Zoos, parcs d’attractions modernes

Zoos, parcs d’attractions modernes

Zoos

Modernes attractions

Au zoo de la Flèche, les visiteurs peuvent dormir dans les lodges près de Yabu, le lion albinos. Photo : Mélina Rivière/EPJT.

De l’établissement hôtelier à la tyrolienne au dessus des cages, les zoos sont devenus de véritables parcs d’attraction. Une métamorphose bien loin de leurs missions principales : la protection et la conservation des espèces animales.

Par Perrine Basset, Mélina Rivière (photos) et Théo Touchais

L’année 2017 a été excellente à tous les niveaux pour Beauval Nature, tant au niveau financier que pour ses activités. Dans le rapport d’activité de 2017 de son association, Rodolphe Delord, directeur du zoo situé à Saint-Aignan-sur-Cher, dans le Loir-et-Cher, célèbre ses succès. Il en oublierait presque les deux petites lignes, plus bas, où il est écrit que le total des dépenses réalisées est inférieur à ce qui était prévu. Et pour cause, des projets en recherche et conservation « n’ont finalement pas été concrétisés et sont donc reportés ».

Les pandas géants, prêtés à l’établissement par l’État chinois, sont l’attraction majeure du zooparc de Beauval.

Malgré une communication tout azimut, les zoos sont des forteresses impénétrables pour les journalistes. Aucune information n’est divulguée sans avoir été dûment contrôlée. Tout est calibré au millimètre. Rien ne dépasse. Lors de notre visite à Beauval, le personnel de l’accueil avait dessiné sur son carnet un triangle avec un point d’exclamation : « Attention ! journalistes, pas d’accès aux coulisses. »

Beauval a résolument tourné ses projecteurs vers ses trois pandas pour attirer le chaland. Pour augmenter sa notoriété, le zoo de la Flèche, près du Mans, a su, lui, profiter de la série télévisée « Une saison au zoo ». Diffusée sur France 4 depuis 2014, celle-ci est à l’origine d’une explosion, celui du nombre de visites. Depuis 2015, près de 400 000 visiteurs viennent au zoo, chaque année. Comme Florence, venue exprès de la Somme : « Je regarde souvent l’émission et c’est bien mieux en vrai », s’enthousiasme-t-elle. Elle finit par avouer que, sans la série, « je ne serais probablement jamais venue ».

Dans cette course au développement où chaque zoo tente de se démarquer, les animaux sont-ils toujours la priorité ?

A la Flèche, le public découvre ce qu’il voit chaque semaine à la télévision : la soigneuse et son spectacle d’otaries, les facétieux singes Saïmiri et les aras multicolores.

L’association Beauval Nature n’est pas la seule à avoir réduit ses investissements dans la protection des animaux. Le ZooSafari de Thoiry, situé dans les Yvelines, vante la mise en place de ses nouvelles attractions.

« Ces deux dernières années, les nouveautés n’étaient pas animalières [il s’agit de l’installation d’une tyrolienne et de filets suspendus, NDLR] comme on peut l’attendre des parcs zoologiques », explique Matthieu Descombes, responsable pédagogique nature du lieu.

Mais pour s’envoler au dessus des lions, 6 euros sont nécessaires, en plus du billet d’entrée adulte à 29 euros. Et si vous voulez en plus faire un tour de camion de brousse, il vous en coûtera encore 8 euros.

« Le but est de se diversifier  pour ne pas ressembler aux autres parcs. Les clients viennent aussi à Thoiry pour être acteurs de leur visite. »

Mathieu Descombes

Le Zoo de la Flèche s’est lancé dans la construction de lodges : des chalets, à l’intérieur du zoo, dans les enclos des animaux. Depuis 2012, il y a investi 2,3 millions d’euros pour attirer des clients et prolonger leurs séjours. Le zoo joue à fond la relation de proximité avec l’animal. La grande baie vitrée de l’Arctic Lodge donne directement sur la piscine de l’ours polaire, Taïko, une des vedette de l’émission « Une saison au zoo ».

