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« Il faut toujours se battre »

Tous les ans, une journée est consacrée aux droits des femmes. En France, elle fait parfois débat. Dans d’autres pays, elle ferait parfois du bien. Pour nous, elle est l’occasion de conjuguer Tours au féminin.
« Appeler les femmes « le sexe faible » est une diffamation. » Loin d’être les mots d’un avant-gardiste du XXIe siècle, cette phrase est extraite du livre Tous les hommes sont frères, du Mahatma Gandhi. C’est un peu ce que voudraient rappeler les acteurs, militantes féministes en tête, de la Journée internationale des femmes, qui a lieu chaque 8 mars. L’enjeu est moins de célébrer les femmes que de rappeler les discriminations dont elles sont victimes partout dans le monde.

En France, la célébration est devenue officielle en 1982, à l’initiative du gouvernement socialiste de Pierre Mauroy en général et d’Yvette Roudy, ministre aux Droits de la femme, en particulier. Mais l’idée était née bien avant, en 1910, à Copenhague, lors de l’Internationale socialiste des femmes qui réunissait une centaine de représentantes venues de dix-sept pays pour promouvoir le droit de vote. Cette assemblée adopta l’idée de Clara Zetkin, une journaliste allemande, de créer une Journée de la femme. Mais aucune date ne fut alors choisie.

En 1917, des femmes russes se mirent en grève pour obtenir « du pain et de la paix », après que deux millions de soldats aient été tués sur les champs de bataille. Leur action a marqué le début de la révolution dans ce pays, le 23 février, dans le calendrier julien… un 8 mars dans notre calendrier géorgien. Ainsi, le 8 mars, journée consacrée aux droits des femmes, reconnue par les Nations unies en 1977, rend hommage au courage de ces femmes.

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, nous mettons en lumière des initiatives et des femmes tourangelles qui nous ont interpellés :
La section locale de l’association Europa donna (lutte contre le cancer du sein), créée et gérée par Danielle Maillard.
– L’exposition d’une « Couverture vivante »
L’exposition Femmes en mouvement, organisée dans le cadre du festival Bruissement d’elles.
Caroline Bartal, jeune auteure-illustratrice dont les personnages, souvent féminins, savent raconter le quotidien des filles et des femmes ordinaires.
– « La société doit refuser la prostitution ».
– Trois questions à Clémence Dauphin, conseillère municipale de Tours

Par Cécilie CORDIER avec Béatrice CATANESE, Julien DESFRENE, Léa FROMENT

Prendre de vitesse le cancer du sein

Depuis cinq ans, Danielle Maillard promeut le dépistage du cancer du sein en Touraine, avec l’appui de médecins. Elle a créé la section locale de l’association Europa donna, mais peine à trouver des bénévoles.

« Nous n’avons pas encore trouvé le moyen d’éviter le cancer du sein, mais nous savons le dépister tôt. » Ce message, Danielle Maillard aimerait qu’il soit entendu par toutes les femmes. En 2004, elle a créé la section tourangelle de l’association Europa donna, qui participe à la lutte contre le cancer du sein. Elle-même, opérée d’une tumeur maligne du sein en 1997, a choisi de s’engager pour « amener les femmes à se faire dépister pour augmenter les chances de guérison ». En France, seule la moitié des 50-74 ans – qui bénéficient du dépistage organisé, instauré en 2004 –, se présentent chez un radiologue.

Les trois permanences mensuelles de l’association, initialement mises en place au sein du service de gynécologie du centre hospitalier, n’ont jamais attiré les foules et ont été abandonnées. Encore tabou, le cancer du sein ? « Les femmes pratiquent la politique de l’autruche, par peur, regrette Danielle Maillard. Pourtant, une mammographie n’est rien comparé à ce qu’elles pourraient subir si elles ne sont pas dépistées à temps. »

Et c’est cette peur qui mène inévitablement au manque d’information, ce contre quoi Europa donna se bat. Sa particularité est de ne pas se résumer à un soutien psychologique. Si les bénévoles sont disponibles pour « accompagner les femmes qui traversent une mauvaise passe », l’une des principales missions de l’association est d’informer.

« Ici, l’association n’a pas énormément de moyens »

La section tourangelle a pour médecin-conseil une gynécologue et chirurgienne travaillant au centre hospitalier de la ville, Annie Jacquet. « Europa donna est une association proche des professionnels, explique-t-elle. C’est essentiel car, pour informer le public, il faut relayer des informations scientifiquement vérifiées. » En moyenne, à Tours, deux conférences ouvertes au public sont organisées chaque année et les invités sont toujours des professionnels de la santé. La dernière, qui portait sur les prédispositions héréditaires au cancer du sein, s’est tenue en avril 2008.

Danielle Maillard espère que la prochaine conférence aura lieu en octobre 2009, en plein mois contre le cancer du sein. Un long moment se sera écoulé entre les deux réunions. « L’association n’a pas énormément de moyens et on n’a pas toujours le temps », observe Annie Jacquet. Un constat que partage Danielle Maillard. Faute de local, elle gère la section de chez elle, « presque seule, parce qu’il est très difficile de mobiliser ». Une centaine de personnes paie sa cotisation, mais peu d’entre elles se font connaître.

Malgré tout, la motivation de Danielle Maillard n’est pas entamée. Elle profite de toutes les occasions qui lui sont offertes pour diffuser de l’information et sensibiliser à son combat. Bien que pudique et plutôt discrète sur son propre parcours, elle est « une preuve que le dépistage précoce fonctionne. Douze ans après, je suis toujours là ! » C. C.

