« J’ai toujours été une meneuse »

« J’ai toujours été une meneuse »

Organiste et musicologue avant d’être réalisatrice, Coline Serreau a toujours barboté dans la musique. Elle a créé en 2003 la chorale du Delta, véritable synthèse de tous ses combats. Partage des richesses, philosophie du Tao, culture pour tous : son chœur, c’est tout cela.

 

Par Alice Kachaner
photos : Nathanael Charbonnier/News Pictures

Elle est de tous les combats. Féministe, le premier film qui a fait parler d’elle – Mais qu’est-ce qu’elles veulent ? – donnait la parole aux femmes. Elle n’a eu de cesse ensuite de questionner notre société : Pourquoi pas, sur le couple, Romuald et Juliette sur les rapport de classe, La Crise, La Belle Verte… Ce qu’on connaît moins d’elle, c’est qu’elle a aussi mis en scène des opéras, dont un magistral Barbier de Séville à Bastille. Et si aujourd’hui son film emblématique, Trois hommes et un couffin se donne dans un théâtre parisien, c’est dans sa passion pour la musique qu’elle s’investit

On vous connaît pour vos films, vos mises en scène à l’opéra ou au théâtre, moins pour votre passion pour la musique vocale. Comment est né le projet de fonder un chœur amateur ?

Coline Serreau. Je suis musicienne de formation. Ce n’est pas la première fois que je dirige une chorale. J’en avais déjà fondé une quand j’étais toute jeune avec mon professeur d’orgue, Micheline Lagache. En 2003, j’ai donné un stage au Théâtre du Rond-Point pour des acteurs. Mais avant de les faire jouer, je les faisais chanter. Ils étaient tellement contents qu’on a continué. On se retrouvait rue du Delta à Paris pour répéter. C’est comme ça qu’est née la chorale du Delta. C’est un endroit très ouvert, il n’y a pas de conditions de recrutement. Les effectifs se renouvellent fréquemment. En revanche, seuls ceux qui connaissent bien les œuvres participent aux concerts. Le but, c’est vraiment de monter un chœur de très haut niveau pour proposer au public un spectacle de qualité.

Comment y parvenez vous ?

C. S. On chante chaque semaine pendant trois heures sans pause et quand on a des concerts, il y a des répétitions supplémentaires. L’été, nous avons notre grande tournée dans la Drôme pendant quatre à cinq semaines. C’est là que le travail de fond se fait. Avec deux concerts chaque soir, on peut chanter jusqu’à sept heures par jour ! Je les pousse pour que, petit à petit, le niveau monte. Je ne vais pas nous lancer des fleurs, mais on peut dire qu’on est très bon depuis six ans. On joue des œuvres de plus en plus difficiles, comme La Guerre de Janequin, des extraits de La Messe en si de Bach. En ce moment, on s’attaque aux grands motets de Mondonville.

Vous avez la réputation d’être intransigeante sur les plateaux de cinéma. Avez-vous la même exigence avec ces choristes amateurs qu’à l’égard de comédiens professionnels comme Vincent Lindon, Patrick Timsit ou Zabou Breitman ?

C. S. Je travaille avec eux de la même manière qu’avec des professionnels. Quand il n’y a pas de rigueur, ils s’embêtent. Ils ne sont ni harcelés, ni boostés, ni critiqués. Ça ne tiendrait pas à coups de cravache. Ça ne tient que par le plaisir. Celui de chanter, mais aussi celui de voir les églises bourrées, les gens debout qui applaudissent. J’ai la même intransigeance avec les comédiens. Dans le travail artistique, il y a toujours un côté artisanal. Vous ne pouvez pas fabriquer une chaise qui soit bancale. L’artisanat, c’est la base de l’art. Après, ce qui fait la différence, c’est la beauté de l’interprétation, le talent. Ça, on l’a ou on ne l’a pas. Mais on ne peut pas prétendre avoir du talent, si on n’a pas d’abord un très bon niveau technique.

 

Le Barbier de Séville, à l’opéra Bastille en avril 2008. Rosine se plaint d’être enfermée mais affirme qu’elle s’en sortira. Photo LC
Dans son Barbier de Séville, Coline Serreau place l’action dans une ville qui a été occupée pendant quatre cents ans par les musulmans qui y ont laissé une forte empreinte. « Pour que cette histoire nous parle aujourd’hui, expliquait-elle dans ses notes de mise en scène, j’ai voulu qu’elle se passe dans un monde où l’enfermement de la moitié de l’humanité est encore la règle. » On reconnaît bien une des préoccupation de la metteuse en scène. Et aussi une des qualités de son travail : cette volonté d’avoir une vision claire de ce que veut dire une œuvre, musicale ou pas. Elle sait ce qu’elle veut, ce qui lui permet de tansmettre aux chanteurs un grand sens du rythme et de l’histoire racontée.
C’est quoi être un bon chef ?

C. S. Un bon chef, c’est quelqu’un qui a de l’autorité, qui peut être exigeant mais qui n’a aucune volonté de pouvoir ou de puissance. A la minute où la répétition s’arrête, les choristes peuvent me taper dans le dos. Je ne suis plus rien et c’est pareil sur un plateau de cinéma. Ce qui m’intéresse, c’est de réunir des gens et de leur insuffler l’envie de se dépasser. Il faut avoir une vision extrêmement claire, précise et profonde de ce qu’on veut dire avec un texte ou une œuvre musicale. Cette conception, il faut ensuite être capable de la transmettre, car ce n’est pas moi qui joue ou qui chante, ce sont eux. Depuis que je suis petite, j’ai toujours été une meneuse. Mais plus le temps passe, et plus je m’aperçois que pour bien mener les gens, il ne faut pratiquement rien faire ! (Elle éclate de rire.) Cette idée se rapproche de la philosophie du Tao. Plus on laisse les choses s’exercer en toute liberté, plus elles se font, et bien.

N’est-ce pas contradictoire avec la rigueur que vous décrivez ? Vincent Lindon raconte que pour le tournage de La Crise, il lui fallait connaître son texte par cœur et à la virgule près. Cela laisse peu de marges de liberté…

 

C. S. Non, au contraire, rigueur et liberté ne sont pas incompatibles. La parole d’un acteur, c’est comme de la musique : il y a le rythme, la mélodie, les accents, les intonations. Le don de Vincent, c’est sa présence. Mais sur le plan de la parole, il lui arrive parfois d’être faux. Un comédien peut ressentir mon exigence comme un manque de liberté, mais si ce que j’entends n’est pas juste, je ne peux pas laisser passer. Je travaille en ce moment en Allemagne et au Canada pour deux mises en scène. Je peux vous dire que ça n’a rien à voir. Ils ont une diction impeccable, ils connaissent leur texte par cœur, ils ont le rythme. Les acteurs français ne sont pas assez entraînés. Ils n’ont pas ce sens de l’artisanat car ils jouent trop peu. Ils sont surtout entraînés à exprimer leur nombril. En France, je ne fais pas de la direction d’acteur, mais de la formation professionnelle ! La seule qui a un vrai entraînement, c’est Muriel Robin. Cette actrice est un Stradivarius. Elle travaille comme une bête et est dans l’artisanat pur.

La chorale du Delta est entièrement gratuite et repose sur une économie du don, de l’entraide. Pas de billet d’entrée, juste un chapeau qui passe à la fin du concert. Les habitants des villages qui vous accueillent apportent également de quoi nourrir les choristes. Est-ce qu’on peut parler de troc culturel ?

C. S. La chorale du Delta est une sorte de laboratoire. Le modèle ne peut pas être généralisé car je travaille avec des amateurs, c’est-à-dire des gens qui ne vivent pas de leur pratique artistique. Je voulais expérimenter une forme de spectacle vivant où le public juge lui-même ce qu’il doit payer. Nous ne sommes pas subventionnés et n’avons pas l’impératif de faire du pognon. Le public vient s’il veut et paye ce qu’il veut. Certains mettent des billets de 50 euros dans le chapeau, d’autres des pièces de 2, mais c’est leur problème, pas le mien. Pour moi, c’est la plus belle forme de reconnaissance artistique. Ceux qui n’ont pas beaucoup d’argent sont financés par ceux qui en ont un peu plus. Si vous faites payer les places 10 ou 15 euros, vous éliminez forcément quelqu’un. Grâce à ce fonctionnement, nos concerts accueillent tout le monde : des familles, des bourgeois, des campeurs, des touristes, pleins de gosses aussi. Ça permet de former des oreilles à la musique ! Du côté du chœur, tout est gratuit aussi. Les choristes viennent répéter gratuitement et quand ils partent en tournée, tout est gratuit. Je rappelle que le moindre stage de chant coûte au moins 800 euros la semaine. Ici, ils sont logés, nourris. L’argent du public sert à financer la bouffe sur place, les salles où on répète. C’est une économie qui génère juste assez de profits pour que ça existe.

 

« Notre système est complètement perverti. On ne subventionne plus le théâtre, mais une
mafia de gens qui s’entendent entre eux »

Les tournées ont lieu en Touraine et dans la Drôme où vous possédez des maisons. Cette économie repose donc également sur l’argent que vous avez pu gagner avec vos films à succès…

C. S. Oui, bien sûr. Quand on est riche, il faut partager. Il se trouve que je suis devenue riche tout à fait par hasard. Mais j’étais très très pauvre au début. Si ma maison est vide, ça m’emmerde. Alors j’en ai fait un lieu culturel.

S’adresser au plus grand nombre. C’est votre conception de la culture populaire ?

C. S. Je n’aime pas trop le mot « populaire », il fait penser à « populace ». C’est comme si on méprisait le peuple. La culture, pour moi, c’est l’excellence pour tous, c’est tout. Mais si vous voulez parler à tout le monde, il faut beaucoup travailler. Au Havre, il y a un espace culturel qui s’appelle Le Volcan. Vous demandez à la boulangère, à l’épicière, au chauffeur de bus… ils n’y vont pas. Il n’y a pas d’offre culturelle pour eux. Après, il ne reste plus que TF1, c’est une honte.