Venus visiter le zoo pour la première fois, Nicolas et Laurène ont été tentés par les lodges. Un soir de novembre, ils ont pu dormir auprès des lions. « Une expérience exceptionnelle » qui a impressionné leur enfant de 10 ans. Mais pour dormir près des animaux, une famille de quatre personne devra débourser 99 euros par enfant et 255 euros pour les deux adultes. Soit un total de 453 euros, pour une nuit et deux jours.

Depuis l’arrivée des pandas, Beauval s’est mis à l’heure de l’Asie y compris, pour ses hôtels d’inspirations chinoises.

Beauval a préféré miser sur des hôtels qui fleurissent tout autour du zoo depuis 2008. Qu’ils se nomment Les Jardins, Les Hameaux ou encore Les Pagodes de Beauval… chaque établissement se tourne vers une région du monde.

Après le bien-être des animaux, le plus grand zoo de France se préoccupe du bien-être de ses visiteurs : hammam, sauna et cabines de soins leur sont proposés dans le spa. Mais le succès économique de ces hôtels est aussi dû aux séminaires qui représentent près de 25 % du chiffre d’affaires de l’hôtellerie.

Piliers du paysage touristique français, les zoos enregistrent des records de fréquentation. Depuis 2014, le zoo de la Flèche, on l’a vu, a doublé son nombre de visiteurs. En 2017, le ZooParc de Beauval, premier parc français, a presque atteint le million et demi de visiteurs.

Ils semblent vivre un âge d’or. Mais ils flirtent de plus en plus avec le parc d’attraction. Ce que critiquent nombre d’associations de protection des animaux.

Pour Franck Schrafstetter, président de l’association Code animal et opposé à la captivité des animaux, cette modernisation se fait au détriment des espèces : « On a tous les codes du parc de loisir et non plus du parc zoologique », déplore-t-il.

« La modernisation est un leurre pour continuer à attirer des gens. La tyrolienne va gêner les animaux : elle fait du bruit et le public risque de crier »

Nikita Bachelard

Face à ces critiques naissantes, les accusés se défendent. En ce qui concerne les lodges, le zoo de La Flèche considère que les espèces ne sont pas affectées par la proximité avec l’homme. « On travaille avec de nombreux éthologues qui observent le comportement des animaux. Dès l’ouverture des premiers lodges, on a eu des naissances de loups blancs. Ce qui est un signe de bien-être », précise Sandra Vivien. Même si les animaux sont largement exposés à la vue des locataires, ils ont toujours la possibilité de se mettre à l’abri des regards derrière des arbres, des rochers ou des buissons.

Quant à la tyrolienne, Matthieu Descombes réplique que « les lions n’en ont rien à faire qu’on passe au-dessus de leurs têtes, ils continuent de faire la sieste ». Il justifie cette installation en expliquant qu’elle a été réfléchie en fonction du terrain et de l’espèce : « On a choisi de mettre l’attraction au-dessus des lions. On ne l’aurait pas fait avec des hyènes. Ce sont des animaux plus discrets et peureux. »

En réalité, dans l’histoire des zoos, on a pu observer une évolution similaire. Les premiers zoos, créés plusieurs milliers d’années avant Jésus Christ, avaient pour but « de rassembler des animaux exotiques pour donner l’image de terres d’ailleurs », explique Éric Baratay, maître de conférences en histoire à l’université Lyon III.

Au XIXe siècle, les zoos privés sont alors très nombreux. La question de la clientèle devient primordiale. C’est ainsi qu’on voit apparaître les premiers « parcs d’attraction » : « Au zoo de Manchester, il y avait une patinoire, une salle de bal, des hôtels, des restaurants », poursuit l’historien.

Ils abandonneront ce modèle dans les années quarante, cédant aux critiques des associations. Ils redorent leur image en axant leur communication sur l’intérêt scientifique de leurs conservation. Aujourd’hui, l’opinion publique est moins critique, une aubaine pour les parcs zoologiques : « Tout en cultivant le secret, ils se sentent finalement libres pour revenir à ce genre d’attractions », argumente l’historien.

