ai eu peur. Peur de ne pas m’en sortir. C’était tellement médiatisé. On ne parlait que des morts. Je me suis dit que je n’allais pas m’en sortir et que je ferai partie de ceux qui ne reviennent pas. Et puis on m’a plongée dans le coma.

Quand on est dans le coma, on est totalement sédaté mais la conscience continue de travailler. Moi, j’ai rêvé, mais c’était presque des cauchemars à la fois. J’ai été en Chine, je suis passée par l’Afrique où j’ai rencontré des tribus. J’ai vu de la fumée noire, de la fumée rouge et une dame noire, assez âgée, qui m’a demandé de partir avec elle, de prendre la place de sa petite-fille décédée. A mon réveil, cela me semblait comme la réalité.

Et puis mes filles, j’y pensais tout le temps. Quand je voyais que mon corps n’arrivait plus à lutter contre le virus, je me battais pour elles.

Quand on est dans le coma, on n’entend rien, on ne sent rien. On nous retourne toutes les six heures pour nous aider à mieux respirer. Moi, je ne l’ai su qu’après. Parce que quand j’ai été réveillée, j’ai eu de la kiné respiratoire. Le premier jour, la kiné arrive et me dit : « Je suis votre kiné, c’est moi qui vous suivais quand vous étiez en réa. » Et moi, j’ai répondu : « Je ne vous ai jamais vue. » Alors elle m’a dit : « Vous ne pouviez pas parce que vous dormiez pendant que moi je travaillais. »

Quand on est dans le coma, on n’a aucune notion du temps. Quand on m’a réveillée, on m’a demandé la date du jour. Je n’ai pas su dire le jour. Par contre, j’ai dit qu’on était en 2020.

uand je suis sortie du coma, je me suis dit : « Ça y est ! J’ai gagné. » Psychologiquement, je n’étais pas bien parce que mon mari, Stéphane, y était encore [son mari est resté un mois dans le coma, NDLR]. Et puis je n’avais qu’une envie, c’était de sortir de là, de retourner voir mes filles, de les serrer dans mes bras. Quand les infirmiers ont essayé de me mettre debout, mes pieds et mes jambes se sont comme enfoncés dans le sol. Je ne pouvais plus supporter mon corps. J’ai dû réapprendre à marcher, à écrire, à manger, à faire marcher ma mémoire…

Après le coma, on vit confiné. J’ai repris mon travail à mi-temps, donc je travaille deux jours et demi par semaine. Mais sinon, je ne sors pas. Pas de restaurant, pas de cinéma, pas de piscine… Je fais mes courses au drive. Je ne vis plus en fait. La peur, elle est là. Je pense que je guérirai de tout cela quand on n’entendra plus parler du coronavirus.

Ce virus, il est dévastateur parce qu’on ne sait pas comment seront nos poumons quand on sera vieux. Et puis c’est une bombe à retardement. Quand je suis sortie de l’hôpital, j’allais bien. Je n’avais pas de problème de hanches. Mais deux mois plus tard, je ne pouvais plus marcher. Je n’ai plus ce dynamisme que j’avais avant. Je suis vite fatiguée. La seule chose positive, c’est que je perds des kilos. J’en ai perdu 12. Sauf qu’au niveau des muscles, je suis une loque. Porter un pack d’eau, c’est tout un monde.

Au début, je voyais un kiné tous les deux jours parce que tous les jours, c’était trop fatiguant. Quand on sort de l’hôpital, on n’a qu’une envie, c’est de dormir. Aujourd’hui, mes séances sont terminées donc je fais de l’autorééducation. Je me force à faire des choses pour faire fonctionner mes muscles. Nous [elle et sa famille, NDLR] avons été suivis par un psychologue de l’hôpital pendant un moment mais ce n’est pas suffisant. Le psychologue, il faudrait presque l’avoir à la maison.

On nous appelle les « rescapés de la Covid-19 ». Rescapé, c’est un terme qu’on utilise pour quelqu’un qui part à la guerre et qui en revient. C’est vraiment ça. Cette maladie, c’est un enfer, c’est un cauchemar. Je souffre d’une pathologie asthmatique et j’étais en surpoids donc, forcément, j’étais vulnérable. Mais je me suis battue contre ce virus. C’était, c’est toujours une lutte et il faut avoir un sacré mental pour s’en sortir.