A qui la faute ?

C. S. Notre système est complètement perverti. Maintenant, on ne subventionne plus l’agriculture, mais la pétrochimie. On ne subventionne plus la santé de gens, mais l’industrie du médicament. Idem du côté de la culture. On ne subventionne plus le théâtre, mais une mafia de gens qui s’entendent entre eux, qui travaillent pour eux, dans un circuit complètement fermé. La culture subventionnée n’offre aucun lien avec le public. On vit dans une société extrêmement clivée, elle l’était moins il y a vingt ans. Avec mes films et mes pièces, j’ai réussi à regrouper tout le monde. Mais c’est un travail qui est compliqué : il faut rester subversif sans heurter personne. Cela demande beaucoup de réflexion. Certains viennent me dire que je fais des films commerciaux. Je me fiche de leurs critiques. On verra dans dix ans où ils en seront.

Démocratiser c’est vulgariser ? Pour parler à tout le monde, faut-il faire des compromis sur le plan esthétique ?

C. S. Non jamais, au contraire. Vous avez vu le nombre de visiteurs au musée du Louvre ? Vinci, il a pactisé avec qui quand il a peint La Joconde ? (Rires.) Pour Trois hommes et un couffin, on m’a presque interdit de mettre du Schubert. On m’a dit : « Si vous n’enlevez pas Schubert, on vous enlève vingt salles pour la diffusion du film. » J’ai résisté : « Non, on enlèvera 20 salles, mais on gardera Schubert. » Je risquais qu’on se ramasse, mais ça m’était égal. Regardez le succès du film, le peuple adore Schubert apparemment ! (Le film a attiré plus de 10 millions de spectateurs à sa sortie en France en 1985, NDLR.)

Etes-vous fâchée avec le cinéma français ?

C. S. Je ne sais pas si je suis fâchée, peut-être que ça reviendra… Beaucoup de gens me disent : « On vous attend. » (Elle s’arrête, songeuse.) Mais honnêtement, ils me font un peu chier dans le cinéma ! Le cinéma, c’est trop organisé. Il faut absolument faire des entrées en masse dès la première semaine, sinon vous disparaissez. Les critiques sont des ordures qui vous dégomment tout de suite.

 

Vous savez, un film, c’est trois ans d’une vie. J’ai tellement de choses à faire pendant trois ans. Je peins, j’écris, je dessine, je fais des photos, des expos. En ce moment, je mets en scène une adaptation de Trois hommes et un couffin au Canada, et je remonte ma pièce Lapin Lapin au Schiller-Theater à Berlin. Je travaille aussi sur des projets de séries. Cette forme m’intéresse énormément sur le plan narratif. Je voudrais raconter des vies, des sagas. C’est ça que la jeunesse a envie de voir. Les salles de cinéma, aujourd’hui, c’est un peu choux-fleurs et sonotones ! Les jeunes regardent des séries et c’est à eux qu’il faut parler.
Trois hommes et un couffin, au Théâtre du Gymnase, 38, boulevard Bonne-Nouvelle 75010 Paris.
Du 11 au 18 septembre, à 20h. Tél: 01 42 46 79 79
Interview réalisée en décembre 2017

Remerciements à Nathanaël Charbonnier/News Pictures pour le prêt des photos de Coline Serreau.

Alice Kachaner

@AKachaner
30 ans
Année spéciale à l’EPJT
J’aime la radio, la presse écrite et la photo.
Passée par Radio France, Nice Matin et le service éco du Figaro.
Passion cachée pour les faits divers, le thé vert et la gym suédoise.

 

Sinef Gönül Arslan, dans la cour d’écran

Sinef Gönül Arslan, dans la cour d’écran

Sinef Gönül Arslan était coordinatrice de projet, à Istanbul, pour le film franco-turc Mustang, en course pour l’Oscar. Elle a également reçu un prix au festival d’Izmir, pour un court-métrage. Actrice, réalisatrice et productrice a fait de la caméra, son arme pacifique pour mettre en avant ses revendications sociales.

Par Solène Permane

« Le voile intégral, j’ai refusé de le porter pour le film Yanersalen. On m’a contactée pour un rôle, j’ai lu le script et dans une scène, je devais porter l’habit traditionnel de l’Islam. Alors j’ai refusé », raconte Sinef Gönül Arslan. Bien dans ses baskets et son jean retroussé, à 35 ans, elle revêt les costumes d’actrice, réalisatrice et productrice de films, en Turquie. En décembre, elle a reçu une récompense au festival de cinéma d’Izmir pour un court-métrage. Une consécration. Elevée dans une famille musulmane conservatrice, le scénario de sa vie ne la menait pourtant pas au cinéma. « Quand j’avais cinq ans, ma mère m’a inscrite dans une école coranique. On m’a enfilé le hijab, il faisait quarante degrés. J’ai dit à mon père : ‘J’ai chaud et je ne veux plus y retourner’. » Sinef Gönül Arslan n’y remettra jamais les pieds. Ce même déterminisme la conduira à prendre la caméra, bien des années plus tard.

Enfant, elle rêve d’être journaliste, horrifiée par le sort qui leur est réservé dans son pays et qu’elle veut dénoncer. Puis, le décor change. Après le lycée, l’adolescente intègre une faculté de politique. Option propagande. « J’étais envoyée par le groupe marxiste-islamiste Anti-Kapitalist Müslümanlar (Musulmans anticapitalistes, NDLR) dans lequel j’étais membre, raconte-t-elle avec une once de regret. Je devais répandre leurs idées auprès de mes camarades de classe. » Un professeur remarque son petit jeu, lui demande de l’arrêter ou de quitter l’université. Elle reste, car « ce n’avait pas été facile d’y entrer, je ne pouvais pas laisser passer cette chance. »

Un poisson dans « un monde de requins »

Après quelques mois d’études, vient l’entracte. « J’ai fait une pause pour réfléchir sérieusement à ce que je voulais faire. J’ai compris que c’était de travailler dans le cinéma », continue Sinef Gönül Arslan, toujours marquée par le premier film qu’elle a vu sur grand écran. Elle a 6 ans, dans une petite ville du sud de la Turquie, à Iskenderun, où elle grandit. Il n’y a qu’une salle de cinéma, seulement une projection : Spiderman. « J’avais l’impression que l’araignée allait venir sur moi, j’étais terrifiée. Je me cachais sous le siège et mon frère répétait : ’Tu me fais honte !’ » Elle est alors bien loin d’imaginer que quelques années plus tard, elle tisserait sa toile dans le monde du cinéma.

Diplômée en communication et cinéma à l’université de Marmara, désormais, Sinef Gönül Arslan nage dans le grand bain. Un poisson dans « un monde de requins », comme elle l’appelle. Le cinéma turc a fêté ses cent ans l’an dernier et écaille de plus en plus les productions hollywoodiennes puisque les Turcs plébiscitent davantage les réalisations locales. « Mais malgré son développement, c’est un milieu dur, un milieu d’hommes ici, en Turquie », regrette Sinef Gönül Arslan. « A force de côtoyer les équipes masculines, Sinef s’est créée une carapace, commente son collègue Engin. Sa persévérance et son courage ont payé. D’habitude en coulisses, sur les tournages, les femmes sont maquilleuses ou costumières, pas derrière la caméra. »

« Je n’ai jamais supporté la soumission aux hommes »

Cette réalité énerve Sinef Gönül Arslan. L’amélioration des droits de la femme est l’une des revendications sociales qui l’a conduite au cinéma. « J’ai vu des amies d’enfance se marier tour à tour, très jeunes. Pour moi, tout était possible, sauf ça. » Récemment, la jeune femme était coordinatrice de projet pour le film Mustang, une coproduction franco-turque en course pour l’Oscar. C’est l’histoire de cinq sœurs confrontées à la difficulté d’être fille en Turquie. « Une véritable ode à l’émancipation féminine, commente-t-elle. Je n’ai jamais supporté la soumission aux hommes, au travail comme dans ma vie privée. D’ailleurs, mon père m’a toujours traitée comme un petit garçon. »

Le bagage de son passé l’aide à avancer. « Mes grands-parents sont des réfugiés géorgiens qui ont fui le conflit et se sont installés en Turquie, ça m’inspire beaucoup », raconte Sinef Gönül Arslan, qui porte un intérêt majeur pour les minorités. Les conditions de vie difficiles pour les transsexuelles d’Istanbul la conduisent à jouer son premier rôle, dans Teslimiyet, en 2010. Mais un commentaire désobligeant sur un site Internet concernant sa « piètre prestation » la pousse, par la suite, à rester derrière la caméra. Son arme pacifique.

La trentenaire travaille actuellement sur la relecture d’un script, dont le sujet est tabou en Turquie : la guerre civile opposant le gouvernement aux forces kurdes, à l’Est du pays. Quand d’autres réalisateurs ne rêvent que de paillettes hollywoodiennes, Sinef Gönül Arslan, elle, n’est pas prête de quitter ses terres. « On peut faire passer beaucoup de messages à travers les films, et en Turquie, il y en a tellement à faire passer ! » Elle n’aura peut-être pas assez de ses dix prochaines années qu’elle souhaite encore consacrer au cinéma pour dénoncer tout ce qu’elle voudrait. « Mais je ne peux pas continuer comme ça éternellement. Avec mon travail, je vis à cent à l’heure », confie-t-elle.