Pour autant, tous les zoos ne participent pas à cette course à l’attraction. Pour François Gay, petit-fils du créateur du BioParc de Doué-la Fontaine (Maine-et-Loire) et co-directeur du parc, l’objectif a toujours été de mettre en valeur la nature : « On n’a jamais cherché à faire du zoo spectacle. On n’est pas là pour dire que l’on est les plus grands et les plus forts ».

Au Bioparc, la préservation de la biodiversité est essentielle. Ici, pas d’hôtel ni de tyrolienne. « On a été les premiers en France, dans les années soixante-dix, à présenter des lions dans des enclos végétalisés, des singes sur des îles plutôt que dans des enclos », raconte François Gay.

Si les zoos sont en ce moment « sur une voie royale », Éric Baratay pense qu’ils ne pourront pas jouer éternellement de leur rôle dans la conservation. « Leur protection est une goutte d’eau dans l’océan. Lorsque cet argument-là sera épuisé, il faudra trouver d’autres solutions ». Et l’historien de s’interroger « La solution de remplacement est sans doute déjà là, avec le côté parc l’attraction… »

Perrine Basset

@PerrineBst
20 ans
En deuxième année de journalisme à l’EPJT.
Passée par Ouest-France, Radio Campus Tours et Bayard Presse.
Se destine à la presse écrite, magazine et nationale.

Mélina Rivière

@riviere_melina
19 ans
En deuxième année de journalisme à l’EPJT.
Passée par les rédactions de L’Echo de la presqu’île Guérande, Ouest-France Saint-Brieuc et La Nouvelle République à Tours.
Passionnée de sports. Se destine à la presse écrite.

Théo Touchais

@theo_touchais
19 ans
En deuxième année de journalisme à l’EPJT.
Passé par Ouest-France, Radio-Campus et La Nouvelle République.
S’intéresse aux sujets internationaux, culturels et sociétaux.
Se destine à la télévision.

L’homme qui murmurait à l’oreille des bêtes

L’homme qui murmurait à l’oreille des bêtes

Paul Lefranc et Toy le chevreuil. Photo: Victor Tribot Laspierre
Paul Lefranc est un dresseur d’exception. La relation privilégiée qu’il entretient avec ses animaux a fait de lui une référence en la matière. Depuis quinze ans, il apprivoise ses renards, ses loutres, ses goélands ou encore ses sangliers et les transforme en « bêtes de scène ». Il nous a emmené dans l’univers des films et documentaires animaliers.

 

Par Véronique DE SA, Nicolas FRANÇOIS, Jeanne LA PRAIRIE, Victor TRIBOT-LASPIERE

« Sorcier », c’est ainsi que les chasseurs appellent Paul Lefranc. Il fait partie de ces personnalités au métier inclassable et méconnu : il est dresseur animalier pour le cinéma et les documentaires. Alors que certains domptent des bêtes exotiques tels les fauves ou les éléphants, il s’est, lui, spécialisé dans les animaux sauvages européens. C’est dans son ancienne exploitation de volailles à Beaumont-Village (Indre-et-Loire), qu’il imprègne (il préfère ce terme à dresse) ses protégés.

Son travail consiste à ce que les animaux reproduisent, devant les caméras et les hommes, des comportements naturels sans avoir peur. Pas question donc d’enseigner à un chevreuil à faire des galipettes. L’imprégnation d’un animal se passe toujours de la même façon : comprendre comment il fonctionne et en aucun cas tenter de le transformer ou de le contraindre. Le mettre en condition pour qu’il ait confiance en l’homme. Ainsi, quand il dresse des cygnes, il est présent dès l’éclosion des œufs. Il habitue les oisillons au son de sa voix en leur faisant la lecture, en nageant avec eux. Il se substitue à leur mère afin qu’ils soient en totale complicité avec lui.

Paul Lefranc se veut également un « défenseur des mal-aimés ». Afin de modifier des idées préconçues sur certains animaux dits « nuisibles », il lui arrive de suggérer des idées aux producteurs. Il a, par ce biais, donné naissance à deux documentaires l’un sur les cormorans, l’autre sur les renards.