Ce mental, je l’ai, je l’ai toujours eu, mais plus d’une fois, dans mon coma, j’ai voulu baisser les bras. J’avais l’image de mes filles qui revenait et je me disais : « Je ne peux pas. » Je ne pouvais pas les laisser.

Mes filles, elles ont souffert peut-être plus que moi. Elles aussi, ce sont des rescapées.

Éléa N’Guyen Van-Ky

@eleangvk
21 ans
Étudiante en journalisme à l’EPJT.
Passée par Guadeloupe la 1ère. Co-créatrice de Topic 
Passionnée par l’actualité internationale et les sujets de société.
Touche-à-tout, se destine au journalisme web ou au photojournalisme

 

EMI, l’arlésienne

EMI, l’arlésienne

EMI,

l’arlésienne

Parce qu’il défendait la liberté d’expression lors de son cours d’enseignement moral et civique, Samuel Paty a été assassiné, vendredi 16 octobre 2020, par un jeune radicalisé. Au delà de l’émotion légitime suscité par cet attentat, chacun est conscient de la nécessité de poursuivre le travail des enseignants qui aident les élèves à se construire un esprit critique. L’éducation aux médias fait partie de l’arsenal que l’on doit développer pour atteindre ce but. C’est pour cela que nous avons décidé de republier cette enquête que nous avions publié en février 2020, cinq ans après l’attentat à Charlie Hebdo.

  Depuis un demi-siècle, elle est dans tous les débats. Qu’ils soient politiques, sociaux, pédagogiques, scientifiques. Mal appliquée, mal identifiée, mal qualifiée, elle peine à trouver sa juste place dans les paradigmes qui composent notre démocratie. Elle est considérée comme une urgence par tous, surtout depuis les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo en janvier 2015 et dont on a fêté récemment le cinquième anniversaire. En pleine crise sociale – le mouvement des « Gilets jaunes », la réforme des retraites … –, elle représente aujourd’hui un enjeu majeur. Pourtant, les moyens nécessaires à sa concrétisation ne sont toujours pas mobilisés.
Elle, c’est l’éducation aux médias et à l’information.

Enquête réalisée par Elodie CERQUEIRA

Promis, demain j’m’y mets

Le seul nerf de la guerre, c'est la formation

Eduquer aux médias, un sacerdoce

Elodie Cerqueira

@Elody_Cerqueira
44 ans
Après une carrière dans le secteur privé, elle s’est reconvertie dans le journalisme en devenant étudiante en Année spéciale de journalisme à l’EPJT.
Passée par l’AFP, Le Monde, Le Moniteur
auquel elle collabore de façon régulière, elle souhaite vivre de sa passion du journalisme et de l’écriture dans la presse écrite professionnelle ou magazine.
Cette enquête est son travail de fin de cursus.

Calais, les associations en première ligne

Calais, les associations en première ligne

Calais

Les associations en première ligne

A Calais, l’interdiction de distribuer de la nourriture aux migrants dans le centre-ville soulève l’indignation des associations, d’autant que cette décision a été prolongée.

Par Paul Boyer (texte, photo, video)

Le 10 septembre 2020, la préfecture du Pas-de-Calais interdisait « toute distribution gratuite de nourriture » aux exilés en transit à Calais par des associations non mandatées par l’Etat. Une décision qui est intervenue quelques mois seulement après le démantèlement de l’un des plus grands campements (juillet).

Prévue pour s’appliquer jusqu’à la fin du mois de septembre, elle a été prolongée jusqu’au 19 octobre et étendue à de nouveaux quartiers. La préfecture du Pas-de-Calais estime en effet qu’elle a « permis de réduire les troubles à l’ordre public ».

Cet arrêté porte des « atteintes graves et manifestement illégales (…) à plusieurs libertés fondamentales », estiment pour leur part douze ONG et associations, dont Auberge des migrants et Calais food collective. Ces associations estiment que les migrants seraient encore plus de deux mille en transit dans la ville portuaire.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a récemment réagi face à l’indignation des associations. Il a expliqué que la mesure a été prise « à la demande de la maire de Calais » pour mettre fin aux « distribution de repas anarchiques ». Interrogée, la mairie n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Malgré cette interdiction, des centaines de bénévoles continuent leurs maraudes. François Guénoc, vice-président de l’association Auberge des migrants, explique que « malgré cet arrêté, nous allons continuer coûte que coûte à distribuer des repas, sans quoi des dizaines d’exilés pourraient mourir de faim ».