Ses lunettes de soleil rondes à la John Lennon, qu’elle retire puis remet machinalement, cachent ses yeux marron en amande, cernés de noir. Le cinéma est le seul remède capable d’apaiser son hyperactivité diagnostiquée dans son enfance. Le seul moyen aussi, pour l’instant, par lequel elle livre ses revendications. Le story-board de son avenir n’est pas encore tracé. Mais la passionnée de lecture prendra peut-être la plume lorsqu’elle lâchera la camera. Car face à la Turquie conservatrice d’Erdoğan, qu’elle considère « pleine de problèmes et d’incertitudes », Sinef Gönül Arslan gardera toujours le même objectif : ne pas se voiler la face. 

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Mustang court après l’Oscar

le cinéma d’horreur français se cherche

le cinéma d’horreur français se cherche

Le cinéma d’horreur français ne fait pas recette et reste dans l’ombre de son homologue américain. (Photo : DR)

Adulé quand il vient des États-Unis, le genre est discrédité dès qu’il est « made in France ».  Producteurs, distributeurs et exploitants en  sont conscients et tentent d’élucider le problème pour donner un nouvel élan au cinéma d’horreur français. En attendant, les réalisateurs hexagonaux composent avec de petits moyens.

Par Romane Boudier, Dah MAGASSA et Esteban PINEL

 

Le constat est effrayant. Cela fait quatorze ans cette année que Promenons-nous dans les bois, (de Lionel Delplanque), dernier film d’horreur français à succès, attend un successeur. Il a attiré un peu plus de 750 143 spectateurs. Un chiffre qui reste éloigné du top 10 des films du genre les plus vus en France. Neuf fois sur dix, un film d’horreur projeté dans une salle française est américain. Rien qu’en 2014, 13 films venus tout droit de l’autre côté de l’Atlantique sont sortis chez nous, contre un seul français. Ce qui s’explique par l’hégémonie américaine sur le cinéma en général mais pas uniquement. Car, en 2013, ce sont plus de 300 films français qui sont sortis sur nos écrans. Pas loin de un par jour. Rude concurrence.

Mais quand bien même, si les Français produisaient une multitude de films d’horreur, ceux-ci peineraient à faire salle comble. « Ce genre ne peut pas, par définition, être grand public, soutient Denis Mellier, professeur de littérature et de cinéma à l’université de Poitiers. Depuis une quinzaine d’années, ce cinéma est attaché aux thématiques du gore, du trash et de l’hémoglobine à outrance », et cible un public restreint.

Une tradition poétique

« Les cinéastes ont voulu se détacher de la tradition française, plus poétique », souligne Gary Constant, journaliste cinéma pour le magazine culturel tourangeau Parallèle(s) et directeur du festival Mauvais genre à Tours. C’est pourtant cette poésie qui a apporté une certaine crédibilité aux productions d’horreur françaises dans le passé. « Les Yeux sans visage, de Georges Franju, a été considéré comme un objet sérieux, voire intellectuel, par le monde cinéphilique », confirme Laurent Givelet, professeur de cinéma au lycée Balzac, à Tours.

« A l’intérieur », de J. Maury et de A. Bustillo, incarne l’ultragore à la française.

Mais le renouveau du genre en France, qualifié de « néohorreur » par Denis  Mellier, a changé la donne au début des années 2000. Ceci en allant à l’encontre de la culture hexagonale. « En France, on regarde la réalité par le filtre des sentiments et de la psychologie, relève Laurent Givelet. Or, aujourd’hui, les films d’horreur ont un rapport beaucoup plus brut avec la réalité. Et ça, on n’aime pas trop. »

Le genre peu accessible donc, avec un défaut supplémentaire : il résiste aux catégories. L’exemple de  Promenons-nous dans les bois est à cet égard éloquent. Sur un site grand public comme allociné.fr, il est qualifié d’« épouvante-horreur », mais aussi de « thriller ». Mais c’est lors d’un festival du film fantastique qu’il a été primé. Un mélange des genres qu’on ne retrouve pas outre-Atlantique. « Dans le cinéma hollywoodien, tout est très codifié : un film d’horreur est un film d’horreur » développe Laurent Givelet.

Refroidi par cette confusion du genre, les amateurs du film d’horreur se tournent vers le  cinéma américain. Et même lorsque les scénaristes français utilisent les codes du cinéma américain, le public se méfie. Un réalisateur français se lance dans la réalisation d’un « slasher », un sous-genre de film d’horreur dans lequel des adolescents sont poursuivis par un monstre, les spectateurs font la moue. « C’est du  cinéma français. Ce n’est qu’une copie du cinéma américain. C’est forcément mauvais… », mime Thomas Pibarot, distributeur pour Le Pacte, une société de production et de distribution (La Horde, la saga Rec…).

Des producteurs trop prudents

Pour contourner cette idée reçue, des réalisateurs français s’exilent. Ils s’assurent par la même occasion un budget plus conséquent. Alors que le film d’Alexandre Aja Haute tension a généré 110 000 entrées en 2003, avec une production à hauteur de 2,2 millions d’euros, La colline a des yeux, du même réalisateur mais produit par les Américains pour plus de 12 millions d’euros, a dépassé les 500 000 spectateurs en France. Piranhas 3D, autre œuvre franco-américaine du réalisateur, est devenu le film le plus sanglant de l’histoire du cinéma grâce à 300 000 litres de faux sang déversés pour une scène. Une prouesse technique réalisée grâce aux moyens financiers.

Les producteurs outre-Atlantique seraient-ils plus performants ? Pour le producteur Richard Grandpierre, cela ne fait aucun doute. Et Florent Bugeau, du réseau de distribution Rezo Films, de confirmer : « Les producteurs français ne savent pas répondre aux attentes du public français en matière de film d’horreur. »

Cette frilosité aurait une raison. Beaucoup de films français sont des échecs commerciaux, comme le récent Aux yeux des vivants, sorti en juillet dernier. « Ça a été une catastrophe industrielle », s’exclame Yann Lebecque, journaliste à L’Écran fantastique, le magazine spécialisé dans ce genre. Ces « flops » incitent les distributeurs à se montrer plus prudents dans le financement de ces projets pas toujours convaincants. Conséquence directe, les  réalisateurs ne se bousculent plus pour chercher des financements français. Thomas Pibarot le confirme : « Avant, on recevait une  vingtaine de scénarios de films d’horreur. Cette année, aucun. » Le genre se tourne plutôt vers les festivals spécialisés où les films d’horreurs sont très prisés. Sans compter que ce sont des exercices très formateurs dans les écoles de cinéma.

Du côté des exploitants, les réticences sont tout aussi réelles. Les excès de violence de certains films les classent parmi ceux interdits aux moins de 16 voire 18 ans. Ce qui limite d’emblée le nombre de spectateur attendu. Parfois, cette violence déborde de l’écran. Craignant les débordements, les bagarres et les dégradations de sièges, UGC, comme d’autres exploitants, bannissent ces films de leurs salles. Ce, d’ailleurs, quelle que soit leur nationalité. Annabelle, long-métrage de John R. Leonetti sorti début octobre, a engendré tant de désordres parmi les spectateurs adolescents que de nombreux cinémas l’ont déprogrammé.

La télévision en a horreur

Chassé des salles, le film d’horreur à la française n’est pas non plus le bienvenu à la télévision. Il est impassable en « prime time », quand le jeune public n’est généralement pas encore couché (vers 20 h 45). Or les chaînes sont d’importantes sources de financement du cinéma. Elles n’ont qu’un intérêt limité à produire des films qu’elles ne pourront programmer qu’en deuxième, voire en troisième partie de soirée. C’est également le cas des chaînes spécialisées, telle Canal+.

Haute tension, dernier film réalisé en France par Alexandre Aja avant son exil aux Etats-Unis.

Et puis le petit écran a d’autres préférences. « Il porte plus l’effort sur l’achat de séries d’horreur étrangères, comme The Walking Dead », note Laurent Givelet. C’est un marché qui se porte bien et un format qui n’a pas pour contrainte de devoir tenir le haut de l’affiche pour exister. Le public est attentif à cette nouveauté. Par ricochet, des films peuvent en profiter, comme The ABCs of death, un film à sketchs réalisé par des cinéastes indépendants. Il attire les critiques positives et semble convenir tant au public qu’aux spécialistes.

Paradoxalement, c’est tout de même du petit écran que pourrait venir la renaissance. Les séries d’horreur ou de fantastique offrent des pistes de formats et de scénarios que les réalisateurs français seraient susceptibles de suivre. De plus, aujourd’hui, pour pérenniser la diffusion des films, on peut compter sur la VOD (vidéo à la demande). Les  films d’horreur français pourraient trouver là leur créneau, sans déranger personne. « Le mieux c’est de regarder le film chez soi devant son écran. La VOD est un outil génial », confirme Alexandre Tristram. le succès de Promenons- nous dans les bois a d’ailleurs connu un second souffle grâce à la VOD. Une réussite qui pourrait inspirer les producteurs.

Pour beaucoup de professionnels du cinéma, les créations actuelles ne sont pas prêtes de retrouver le chemin du succès perdu des années plus tôt. Ils se tournent maintenant vers la jeune génération, plutôt prometteuse, dans l’espoir d’une révélation. Car au delà du problème des scénarios américains ultragores et des producteurs aux compétences douteuses, il serait bon de miser sur des personnalités susceptibles de représenter et de porter le genre. Le film d’horreur français cherche son Danny Boon qui lui permettra de retrouver l’estime des spectateurs.

« Les Yeux sans visage » de Georges Franju était considéré à sa sortie comme un film fantastique. Aujourd’hui, il est classé « épouvante-horreur ».

« Nous devons déjà nous entendre par ce que l’on considère comme un film d’horreur. » Camille Vidal-Naquet, jeune réalisateur, pointe là une des difficultés du genre. Thriller, fantastique, suspense ou encore polar, tous ces qualificatifs peuvent être rattachés au cinéma d’horreur hexagonal. Du coup, c’est compliqué de s’entendre sur ce quoi on parle exactement.