A défaut du renard – rongé par le trac – Paul Lefranc  présente Zorro son corbeau et Bobby sa loutre. Il explique la relation de confiance qui s’établit entre l’homme et l’animal.

Dès l’adolescence, il se passionne pour la fauconnerie et pratique l’effarouchement, une technique consistant à effrayer les oiseaux nuisibles à l’aide de rapaces. Ce sont d’ailleurs ses faucons qui l’ont mené à ce métier. Il y a quinze ans, ils ont été  repérés par une agence publicitaire tourangelle, qui lui passa sa première commande. Depuis, il a collaboré à de nombreux films comme Les Animaux amoureux ou encore Le Peuple migrateur. Pour ce dernier long métrage, le réalisateur, Jacques Perrin, voulait tourner des images d’un pygargue (aigle pêcheur américain) attrapant un poisson tout en volant. Paul Lefranc a donc conditionné le rapace, répétant la scène chaque jour pendant trois mois : l’aigle, affublé d’un chaperon afin de masquer sa vue, décollait au moment où le dresseur le lui enlevait, aidé d’une légère impulsion du bras. Il se dirigeait alors directement vers sa proie, un poisson factice placé au préalable dans l’eau, juste devant l’objectif de la caméra.

Paul Lefranc se félicite : « Mes animaux sont des professionnels, ils savent exactement ce qu’ils doivent faire. » Un long travail pour une séquence qui ne dure que dix secondes. Quand on lui parle de patience, il rétorque : « Lorsqu’on est passionné par ce que l’on fait, le temps n’a plus d’importance. »

Le site de Paul Lefranc

Gaston la bête de scène

Il est gros, poilu, brutal, et il a tourné avec Christian Clavier. Hé non, ce n’est pas Gérard Depardieu. Il s’agit de Gaston, le sanglier star de Paul Lefranc. Jeune marcassin, il est recueilli par un chasseur attendri. Cet amour contre-nature n’a pas plu à son épouse : « C’est le sanglier ou moi. » L’animal fut donc confié au dresseur qui l’a placé sous le feu des projecteurs.

Paul Lefranc raconte ses exploits.

Goéland: « Mal aimé, je suis le mal aimé »

On voit plus souvent les goélands à la déchetterie, que sur le grand écran. Paul Lefranc a réussi l’exploit de les approcher et de s’en faire des alliés. Et développer le talent caché de ces oiseaux.

https://soundcloud.com/epjt-tours/talents-caches-des-goelands

L’effarouchement : la bonne solution face aux envahisseurs ?

L’effarouchement, une autre activité de Paul Lefranc, ici avec un des ses faucons. Photo: Victor Tribot Laspière

L’effarouchement consiste à se débarrasser des oiseaux, comme les pigeons, qui envahissent certains lieux publics au moyen de rapaces dressés. A l’usine Manito d’Ancenis, fabricant de matériel de manutention, quelque trois mille goélands se posaient chaque soir sur les 14 hectares de toitures, engendrant une forte puanteur. Paul Lefranc et son équipe y ont donc introduit deux faucons qui sont partis en vol d’attaque pour procéder au « nettoyage ». Résultat : trois volatiles capturés et le reste de la bande effrayé pour quelques jours.

Pour que l’efficacité soit optimale, il faut recommencer une fois par semaine jusqu’à disparition totale des squatteurs. Après avoir essayé les ultra-sons, les répulsifs chimiques ou encore les silhouettes épouvantails, de plus en plus de clients s’adressent aux effaroucheurs, encore peu nombreux en France.

Cette méthode naturelle ne fait pas pourtant l’unanimité en raison de sa brutalité : les prédateurs infligent en effet à leurs victimes des blessures pouvant entraîner la mort. Elle est notamment fustigée par l’Association Stéphane-Lamart, pour la protection des animaux, et les associations de défense des oiseaux de ville. Elles considèrent cette technique coûteuse et inefficace car il faudrait que les rapaces soient présents en permanence pour éviter que les « nuisibles » ne reviennent. Enfin, lâcher des volatiles prédateurs en milieu urbain n’est pas sans risques. Un article du site lepoint.fr daté du 11 septembre 2008 évoque une intervention de Paul Lefranc en 2007, sur la terrasse du restaurant du musée du quai Branly. Après avoir chassé les mouettes, les faucons ont échappé au contrôle de leur maître pour aller chasser quelques corbeaux sur le champ de Mars, effrayant ainsi les passants.

Les Animaux amoureux en quelques chiffres

Grosse production pour un long-métrage animalier, le budget des Animaux amoureux s’est élevé à sept millions d’euros. Laurent Charbonnier a sélectionné les prises de vues de plus de quatre-vingts espèces différentes allant du mammifère terrestre et marin aux oiseaux, en passant par les insectes et les batraciens. Après deux années de tournage dans plus de seize pays, le synopsis s’est construit autour d’une trame portant sur le rite de la séduction.
Laurent Charbonnier tourne actuellement quatre films de quarante-trois minutes pour la chaîne Arte. Ces films portent sur des thématiques diverses telles que les singes, la forêt, la savane ou encore l’Australie. Trois de ces documentaires devraient être diffusés à Noël. Il a par ailleurs travaillé sur Océans, le dernier film de Jacques Perrin (Le Peuple migrateur), prévu en salles le 27 janvier 2010.

Le Peuple migrateur

Sorti en salle en 2001, ce film de Jacques Perrin a reçu l’année suivante le césar du meilleur montage (Marie-Josèphe Yoyotte), tout en étant nommé dans deux autres catégories : meilleure première œuvre de fiction et meilleure musique écrite pour un film (compositeur : Bruno Coulais). Ce long-métrage sur les oiseaux migrateurs a cumulé 2,5 millions d’entrées pour le seul mois de février 2002. Il a rencontré la même année un succès international

 

Le saviez-vous ?

Détenir chez soi des animaux sauvages est interdit par la loi. Pour avoir le droit d’en posséder, il faut être titulaire d’un certificat de capacité délivré par la direction départementale des services vétérinaires. Il est également interdit de capturer les bêtes en pleine nature, les dresseurs les récupèrent donc chez les particuliers et dans les parcs zoologiques.

Le sanctuaire des hérissons

La vue d’un hérisson écrasé sur la route vous révolte ? Le sanctuaire des hérissons est fait pour vous. Ce centre de soins se charge de récupérer, soigner, et replacer en pleine nature les animaux blessés. Laur site vous prodigue de nombreux conseils sur les gestes simples pour secourir et protéger ces petites bêtes à piquants.

Agenda

Laurent Charbonnier, le réalisateur des Animaux amoureux, tourne actuellement quatre films de quarante-trois minutes pour la chaîne Arte. Ces films portent sur des thématiques diverses telles que les singes, la forêt, la savane ou encore l’Australie. Trois de ces documentaires devraient être diffusés à Noël. Il a par ailleurs travaillé sur Océans, le dernier film de Jacques Perrin (Le Peuple migrateur), prévu en salles le 27 janvier 2010.

« Neuf jours de patience pour une séquence de trente secondes »

Spécialiste reconnu du monde animalier, Laurent Charbonnier a obtenu de nombreux prix dans différents festivals nationaux et internationaux. Auteur de documentaires pour la télévision, il a aussi travaillé sur des longs-métrages comme Le Peuple migrateur (2001), Le Dernier Trappeur (2003) ou encore Les Animaux amoureux (2007). Nous l’avons interviewé.

Photo: Laurent Charbonnier, Corentin & Pierre-Emmanuel Chaillon

Qu’est ce qui distingue le cinéma animalier de celui de fiction ?

Laurent Charbonnier. En fiction, tout est calé et cadré. Avec les animaux sauvages, c’est différent. Même si le projet est scénarisé, il y a une grande part d’improvisation. Il y a des films pour lesquels on utilise des animaux imprégnés. On les dirige comme des acteurs. Ils sont dressés et habitués à faire ce que l’on veut. Pour mon film sur les sangliers, nous avons utilisé des marcassins que nous avons élevés nous-mêmes. Mais c’est plus rare.