La chose n’est pas récente. Ainsi, un film comme Les Yeux sans visage (1959) de Georges Franju, une référence s’il en est, pouvait entrer dans la catégorie « épouvante-horreur ». Mais aussi dans celle du « drame ». A l’époque, il s’agissait de s’affranchir des « représentations très conventionnelles qu’Hollywood a imposé entre les années trente et les années cinquante », raconte Denis Mellier, professeur de cinéma de l’université de Poitiers. Plus tard, une contre-culture s’est progressivement installée, imposant des scènes « d’un degré de violence et de cruauté dans la représentation de la souffrance et dans le sadisme de la mise en scène jamais vu », insiste l’enseignant. Un phénomène qu’il a analysé dans sa thèse Sur la dépouille des genres. Néohorreur dans le cinéma français.

C’est cette absence de barrières entre les genres qui a amené les réalisateurs à « se rapprocher au plus près de la réalité » dans les scènes de violence, confirme Laurent Givelet, professeur de cinéma au lycée Balzac, à Tours.

Du gore, du trash, et de l’hémoglobine à outrance

Ces passages sanglants ont contaminé d’autres films dits thriller ou action. Que, du coup, on pourrait presque placer parmi des films d’horreur. Ce transfert était pourtant inconcevable il y a encore quelques années. Pourquoi une telle cruauté ? Thomas Pibarot, producteur et distributeur chez Le Pacte, à une théorie : le « syndrome du premier film ». Lorsque Promenons-nous dans les bois a remporté un certain succès, le genre a cru pouvoir se relancer durablement. Les réalisateurs ont alors eu « envie de tout mettre, d’être le plus extrême possible », analyse-t-il.

La deuxième explication avancée l’est par Lionel Delplanque : ces films « utilisent la violence pour déranger le spectateur. C’est une violence assez psychologique », explique-t-il. Caractéristique de cette catégorie, Calvaire (2004), de Fabrice Du Welz, un film qui mélange torture physique et mentale pour brouiller le spectateur.

Thomas Pibarot pointe également le fait que les films français cherchent à se démarquer des Américains et de leur « horreur light, à laquelle tout le monde peut s’identifier ».

Des films français trop américains

Il est pourtant indéniable que nombre de films français s’inspirent largement des codes américains. Yann Lebecque, journaliste de L’Écran fantastique, rappelle que c’est précisément ce cinéma « qui a bercé l’enfance des réalisateurs français ». On retrouve chez ces derniers, par exemple, l’influence des « slasher », ces scénarios où un monstre ou un détraqué tue des adolescents de manière très sanglante. L’influence se remarque aussi dans les décors : « On essaie de placer les films d’horreurs dans des décors qui rappellent des lieux étrangers, en particulier américains. »

La tendance à la violence à outrance ne fait pas l’unanimité auprès du public comme chez certains spécialistes. Alexandre Tristram, fondateur et rédacteur du cinemaclubfr.fr, un blog qui décrypte les films de genre regrette une « américanisation » trop importante qui ne laisse pas de place à une touche française qui a pourtant de quoi être valorisée : « Les réalisateurs français trouvent très souvent de bonnes histoires à raconter. »

Ce qui plaît à Alexandre Tristram : l’élaboration précise du scénario qui s’attarde sur le côté psychologique des personnages. L’horreur n’est donc pas que visuelle. Et Yann Lebecque d’ajouter : « Il y a de bons réalisateurs qui savent écrire, de bons effets spéciaux et des artistes compétents. » Tant de témoignages positifs et porteurs d’espoir qui peuvent laisser espérer voir les films d’horreur français enfin décoller au box-office. Pour cela, se démarquer des Américains et ne plus brouiller les genres semblent être les conditions nécessaires pour imposer une véritable identité et promouvoir un savoir-faire hexagonal que tant de spécialistes vantent.

Pour aller plus loin

Sur la dépouille des genres. Néohorreur dans le cinéma français : Thèse de Denis Mellier

Fan d’épouvante

Le cinéma d’horreur bien de chez nous n’est pas prophète en son pays. L’affirmer est un euphémisme : près de neuf Français sur dix sont incapables de citer le titre d’une œuvre hexagonale*. Par contre, ils vous citeront sans hésiter de nombreuses œuvres débarquées tout droit des Etats-Unis. Certains sondés iront même jusqu’à mentionner ces dernières comme étant françaises. Il y a un océan de notoriété entre les écoles françaises et américaines.

Si le grand public se perd un peu dans la géographie de l’horreur, quelques irréductibles nous ouvrent les portes de cet univers à part. Telle  Éléonore Griveau, 21 ans. L’étudiante aux Beaux-Arts à Tours met sa passion pour le genre au service de l’art. Elle nous présente ses créations étranges, ténébreuses. Vous avez dit bizarre ?

« L’horreur est un excellent exercice de style »

Lionel Delplanque, le réalisateur de Promenons-nous dans les bois, sorti en 2000, juge que la culture française n’est pas propice au développement de l’horreur. Le manque de moyens et de spectateurs compliquerait la tâche des réalisateurs.

Des courts métrages, une parenthèse dans l’horreur en passant, un clip du groupe de musique Superbus, le parcours de l’ancien étudiant de l’École supérieure d’études cinématographiques est tortueux. Au milieu de ses nombreux projets, Lionel Delplanque s’est replongé dans les souvenirs de son premier long métrage.

Pourquoi avoir choisi l’horreur pour votre premier long métrage ?

Lionel Delplanque. C’est un excellent exercice de style. Même James Cameron a commencé par cela. Le scénario est généralement très simple. Ce qui compte avant tout, c’est de vouer une passion à la mise en scène. La force d’un film se joue sur le cadrage, le rythme, le son ou encore le jeu d’acteurs…  J’avais 28 ans quand j’ai réalisé mon premier long métrage et j’y ai pris un grand plaisir. Mais pour le moment, je ne me vois vraiment pas y revenir. C’est difficile de faire carrière dans ce genre. J’ai d’ailleurs changé de registre avec mon second film, Président (sorti en 2006).

Lionel Delplanque sur le tournage du film de politique-fiction « Président » en 2006, son deuxième long-métrage. Photo : DR

Vous attendiez-vous à ce que le film devienne, dans sa catégorie, le plus vu dans les salles obscures ?

L. D. Il n’était vraiment pas écrit d’avance que ça réussirait. Il y avait un certain scepticisme autour du projet car l’horreur est un genre cinématographique associé au cinéma américain. Mais nous avons voulu nous donner les moyens de faire quelque chose de beau avec un peu plus de 2 millions d’euros de  budget. Et, surprise, ça a marché. Le film est sorti dans 40 pays puis s’est bien vendu en vidéo à la demande et à la télévision. Il rapporte même encore de l’argent aujourd’hui.

Pourquoi la réussite du film n’en a pas appelé d’autres ?

L. D. Je pense que la France n’a pas de culture de films d’horreur. La tendance est plus à un cinéma familial, davantage porté sur les drames ou la comédie. Les films interdits au moins de 12 ou 16 ans s’adressent donc à une cible de spectateurs beaucoup plus réduite. Par conséquent, il y a moins de personnes prêtes à investir et à distribuer ces productions. Se lancer dans un film d’horreur aujourd’hui, c’est une grosse prise de risques. Le manque de moyens a des répercussions sur la qualité des films et leur communication. C’est une des différences avec le cinéma américain qui s’appuie beaucoup sur le marketing. Conséquence, les spectateurs en entendent davantage parler et se les recommandent plus via le bouche à oreille.

Les critiques de la presse ne sont pas très flatteuses pour les films français…

L. D. La presse française n’est pas tendre. Elle a été dure avec notre film. En France, et nous en revenons à la question de la culture, les journalistes n’ont pas d’a priori positifs sur les films d’horreur  français. Ils sont souvent dans la comparaison. Peut-être trop d’ailleurs. Quand on regarde ce qui se dit à l’étranger, on constate que c’est différent. Pour reprendre l’exemple de Promenons-nous dans les bois, des critiques américains ont écrit tout le bien qu’ils pensaient de la mise en scène. En Espagne, le film a été récompensé du Méliès d’or, prix décerné par la presse, au festival international du film fantastique de Sitges.

Comment le cinéma d’horreur français pourrait-il se relancer ?

L. D. Pour moi, le meilleur moyen serait qu’un de ces films cartonne. Les péplums (qui retracent des épisodes de mythologie antique), par exemple, se sont relancés grâce à Gladiator, alors que c’était devenu un genre ringard. Il faudrait un grand réalisateur aux manettes avec, pourquoi pas, Jean Dujardin dans le rôle principal. Ça pourrait aider… Recueilli par E. P.

L’angoisse à la maison

Pour ceux qui aiment se faire peur tranquillement chez eux, sélection de DVD, de Blu-Ray et de films disponibles en VOD.

Bientôt dans les salles

Le 20 décembre
Catacombes de John Erick Dowdle. Universal Pictures International France. 16,99 euros

A partir du 14 janvier 2015

L’invasion des profanateurs de sépultures, de Don Siegel
La Dame en Noir : l’Ange de la Mort, de Tom Harper (III)
A Girl Walks Home Alone At Night, de Ana Lily Amirpour

Dans ce dossier, nous vous avons parlé de

Promenons-nous dans les bois (2000), de Lionel Delplanque, avec Clotilde Courau, Clément Sibony, Alexia Stresi. Pathé Video. A partir de 2,90 euros. Proposé aussi en coffret avec The Hole, de Nick Ham et Brocéliande, de Doug Headline, Pathé Video, à partir de 49 euros. Disponible en VOD.

La colline a des yeux (2006), d’Alexandre Aja, avec Aaron Stanford, Kathleen Quinlan, Vinessa Shaw. 20th Century Fox. A partir de 7,10 euros (DVD), 10,80 euros (Blu-Ray).

Haute Tension (2003), d’Alexandre Aja, avec Cécile de France, Maïwen Le Besco, Philippe Nahon. A partir de 9,45 (DVD. Disponible en VOD.

Piranhas 3D (2010), d’Alexandre Aja, avec Ving Rhames, Elisabeth Shue, Christopher Lloyd. Wild Side . A partir de 0,90 euros (DVD), 9,90 euros (Blu-Ray).z

Les Yeux sans visage (1960), de Georges Franju, Avec Pierre Brasseur, Alida Valli, Edith scob. Gaumont Classique. A partir de 15 euros (DVD) ou 22,90 (Blu-Ray). Disponible en VOD.

Calvaire (2004), de de Fabrice Du Welz, avec Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon. Studio Canal. A partir de 10,90 euros (DVD)

A l’intérieur (2007), Julien Maury et Alexandre Bustillo, avec Béatrice Dalle, Alysson Paradis, Nathalie Roussel. Pathé Video. A partir de 6,18 euros (DVD édition de 2008) et de 13 euros (DVD édition novembre 2014).

Annabelle (2014), de John R. Leonetti, avec Annabelle Wallis, Ward Horton, Alfre Woodard. Warner Home Video. Coffret à partir de 19,90 euros (DVD), 24,99 (Blue-Ray)

The ABCs of death (2012), 26 cinéastes proposent 26 courts métrages horrifiques. Optimale. A partir de 14,99 euros (DVD). Disponible en VOD.

Série

The Walking Dead (2010), créé par Franck Darabont. Wild Side. Coffret intégrale saisons 1 à 4 à partir de 61,87 euros (DVD), 109,99 (Blu-Ray).

 

Internet, le gros bug de l’offre légale

Internet, le gros bug de l’offre légale

Pourquoi acheter une série, plusieurs mois après sa sortie, alors qu’elle est disponible gratuitement sur Internet dès le lendemain de sa diffusion à la télé ? Photo : Léo Schmitt/EPJT.

En France, le téléchargement illégal est très (trop ?) simple et supplante l’offre légale. Les opérateurs ne trouvent pas le bon compromis entre protection des intérêts des ayants-droits et libre accès aux œuvres. Principal obstacle, la chronologie des médias. Et l’arrivée de Netflix ne va rien arranger.

Par Anaëlle BERRE, Marine PELLETIER et Léo SCHMITT

« Si je veux me faire une toile à côté de chez moi, c’est 11 euros. » Étudiant en génie mécanique à Angers, Arnaud n’a pas les moyens d’aller au cinéma. Il télécharge donc des films sur Internet, en toute illégalité. Pourquoi ? « En France, l’offre légale n’est pas du tout au point », se justifie-t-il.

Consciente de ce problème, l’Hadopi lançait en décembre dernier un nouveau site : offrelegale.fr. Mais sur les 351 plates-formes recensées, seul une soixantaine possèdent le label Hadopi. « Nous n’avons pas les moyens de certifier que les autres soient légales, mais elles sont considérées comme telles », admet Jonathan Benghozi, chef du projet. Drôle de façon de promouvoir l’offre légale de téléchargement. Elle existe certes, mais elle est encore loin d’être parfaite, car la réglementation sur la diffusion des films et séries est très contraignante. En cause, notamment, la chronologie des médias, comme l’appellent les professionnels.

Trois ans pour revoir un film

C’est un délai imposé aux diffuseurs. Il faut attendre quatre mois après la sortie d’un film au cinéma pour le trouver en DVD ou l’acheter en vidéo à la demande (VOD), trente-six mois pour pouvoir le regarder en vidéo à la demande par abonnement (SVOD) et quarante-huit mois avant de le voir à la télévision. Ce délai est censé permettre à chaque diffuseur d’exploiter au maximum chaque œuvre. « Et quand un groupe comme TF1 préfinance un film, il obtient un droit d’exclusivité », explique Florence Gastaud, déléguée générale de la société civile des Auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP). Mais Internet est venu bouleverser la donne. Pourquoi attendre quand on peut tout avoir tout de suite, et gratuitement.

Moins de quatre mois après sa sortie au cinéma, le film événement Gravity est déjà disponible illégalement et en bonne qualité sur Internet.

En mai 2013, pour contrer l’offre illégale, en plus de la répression, la ministre de la Culture, Aurélie Fillipeti a commandé à Pierre Lescure un rapport sur les politiques culturelles à l’ère numérique. Celui-ci préconise de passer de trente-six à dix-huit mois l’attente pour voir une œuvre à la demande par abonnement. Proposition encore insuffisante car elle est loin de concurrencer l’offre illégale.

Certains voudraient aller plus loin. « En réduisant le délai à quatre mois seulement, le modèle deviendrait attractif et dynamique », affirme Marc Le Roy, chargé de cours à l’université de Tours, spécialisé en droit du cinéma. Mais la réduction des délais ne fait pas l’unanimité : « Les grands groupes sont contre, regrette Florence Gastaud. Et qui continuera à investir 200 millions d’euros par an dans le cinéma à la place de Canal+ ? »

Partage gratuit contre logique commerciale

Le manque de diversité de l’offre légale est également pointée du doigt. On ne trouve pas tout ce qu’on veut sur les sites estampillés Hadopi. « La demande de séries et films est supérieure au catalogue proposé », constate Françoise Benhamou, économiste spécialisée en économie de la culture.

L’offre légale est donc trop chère, pas assez variée et compliquée à utiliser. À défaut de présenter une solution efficace, les autorités continuent de chasser les fraudeurs. Mais les amendes sont rares (seulement une quinzaine) et la coupure de l’abonnement Internet, appliquée une seule fois, n’est plus d’actualité. « Le téléchargement redevient légal dans l’esprit des gens », observe Florence Gastaud.

« Condamner des gens pour un accès à la culture, c’est problématique », reconnaît pour sa part Franck Dalibard, délégué régional de la Sacem. Les membres de la Quadrature du Net vont plus loin. « Télécharger et partager entre individus devrait même être légalisé », affirment-ils. Leur association dit « œuvrer pour la défense des droits et libertés des citoyens sur Internet ». Yohann Spicher, son chargé de la communication, souligne l’utilité du partage gratuit des œuvres pour les petits artistes : « Sans Internet, certains d’entre eux n’auraient pas de visibilité. »

Comme d’autres associations, La Quadrature du Net continue de défendre le principe de la licence globale : un seul abonnement Internet pour bénéficier d’un catalogue complet sur tous les types d’écrans. Les auteurs seraient alors rémunérés en fonction de la popularité de chaque œuvre.

Aux États-Unis, un système ressemble à celui de la licence globale, sans être aussi développé : Netflix. Ce site de streaming par abonnement permet d’accéder à une très large palette de séries et de films pour seulement 8 dollars par mois (soit 5,90 euros). Et le succès est au rendez-vous. Grande amatrice de séries, Isabelle a déjà choisi cette solution après avoir reçu un e-mail de l’Hadopi l’été dernier : « Je ne voulais plus me faire avoir, donc je suis passée à Netflix. C’est très simple : je me connecte sur le site Unlocator qui me fournit une adresse DNS domiciliée aux États-Unis. » Elle en est satisfaite : « Même si tout est en anglais, on peut visionner des séries avant leur sortie en France et ce n’est vraiment pas cher. »

Des internautes français se sont déjà abonnés à Netflix grâce à un site qui domicilie leur adresse DNS aux États-Unis. Photo : Anaëlle Berre/EPJT

Qu’est-ce qui empêche l’implantation de ce type de système en France ? « Rien », s’est risquée Fleur Pellerin lors du Consumer Electronics Show aux États-Unis, en janvier 2014. L’ex-ministre déléguée à l’Economie numérique a sans doute fait cette déclaration sans se concerter avec le ministère de la Culture. Qui, avec l’industrie cinématographique et les chaînes de télé, s’inquiète plutôt de la possible arrivée de la firme américaine en France. « Netflix est incompatible avec la régulation à la française, affirme d’ailleurs Françoise Benhamou. Pour avoir un tel service en France, il faudrait complètement revoir les délais de diffusion ». Toujours ces fameux délais.

Pour aller plus loin

« Il faut tout simplement en terminer avec les cow‑boys de l’internet »

Ségolène Rouillé‑Mirza est partisane d’une politique de sanctions particulièrement sévères face au téléchargement illégal. Le droit est, certes, en décalage avec les avancées technologiques, mais une fois le public informé, celui-ci doit, selon elle, se conformer aux règles.

 

Le droit numérique sera-t-il une matière à part entière ? Photo : Léo Schmitt/EPJT

Que pensez-vous du site offrelegale.fr, ouvert par l’Hadopi en novembre dernier ?

Ségolène Rouillé-Mirza. C’est une bonne initiative, notamment pour les internautes habitués au téléchargement illicite et qui souhaiteraient se tourner vers une offre légale. En effet, le site recense plus de 300 plates‑formes de téléchargement en accord avec la législation française. Cependant, cela aura uniquement un impact bénéfique pour les internautes sensibilisés à la problématique du téléchargement illégal. Aujourd’hui, peu de personnes sont suffisamment informées sur le sujet. Toute une éducation au droit numérique reste encore à développer.

Qu’entendez-vous par « éducation au droit numérique » ?

S. R-M. Télécharger de manière illicite, c’est de la contrefaçon. Dans ce cas, nous portons atteinte à la propriété intellectuelle et si nous ne rémunérons plus les auteurs de l’œuvre, ils ne pourront plus produire. Mais l’éducation seule n’est pas suffisante, il doit également y avoir des sanctions. Nous mettons en œuvre la « réponse graduée » : lorsqu’une personne est identifiée comme téléchargeant illégalement, l’Hadopi peut lui adresser jusqu’à trois avertissements. Elle peut ensuite saisir le procureur général. Quand un internaute est poursuivi, nous appliquons la loi sur la contrefaçon. En France, elle est punissable de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.