Face aux imprévus, quel est le comportement à adopter ?

L. B. Il ne faut jamais perturber les animaux et être attentif à leurs comportements. L’équipe anticipe au maximum les imprévus en effectuant un long travail de préparation. L’aide des scientifiques, des naturalistes et des gardes forestiers, qui connaissent le terrain par cœur, est indispensable. Après quelques repérages, nous  installons le matériel à l’avance pour habituer les animaux à notre présence. Cette préparation est essentielle pour passer le minimum de temps sur les prises de vue. De temps en temps, il faut faire preuve de beaucoup de patience pour obtenir une séquence. Sur le tournage des Animaux amoureux, j’ai passé jusqu’à neuf jours dans une cabane minuscule pour obtenir trente secondes de la danse du paradisier de Lawes, un oiseau de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Quelles sont les qualités essentielles pour être un bon réalisateur de films animaliers ?

L. B. Outre l’expérience et l’habitude, le réalisateur passe plus de temps avec ses jumelles qu’avec sa caméra. Il doit aimer l’environnement et la faune. Mais depuis une dizaine d’années, les documentaires animaliers sont à la mode. Avec les demandes des chaînes de télévision, beaucoup de producteurs et de réalisateurs se sont engagés dans cette voie. Non pas par amour de la nature, mais parce qu’ils y ont vu quelque chose de rentable. C’est un peu regrettable.

Faune insolite à Tours : un exemple de mixité sociale et culturelle réussie

Faune insolite à Tours : un exemple de mixité sociale et culturelle réussie

Oiseau sacré en Chine, le canard mandarin était autrefois un symbole de la fidélité conjugale.

La ville de Tours possède de nombreux espaces verts. Quatre de ses parcs sont peuplés d’animaux venus du monde entier qui ont fait le choix de la cohabitation pacifique. Des lamas d’Amérique du Sud côtoient des moutons d’Ouessant (Bretagne). Des petits kangourous d’Australie cohabitent avec des paons d’Asie. Petit tour d’horizon du jardin botanique, un quartier modèle en matière de mixité.

Par Pauline André et Lucile Torregrossa (texte et photos)

Bienvenue au jardin botanique de Tours ! Ce parc historique est peuplé d’arbres centenaires. Au détour de ses allées vous croiserez d’antiques séquoias et un ginkgo vieux de 150 ans. Au bout de l’allée principale, vous tomberez nez à nez avec un étrange oiseau aux drôles de fréquentations. Un émeu partage son foyer avec des wallabies de Bennet et un couple de paons.

Les wallabies sont de petits kangourous originaires du sud de l’Australie. Cette joyeuse famille recomposée aura bientôt la joie d’accueillir quatre bébés wallabies. Après trente-cinq jours de gestation, les nouveau-nés entament l’ascension de la poche de leur mère. Ils y plongent pour trouver les tétines qui vont les nourrir pendant cinq mois, le temps d’être assez robustes pour affronter le monde extérieur.

Soudain, une frêle silhouette lance subrepticement le fruit défendu aux insouciants wallabies, qui s’empressent de festoyer avec leur ami le paon. Problème, « ce vieux bout de pain rassis va les assoiffer puis, au contact de l’eau, va se mettre à gonfler dans leur estomac », nous explique Héléne Lebocey, soigneur-animateur de la ville de Tours.

Auguste ne connaît pas la crise. Le pain dur, très peu pour lui. Tel l’empereur du même nom il est entouré d’une cour nombreuse. Il aime partager avec les poules graines et salades. Mais ne vous fiez pas à son air innocent. Le jour de notre visite, il venait de saccager une fois de plus sa pelouse, fraîchement refaite au printemps par les agents municipaux. « Si au moins il trouvait des truffes ! » s’exclame Hélène.

Elle le gronde, il grogne, pressentant la punition que va lui valoir son forfait. Comme à chaque fois elle le renvoie dans son enclos. Il s’exécute en rasant les petits murets de la cour ouverte au public. Tous les jours, Auguste et les autres reçoivent la visite de nombreux enfants.