Ségolène Rouillé-Mirza : Avocate au barreau de Tours (spécialisée dans le droit de l’internet, de l’informatique, du commerce électronique et de la propriété intellectuelle).

Malgré tout, des études montrent que le téléchargement illégal ne diminue pas en France, contrairement aux États-Unis. Comment l’expliquez-vous ?

S. R-M. Aux États-Unis, les maisons d’édition et de production poursuivent fréquemment les jeunes qui téléchargent de manière illicite. Cela a été très médiatisé et a incité les
 consommateurs à revoir leurs pratiques sur Internet. En France, au contraire, les internautes attaqués sont souvent condamnés à payer des amendes de 400 euros. Cela n’est pas toujours suffisamment dissuasif. Par ailleurs, il y a toujours un décalage important entre la technique et le juridique. Internet est seulement accessible au grand public depuis 1996, mais à cette époque, nous ne téléchargions pas encore beaucoup. Le phénomène a vraiment commencé à se développer à partir des années deux mille. C’est un média pour lequel nous avons relativement peu de recul. Tout cela explique un certain flou juridique.

Le récent rapport Lescure ne ferme pas la porte à la licence globale. Selon vous, cette proposition pourrait-elle constituer une alternative au téléchargement illégal ?

S. R-M. Non, il faut tout simplement en 
terminer avec les cow‑boys de l’Internet. Dans le cadre de la licence globale, les 
producteurs et autres acteurs de l’audiovisuel sont rémunérés directement par l’opérateur Internet, en fonction du nombre de téléchargement par œuvre. Le consommateur, lui, ne paye que son abonnement à son opérateur pour accéder à un catalogue complet. Ainsi, il peut oublier la valeur culturelle de l’œuvre.

Téléchargement, une offre légale peu attractive

Pas simple de trouver un film récent sur Internet. Légalement en tout cas. En plus d’une législation contraignante, l’offre légale est loin d’être complète. Lors de la recherche d’un film sur Internet, un constat s’impose : les moyens illégaux sont plus simples et plus rapides. Au contraire, l’offre légale est loin d’être attractive. Ralentie par la chronologie des médias, elle est également compliquée à utiliser.

Sites illégaux, la facilité

On a mis Loïc, étudiant de 20 ans, devant le nouveau site de l’Hadopi. Après un peu de navigation, il explique pourquoi il ne s’en servira pas.

Quand il télécharge ses séries, Loïc recherche avant tout gratuité et simplicité. Photo : Anaëlle Berre/EPJT

Assis devant son ordinateur, Loïc se connecte comme d’habitude sur son site de téléchargement préféré : T411. Un site illégal, ce qu’il sait pertinemment. Ce soir, l’étudiant en communication veut absolument visionner L’Arnacœur, un film français sorti en 2010. En un clic, 11 réponses apparaissent. Toutes gratuites. « J’ai simplement envie de regarder ce que je veux », explique-t-il. Il télécharge en moyenne trois épisodes de séries par semaine et regarde la plupart de ses films en streaming. Mais il avoue ne jamais avoir entendu parler du site de l’Hadopi, offrelegale.fr.

Le choix du gratuit avant tout

Curieux, Loïc décide de le tester. Dans la barre de recherche, il tape le titre du film recherché. Cette fois-ci, aucune réponse. En effet, le site ne référence aucun film : « C’est une sorte d’annuaire. Il recense des plates-formes de téléchargement légal pour la plupart déjà connues, explique-t-il. C’est plus rapide de faire la recherche par soi-même. » Preuve à l’appui, il tape le mot-clé « VOD » sur Google. Toutes les propositions de la première page sont des sites référencés par l’Hadopi.

Finalement, il tente le coup sur l’un d’entre eux : VirginMega. Il trouve L’Arnacœur, mais en location pour 5 euros la semaine. Il sourit : « Je ne vais pas le prendre. En téléchargeant illégalement, je peux l’avoir gratos et pour la durée que je veux. »

Quand Netflix lorgne sur la France

Netflix, un service de vidéo à la demande, fonctionne depuis 2007 aux Etats-Unis. Pour l’équivalent de 5,90 euros, ses utilisateurs ont accès à un imposant catalogue de séries et de films. C’est le leader dans son domaine.

 

Marc Le Roy est docteur en droit public, spécialisé dans le droit du cinéma. Il est chargé de cours à l’université de Tours. Photo : Léo Schmitt/EPJT

Il se murmure que le fournisseur d’outre-Atlantique pourrait arriver en France dès septembre 2014. Marc Le Roy pense en effet que l’arrivée du géant américain sur le marché français est inéluctable. Mais Netflix sera alors obligé de respecter la législation nationale, notamment en ce qui concerne la chronologie des médias. Pour bien des raisons, il a intérêt au compromis.

Marc Le Roy explique que la France a, elle aussi, intérêt à entrer en négociation. Netflix compte aujourd’hui 44 millions d’abonnés et est déjà implanté dans 7 pays européens. Le géant fait peur, mais il peut aussi apporter des financements à l’industrie française du 7e art.

On peut donc espérer que les négociations aboutissent. Netflix pourrait ainsi arriver en France dans un contexte législatif apaisé. Et sa présence pourrait être bénéfique au milieu culturel de l’audiovisuel.

Les cinémas français broient du noir

Les cinémas français broient du noir

Le 4 novembre dernier, la grande majorité des salles de cinéma françaises éteignaient leur enseigne lumineuse. Un cri dans la nuit pour la survie des salles, dont beaucoup connaissent de graves difficultés financières.

Par Kevin BERTRAND, Margaux CHEVALIER, Magali LAGRANGE (photos), Julien PEPINOT

Ce soir-là, entre 18 et 19 heures, l’enseigne de la plupart des 2 100 cinémas de France s’est éteinte. Une opération symbolique, menée à l’initiative de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), pour interpeller le ministère de la Culture sur leurs difficultés financières.

Principale revendication des exploitants : augmenter leur part sur le prix du billet. Une fois les taxes déduites, les salles de cinéma n’en perçoivent que 50 %, une part égale à celle que se partagent distributeur et producteur(s) du film. Elles en réclament 55 %. La FNCF exige aussi du gouvernement la mise en place d’une exonération de la taxe professionnelle et un crédit d’impôts. S’ajoute à cela une protestation contre un article de la loi Hadopi qui prévoit la réduction (à quatre mois au lieu de six) du délai entre la sortie d’un film sur les écrans et son arrivée en DVD. Les petites salles diffusent généralement les films en décalage des sorties nationales, contrairement aux multiplexes. Un décalage qui risque de creuser les disparités entre les grands et les petits cinémas.

Aujourd’hui, la situation de ces derniers se précarise : la fréquentation des salles obscures a chuté, l’entretien coûte de plus en plus cher (le prix d’un fauteuil a par exemple augmenté de 87 % en dix ans). Les 5 % supplémentaires réclamés par la FNCF représenteraient pour eux une bouée de sauvetage et pourraient leur permettre de financer leur modernisation. En effet, le passage (obligé) à la technologie numérique prévu pour les prochaines années, leur sera très difficile, voire impossible sans cette manne. Sous le poids des obstacles et de cette concurrence qui ne cesse de croître, ils ont déjà été nombreux à fermer au cours de ces dix dernières années.

Les multiplexes, a contrario, se portent très bien. Leur fréquentation a progressé de 10 % par rapport à 2008. Et ils profitent de la moitié des près de 200 millions d’entrées vendues en 2009, selon des estimations du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Le CGR de Tours avait lui aussi éteint son enseigne le 4 novembre dernier. Avec 400 000 entrées par an en moyenne, et pas de concurrence en dehors du Studio Cinéma, il ne connaît pourtant pas de difficultés particulières. Mais l’ordre venait du siège, explique-t-on.

Malgré ces inégalités, le mouvement du 4 novembre réunissait donc petits et grands exploitants dans un même combat. Ce qui pose la question de la pertinence des revendications. Si les multiplexes s’enrichissent encore grâce à l’augmentation de leur part du prix du billet, comment les petites salles pourront-elles rattraper leur retard et améliorer leur situation ?

Le passage au cinéma numérique se fait dans la douleur

Les salles de cinéma s’inquiètent. Sous l’impulsion de l’industrie cinématographique américaine, la nécessité de se mettre au numérique se fait pressante. Mais petits et moyens exploitants n’auront peut-être pas tous les moyens de s’équiper.

Il n’y aura bientôt plus de bobines dans les cinémas. Les traditionnels projecteurs 35 mm vont devoir céder la place à des équipements numériques. Dans un climat déjà tendu, cette évolution est loin de faire l’unanimité. Car elle coûte très cher : près de 80 000 euros pour un seul projecteur, selon un rapport récent du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Pour les multiplexes, aucune difficulté à passer au numérique. Les grands groupes peuvent se permettre d’investir d’importantes sommes. Les petites et moyennes salles françaises sont, pour leur part, dépassées. Leur trésorerie n’est pas toujours suffisante. Et certaines risquent de devoir fermer. Cela conduirait à une plus grande standardisation des exploitants et profiterait aux plus gros, argumentent les petits.

Alerté, le CNC souhaite mettre en place un fonds de mutualisation. Il prendrait en charge le coût du passage au numérique à hauteur de 75 %. Les grandes enseignes verseraient une somme forfaitaire. Mais il ne s’agit encore que d’un projet.

Autre sujet de controverse, l’avantage pour le spectateur. Alors que l’apport des principales évolutions techniques précédentes est visible (son, couleur, dolby digital), celui du numérique est contestable. Comme pour la photographie, certains jugent l’image numérique plus plate, moins profonde.

Alors, pourquoi vouloir passer au numérique ? Parce que la baisse des coûts sera significative pour les distributeurs : le film sera distribué par disque dur ou satellite. C’est bien pour cette raison que les grands studios américains sont les premiers à défendre ce procédé.

Mais les économies ainsi réalisées entraîneront immanquablement des destructions d’emplois à différents niveaux de la filière. Pour nombre de monteurs, de transporteurs de pellicules et de projectionnistes, le passage au numérique sera le clap de fin.

Une salle obscure très éclairée

Le 4 novembre dernier, tous les cinémas de France ont éteint leur enseigne en signe de protestation contre la dégradation de leur situation économique. Tous ? Non. Un petit groupe résiste encore et toujours aux revendications de la Fédération nationale du cinéma français (FNCF). Parmi ces irréductibles, les sept salles des cinémas Utopia.

Les cinémas Utopia ont leur méthode anticrise. Utopia est une enseigne, au même titre que ses grandes concurrentes – UGC, Gaumont ou CGR. À une différence près : chacune des salles est libre de sa programmation, comme pour les salles indépendantes. Mais, contrairement à ces dernières, leurs finances sont au beau fixe.

Patrick Troudet, programmateur à l’Utopia de Bordeaux depuis 1986, donne sa solution aux problèmes rencontrés par les petites salles :

Le responsable de l’Utopia de Toulouse, Guillaume Louradour, dénonce « l’industrialisation du cinéma » à laquelle concourraient les grandes salles. Alors que la plupart des grands complexes gardent à l’affiche les petits films à peine une semaine, l’Utopia leur laisse du temps. Good Morning England de Richard Curtis est sorti en mai 2009. Même s’il est disponible en DVD depuis un mois, l’Utopia toulousain le diffuse toujours… et fait salle comble. Il faut savoir faire des choix. Guillaume Louradour considère que les sorties nationales ne sont pas sa priorité. La diffusion sur une longue durée lui permet de privilégier les films d’auteurs. Et de faire ainsi de son cinéma un lieu convivial, bien loin des grands complexes.

Il refuse également la réduction de la part des distributeurs dans le prix d’un billet. « Le billet à 50/50, les petits distributeurs en ont besoin pour financer leurs films », explique-t-il.

La solution à la crise des cinémas ne serait donc qu’une question de concessions, de priorités, et d’humanité.

A qui profite le ticket ?

En France, une salle de cinéma ne perçoit que 41,5 % du prix de chacune de ses entrées. Le producteur et le distributeur d’un film, eux, se partagent 41 % du billet. Le reste se compose de taxes : 1 % pour la Société des auteurs et compositeurs de musique (Sacem), une TVA à 5,5 %, et une taxe spéciale additionnelle (TSA) à 11 %. Cette dernière est reversée au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) pour soutenir l’ensemble du cinéma français.

Les petites salles dominent le parc français

Plus de 1 500 cinémas français sont de petites salles qui réalisent moins de 80 000 entrées par an, sur un total de 2 100 salles réparties sur le territoire.  Les multiplexes représentent près de 200 établissements. La France possède le premier réseau de salles de cinéma en Europe et le troisième au monde, selon les chiffres de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF).

Une activité urbaine

En France, plus de mille six cents communes sont équipées d’au moins une salle de cinéma. Mais 70 % des entrées sont réalisées dans des villes de plus de 100 000 habitants. En 2008, vingt-trois départements français regroupaient le tiers des écrans du pays, selon une enquête publiée en septembre 2009 par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Des cartons au box office

Les salles de cinéma françaises ont enregistré 144,2 millions d’entrées entre janvier et septembre 2009, selon les estimations du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Un chiffre en hausse de 3,4 % par rapport à la même période en 2008. La sortie du deuxième volet de la saga Twilightet du dernier film de James Cameron, Avatar, devrait encore doper ces résultats. Pourtant, l’année dernière avait déjà été exceptionnelle, notamment grâce aux 20 millions d’entrées engrangées par Bienvenue chez les ch’tis.

Tour du monde des cinémas

Elsa et Wanda, deux jeunes Françaises, viennent de parcourir les salles de cinéma d’Amérique et d’Asie pendant dix mois. Elles étaient à la recherche de modèles différents qu’elles pourraient développer en France à leur retour. Une exposition retraçant leur périple doit être organisée prochainement au cinéma Le Balzac, à Paris. Des reportages, textes et photographies, sont également à lire sur le blog Tous en salles !

Le Studio, la recette gagnante d’un cinéma atypique

Alors que certains cinémas indépendants peinent à remplir leurs séances, Les Studio de Tours tournent bien et réussissent à attirer un public nombreux. Portrait d’une salle à succès.

 

Lorsque l’on demande à un Tourangeau d’évoquer sa ville, il mentionne immanquablement le Studio cinémas, le plus important complexe indépendant d’art et d’essai de France avec pas moins de sept salles.

Un cinéma atypique, qui séduit justement les spectateurs par les différences qu’il cultive. Première particularité : sa programmation. Son directeur, Philippe Lecocq, insiste sur son engagement militant en faveur d’un cinéma non standardisé. « Nous ne sommes pas les concurrents des salles des grands groupes. Nous sommes complémentaires. Tant que nous serons là, le spectateur aura le choix et c’est ce qui compte », explique-t-il.

Engagée, la salle l’est jusque dans sa cafétéria. Ici, ni pop-corn ni sodas, mais un restaurant devenu en 2006 un lieu de réinsertion. Il emploie en effet des personnes ayant séjourné en hôpital psychiatrique.

Bien d’autres éléments contribuent à faire du Studio un cinéma à part : l’escalier en colimaçon qui trône au milieu du hall, la bibliothèque, les rencontres avec les réalisateurs et, surtout, un système d’abonnements qui permet de fidéliser le public et de lui proposer des tarifs réduits.

Depuis sa création, en 1963, le public est au cœur de la réussite du lieu. Pas moins d’une quarantaine de bénévoles mettent la main à la pâte pour participer à la gestion et à l’animation du cinéma. Leur charge de travail varie de quelques heures à plus de dix heures par mois. Pour Claude du Peyrat, qui s’investit depuis 1987, cet engagement est une question de conviction et presque une posture sociale. L’objectif : défendre une culture non standardisée et un cinéma de qualité.

Bref, quelles qu’en soient les raisons, la recette fonctionne. Avec plus de 350 000 entrées vendues et 23 000 abonnés en 2009, la salle résiste vaillamment au CGR voisin (environ 400 000 entrées annuelles). Ces résultats devraient permettre au Studio, contrairement à d’autres cinémas d’art et d’essai, de franchir le cap du passage au numérique sans encombres.

Trois questions à Philippe Lecocq

Comment les Studio parviennent-ils à proposer des entrées à un prix aussi bas ?
Je ne dirais pas que nos tarifs sont bas, mais que ceux des autres sont beaucoup trop élevés. Même si cela nous est souvent reproché, nous tenons à les conserver. Nous sommes une association à but non lucratif. Cela ne signifie pas que nous ne faisons pas de bénéfices. Mais nous n’avons pas à verser de dividendes à des actionnaires. Nos bénéfices sont utilisés pour le fonctionnement du lieu. Cette indépendance financière constitue notre particularité.

En plus des vingt salariés que vous employez, le cinéma fonctionne grâce à une équipe de bénévoles. Qui sont-ils et pourquoi s’impliquent-ils autant ?
Il est très difficile de définir un profil type. En tout cas, ce ne sont pas forcément des cinéphiles avertis. Leur point commun est leur fibre militante. Ils souhaitent avant tout s’investir dans l’action culturelle et défendre une certaine idée du cinéma et de la culture en général. Il y a des retraités, mais aussi des personnes encore en activité. Certains sont enseignants, par exemple.

Vous parlez d’enseignants. Votre public est-il constitué principalement d’intellectuels ?
Nous pouvons renvoyer l’image d’un cinéma au public vieillissant. En fait, une étude a montré qu’un tiers de notre public est âgé de 8 à 25 ans. Les gens qui viennent ici ne sont  pas forcément des intellectuels. Il est vrai que certains de nos films sont moins abordables que d’autres, d’autant qu’ils sont tous projetés en version originale. Mais nous équilibrons notre programmation avec des œuvres plus ouvertes au grand public. Nous exigeons simplement que tout film soit de qualité. Environ 90 % des écrans passent seulement 10 % de la production mondiale. Nous, nous nous situons dans les 10 % de cinémas qui projettent des œuvres différentes. Et nous comptons bien y rester.

L’homme qui murmurait à l’oreille des bêtes

L’homme qui murmurait à l’oreille des bêtes

Paul Lefranc et Toy le chevreuil. Photo: Victor Tribot Laspierre
Paul Lefranc est un dresseur d’exception. La relation privilégiée qu’il entretient avec ses animaux a fait de lui une référence en la matière. Depuis quinze ans, il apprivoise ses renards, ses loutres, ses goélands ou encore ses sangliers et les transforme en « bêtes de scène ». Il nous a emmené dans l’univers des films et documentaires animaliers.

 

Par Véronique DE SA, Nicolas FRANÇOIS, Jeanne LA PRAIRIE, Victor TRIBOT-LASPIERE

« Sorcier », c’est ainsi que les chasseurs appellent Paul Lefranc. Il fait partie de ces personnalités au métier inclassable et méconnu : il est dresseur animalier pour le cinéma et les documentaires. Alors que certains domptent des bêtes exotiques tels les fauves ou les éléphants, il s’est, lui, spécialisé dans les animaux sauvages européens. C’est dans son ancienne exploitation de volailles à Beaumont-Village (Indre-et-Loire), qu’il imprègne (il préfère ce terme à dresse) ses protégés.

Son travail consiste à ce que les animaux reproduisent, devant les caméras et les hommes, des comportements naturels sans avoir peur. Pas question donc d’enseigner à un chevreuil à faire des galipettes. L’imprégnation d’un animal se passe toujours de la même façon : comprendre comment il fonctionne et en aucun cas tenter de le transformer ou de le contraindre. Le mettre en condition pour qu’il ait confiance en l’homme. Ainsi, quand il dresse des cygnes, il est présent dès l’éclosion des œufs. Il habitue les oisillons au son de sa voix en leur faisant la lecture, en nageant avec eux. Il se substitue à leur mère afin qu’ils soient en totale complicité avec lui.