Dans ce même enclos, les petits peuvent faire la connaissance de leur héros préféré : Batman. Cousin du putois, ce furet a la même odeur et ses dents pointues se sont plus d’une fois plantées dans les mains des animaliers qui s’en occupent. Hélène nous met en garde : « Il ne faut pas tirer sa main en arrière lorsque l’on est mordu par un furet mais garder son sang froid, le prendre par le cou et retirer délicatement sa dent de la chair ». Pour le moment, Batman et ses compagnes albinos passent l’hiver dans la doublure d’un vieux manteau, protégés par le toit en bois de leur petite bicoque.

Tout le monde n’est pas sensible à l’atmosphère fraternelle insufflée par Auguste. Deux vieilles pintades font bande à part. Lasses de leur mauvaise réputation, elles s’isolent et s’adonnent à d’interminables séances de commérages sur leurs voisins de basse-cour. Ces deux-là sont les seules à rester dehors quand il pleut, sous le regard moqueur de Batman, d’Auguste et des autres.

Autre exemple d’associabilité, Les « tortues hargneuses ». Carnivores, elles vivent coupées du monde, tentant de mordre quiconque s’approche d’elles. En ce moment, elles sont dans une petite maison en bois, chauffée à 25 °C, spécialement conçue pour l’hibernation des tortues.

Le parc renferme de nombreuses espèces, dont les cistudes d’Europe. Leur survie est menacée par les tortues de Floride. « Un vrai désastre écologique ! » s’exclame Hélène. Les tortues de Floride sont interdites à la vente depuis 1997 mais continuent d’être vendues illégalement. Un commerce juteux aux conséquences écologiques désastreuses. Ces petits reptiles offerts aux enfants deviennent rapidement trop gros et trop voraces pour les propriétaires qui les rejettent dans la nature. Nos lacs sont peuplés de ces animaux qui déséquilibrent l’écosystème. Au jardin botanique les animaliers tentent de faire se reproduire les cistudes afin de participer à la survie de l’espèce.

Voici en exclusivité le trionix de Chine. Ce monstre traîne sa carapace molle dans un aquarium de la réserve du parc. Ses problèmes de peau nécessitent des soins particuliers et l’empêche d’être montré au public.

Il est temps de rétablir la vérité sur l’ours Sophie, dont le sort agite régulièrement l’agglomération tourangelle ! Loin d’être le martyr du jardin botanique, Sophie est simplement une très vieille dame qui connaît les douleurs de la vieillesse. Son regard malheureux est en partie dû à un problème de cataracte. Sa démarche fatiguée vient tout simplement de son arthrose. Comme tous les ours elle raffole du miel que les animaliers utilisent pour lui administrer médicaments et vitamines. Quant à son enclos petit et défraîchi, en changer serait pour elle un choc fatal et nécessiterai de l’anesthésier. Beaucoup trop risqué pour une si vieille dame.

Les canards sauvages aiment retrouver leurs amis sédentaires le temps d’un repas au bord du lac gelé. Ils y rejoignent les canards mandarins, les cols verts et les flamands roses. « Ce canard blanc se teinte peu à peu d’une couleur rose comme les flamands. On suppose que c’est à force de partager leur nourriture à base de crevettes», nous apprend Hélène.

Au centre du parc, il existe un endroit paisible où flotte encore dans l’air l’esprit noble du Cabinet des Antiques de Balzac. Fières et silencieuses, les cigognes sont les gardiennes de l’histoire des parcs de Tours où l’aristocratie du 19e siècle aimait se promener.

Infos pratiques :  Jardin botanique, 33, boulevard Tonnellé, 37000 Tours. Entrée libre. Horaires d’ouverture : du 1er novembre au 31 mars, de 7 h 45 à 17 h 30 ; du 1er avril au 31 mai et du 1er septembre au 31 octobre, de 7 h 45 à 19 heures. Enfin, du 1er juin au 30 septembre, de 9 heures à 20 heures. La petite ferme est ouverte du lundi au vendredi de 8 h 30 à 11 h 30 et de 14 heure à 16 h 30 et les samedis dimanches et jours fériés de 14 heures à 16 h 30.