Paul Lefranc se veut également un « défenseur des mal-aimés ». Afin de modifier des idées préconçues sur certains animaux dits « nuisibles », il lui arrive de suggérer des idées aux producteurs. Il a, par ce biais, donné naissance à deux documentaires l’un sur les cormorans, l’autre sur les renards.

A défaut du renard – rongé par le trac – Paul Lefranc  présente Zorro son corbeau et Bobby sa loutre. Il explique la relation de confiance qui s’établit entre l’homme et l’animal.

Dès l’adolescence, il se passionne pour la fauconnerie et pratique l’effarouchement, une technique consistant à effrayer les oiseaux nuisibles à l’aide de rapaces. Ce sont d’ailleurs ses faucons qui l’ont mené à ce métier. Il y a quinze ans, ils ont été  repérés par une agence publicitaire tourangelle, qui lui passa sa première commande. Depuis, il a collaboré à de nombreux films comme Les Animaux amoureux ou encore Le Peuple migrateur. Pour ce dernier long métrage, le réalisateur, Jacques Perrin, voulait tourner des images d’un pygargue (aigle pêcheur américain) attrapant un poisson tout en volant. Paul Lefranc a donc conditionné le rapace, répétant la scène chaque jour pendant trois mois : l’aigle, affublé d’un chaperon afin de masquer sa vue, décollait au moment où le dresseur le lui enlevait, aidé d’une légère impulsion du bras. Il se dirigeait alors directement vers sa proie, un poisson factice placé au préalable dans l’eau, juste devant l’objectif de la caméra.

Paul Lefranc se félicite : « Mes animaux sont des professionnels, ils savent exactement ce qu’ils doivent faire. » Un long travail pour une séquence qui ne dure que dix secondes. Quand on lui parle de patience, il rétorque : « Lorsqu’on est passionné par ce que l’on fait, le temps n’a plus d’importance. »

Le site de Paul Lefranc

Gaston la bête de scène

Il est gros, poilu, brutal, et il a tourné avec Christian Clavier. Hé non, ce n’est pas Gérard Depardieu. Il s’agit de Gaston, le sanglier star de Paul Lefranc. Jeune marcassin, il est recueilli par un chasseur attendri. Cet amour contre-nature n’a pas plu à son épouse : « C’est le sanglier ou moi. » L’animal fut donc confié au dresseur qui l’a placé sous le feu des projecteurs.

Paul Lefranc raconte ses exploits.

Goéland: « Mal aimé, je suis le mal aimé »

On voit plus souvent les goélands à la déchetterie, que sur le grand écran. Paul Lefranc a réussi l’exploit de les approcher et de s’en faire des alliés. Et développer le talent caché de ces oiseaux.

https://soundcloud.com/epjt-tours/talents-caches-des-goelands

L’effarouchement : la bonne solution face aux envahisseurs ?

L’effarouchement, une autre activité de Paul Lefranc, ici avec un des ses faucons. Photo: Victor Tribot Laspière

L’effarouchement consiste à se débarrasser des oiseaux, comme les pigeons, qui envahissent certains lieux publics au moyen de rapaces dressés. A l’usine Manito d’Ancenis, fabricant de matériel de manutention, quelque trois mille goélands se posaient chaque soir sur les 14 hectares de toitures, engendrant une forte puanteur. Paul Lefranc et son équipe y ont donc introduit deux faucons qui sont partis en vol d’attaque pour procéder au « nettoyage ». Résultat : trois volatiles capturés et le reste de la bande effrayé pour quelques jours.

Pour que l’efficacité soit optimale, il faut recommencer une fois par semaine jusqu’à disparition totale des squatteurs. Après avoir essayé les ultra-sons, les répulsifs chimiques ou encore les silhouettes épouvantails, de plus en plus de clients s’adressent aux effaroucheurs, encore peu nombreux en France.

Cette méthode naturelle ne fait pas pourtant l’unanimité en raison de sa brutalité : les prédateurs infligent en effet à leurs victimes des blessures pouvant entraîner la mort. Elle est notamment fustigée par l’Association Stéphane-Lamart, pour la protection des animaux, et les associations de défense des oiseaux de ville. Elles considèrent cette technique coûteuse et inefficace car il faudrait que les rapaces soient présents en permanence pour éviter que les « nuisibles » ne reviennent. Enfin, lâcher des volatiles prédateurs en milieu urbain n’est pas sans risques. Un article du site lepoint.fr daté du 11 septembre 2008 évoque une intervention de Paul Lefranc en 2007, sur la terrasse du restaurant du musée du quai Branly. Après avoir chassé les mouettes, les faucons ont échappé au contrôle de leur maître pour aller chasser quelques corbeaux sur le champ de Mars, effrayant ainsi les passants.

Les Animaux amoureux en quelques chiffres

Grosse production pour un long-métrage animalier, le budget des Animaux amoureux s’est élevé à sept millions d’euros. Laurent Charbonnier a sélectionné les prises de vues de plus de quatre-vingts espèces différentes allant du mammifère terrestre et marin aux oiseaux, en passant par les insectes et les batraciens. Après deux années de tournage dans plus de seize pays, le synopsis s’est construit autour d’une trame portant sur le rite de la séduction.
Laurent Charbonnier tourne actuellement quatre films de quarante-trois minutes pour la chaîne Arte. Ces films portent sur des thématiques diverses telles que les singes, la forêt, la savane ou encore l’Australie. Trois de ces documentaires devraient être diffusés à Noël. Il a par ailleurs travaillé sur Océans, le dernier film de Jacques Perrin (Le Peuple migrateur), prévu en salles le 27 janvier 2010.

Le Peuple migrateur

Sorti en salle en 2001, ce film de Jacques Perrin a reçu l’année suivante le césar du meilleur montage (Marie-Josèphe Yoyotte), tout en étant nommé dans deux autres catégories : meilleure première œuvre de fiction et meilleure musique écrite pour un film (compositeur : Bruno Coulais). Ce long-métrage sur les oiseaux migrateurs a cumulé 2,5 millions d’entrées pour le seul mois de février 2002. Il a rencontré la même année un succès international

 

Le saviez-vous ?

Détenir chez soi des animaux sauvages est interdit par la loi. Pour avoir le droit d’en posséder, il faut être titulaire d’un certificat de capacité délivré par la direction départementale des services vétérinaires. Il est également interdit de capturer les bêtes en pleine nature, les dresseurs les récupèrent donc chez les particuliers et dans les parcs zoologiques.

Le sanctuaire des hérissons

La vue d’un hérisson écrasé sur la route vous révolte ? Le sanctuaire des hérissons est fait pour vous. Ce centre de soins se charge de récupérer, soigner, et replacer en pleine nature les animaux blessés. Laur site vous prodigue de nombreux conseils sur les gestes simples pour secourir et protéger ces petites bêtes à piquants.

Agenda

Laurent Charbonnier, le réalisateur des Animaux amoureux, tourne actuellement quatre films de quarante-trois minutes pour la chaîne Arte. Ces films portent sur des thématiques diverses telles que les singes, la forêt, la savane ou encore l’Australie. Trois de ces documentaires devraient être diffusés à Noël. Il a par ailleurs travaillé sur Océans, le dernier film de Jacques Perrin (Le Peuple migrateur), prévu en salles le 27 janvier 2010.

« Neuf jours de patience pour une séquence de trente secondes »

Spécialiste reconnu du monde animalier, Laurent Charbonnier a obtenu de nombreux prix dans différents festivals nationaux et internationaux. Auteur de documentaires pour la télévision, il a aussi travaillé sur des longs-métrages comme Le Peuple migrateur (2001), Le Dernier Trappeur (2003) ou encore Les Animaux amoureux (2007). Nous l’avons interviewé.

Photo: Laurent Charbonnier, Corentin & Pierre-Emmanuel Chaillon

Qu’est ce qui distingue le cinéma animalier de celui de fiction ?

Laurent Charbonnier. En fiction, tout est calé et cadré. Avec les animaux sauvages, c’est différent. Même si le projet est scénarisé, il y a une grande part d’improvisation. Il y a des films pour lesquels on utilise des animaux imprégnés. On les dirige comme des acteurs. Ils sont dressés et habitués à faire ce que l’on veut. Pour mon film sur les sangliers, nous avons utilisé des marcassins que nous avons élevés nous-mêmes. Mais c’est plus rare.

Face aux imprévus, quel est le comportement à adopter ?

L. B. Il ne faut jamais perturber les animaux et être attentif à leurs comportements. L’équipe anticipe au maximum les imprévus en effectuant un long travail de préparation. L’aide des scientifiques, des naturalistes et des gardes forestiers, qui connaissent le terrain par cœur, est indispensable. Après quelques repérages, nous  installons le matériel à l’avance pour habituer les animaux à notre présence. Cette préparation est essentielle pour passer le minimum de temps sur les prises de vue. De temps en temps, il faut faire preuve de beaucoup de patience pour obtenir une séquence. Sur le tournage des Animaux amoureux, j’ai passé jusqu’à neuf jours dans une cabane minuscule pour obtenir trente secondes de la danse du paradisier de Lawes, un oiseau de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Quelles sont les qualités essentielles pour être un bon réalisateur de films animaliers ?

L. B. Outre l’expérience et l’habitude, le réalisateur passe plus de temps avec ses jumelles qu’avec sa caméra. Il doit aimer l’environnement et la faune. Mais depuis une dizaine d’années, les documentaires animaliers sont à la mode. Avec les demandes des chaînes de télévision, beaucoup de producteurs et de réalisateurs se sont engagés dans cette voie. Non pas par amour de la nature, mais parce qu’ils y ont vu quelque chose de rentable. C’est un peu regrettable.