Europa donna, délégation de Tours : 2 bis, boulevard Tonnellé, BP 9999, 37009 Tours Cedex
Tél. : 02 47 39 33 22. Email : delegation.tours@europadonna.fr

REPÈRES

Europa donna a été fondée en 1993 par Gloria Freilich, sur une idée du Pr Umberto Veronesi, un chirurgien italien. L’association est aujourd’hui implantée dans quarante et un pays du continent eurasiatique. Elle compte treize délégations en France. Chaque année, en France, environ 50 000 cancers du sein sont diagnostiqués. Les deux tiers surviennent après la ménopause. Grâce aux dépistages précoces et aux progrès des traitements, le taux de survie, cinq ans après le cancer, s’élève à près de 80 %.

Deux petits jours et puis s’en vont

A Tours, la Journée internationale des femmes, célébrée le 8 mars, commence dès le vendredi 6. Ce soir-là, au cinéma Studio, Les Bureaux de Dieu, un film de Claire Simon, ouvrira le bal, en présence de la réalisatrice. Ce long-métrage –, qui traite avec réalisme du quotidien des antennes du planning familial – sera suivi d’un débat à l’initiative du service de gynécologie du centre hospitalier de Tours. Samedi, dès 14 h 30, c’est l’hôtel de ville qui s’ouvrira au public, sur le thème : Femmes, moitié de l’humanité : égalité ? Un collectif de neuf associations proposera des débats et des conférences sur les droits des femmes et plusieurs expositions photos seront présentées. Un verre de l’amitié clôturera la journée, vers 20 heures, après une représentation donnée par la troupe de slameurs LXir.
Projection-débat de Les Bureaux de Dieu, aux Studio, le vendredi 6 mars à 19 h 45. Tarif habituel. Journée des femmes à l’hôtel de ville, le samedi 7, à partir de 14 h 30 : entrée libre.

Salle de sport 100 % féminine

Les Tourangelles peuvent se mettre au sport sans voir l’ombre d’un homme. Le club Ellafit entend s’adapter à toutes les femmes quel que soit leur âge (de 18 à 65 ans) et leur condition physique. Ouvert depuis septembre 2008, notre visite est l’occasion de faire le point avec Carole, l’une des professeurs. J. D.

Expression textile

L’idée est née dans la Drôme et a essaimé sur tous les continents. Le résultat s’exposera à Château-Renault, le 8 mars, en présence de son initiatrice, la cinéaste Doris Buttignol. La Couverture vivante, lancée il y a un an, est confectionnée par des femmes du monde entier. Chacune réalise un carré de textile de 25 centimètres de côté, délivrant un message de paix. Le but : conserver les savoir-faire de chaque pays. Les Tourangelles qui le souhaitent sont appelées à amener leur création, dimanche, pour atteindre l’objectif local de « cent voix de femmes ».
Débats et expositions le dimanche 8 mars. Rendez-vous à 15 heures à la Tannerie, 105 ter, rue de la République, 37110 Château-Renault. Entrée libre. Le soir, repas ouvert à tous, à condition d’apporter quelque chose à partager

Parler d’Elles

Le Festival Bruissements d’Elles  fête son dixième anniversaire. Cette manifestation culturelle dédiée à la création féminine se déroule tous les ans dans de nombreuses villes voisines de Tours. Cette année, et jusqu’au 2 avril, elle propose une myriade de spectacles, d’expositions et d’animations.

Chanson, humour, théâtre ou encore photographie se déclinent au féminin.  Au total, plus de trente rendez-vous dans six villes.  Des grands noms, comme Victoria Abril, Anne Roumanof, Emily Loizeaumais aussi des artistes à découvrir comme Dine et Déon, duo tourangeau aux airs d’accordéon.

Vous découvrirez des créations en tout genre… C’est l’inauguration de l’exposition Femmes en mouvement à la médiathèque de La Riche qui a ouvert les festivités. L’occasion pour des artistes d’horizons divers, de faire découvrir leurs peintures, leurs photographies, leurs sculptures ou leurs livres de chevet.

 

Les crayons du succès

Caroline Bartal, jeune maman et blogueuse tourangelle, un peu hyperactive par nécessité, est en train de percer dans le monde des auteurs-illustrateurs.

De ses crayons, sur de simples feuilles de papier, naissent des personnages qui racontent leur histoire dans des planches qu’elle aura mises en page sur ordinateur. Caroline Bartal est doucement en train de « faire [sa] place. Et ce n’est pas facile, car la concurrence est rude » dans le monde de l’illustration. Cette Tourangelle de 37 ans, auteure de BD, a commencé dans les bulles, par affinité. Éclectique, elle élargit désormais son terrain d’action en décrochant des contrats d’illustration dans la communication.

Ses armes, Caroline Bartal les a fabriquées seule. Petite, elle dessinait « de manière naturelle, comme tous les enfants ». Le déclic est venu de l’album Tintin au Tibet, reçu pour ses 8 ans. Quelques années plus tard, son bac A3 arts plastiques en poche, elle n’a suivi que la première des quatre années de cours de l’école Brassart. Puis elle a elle-même tracé chemin. Elle vit de sa passion depuis cinq ans et son travail sur les trois tomes de La Danseuse du temps *.

Celle qui tente de se faire une place dans le monde de l’illustration travaille à la fois sur commande et en démarchant des éditeurs. Dans le premier cas, « la créativité est plus ou moins mise de côté », selon le cahier des charges à respecter. Dans l’autre cas, la difficulté s’avère différente. « Écrire l’histoire, s’imprégner de l’ambiance, la recherche des personnages, la réalisation des planches, cela demande du temps. Quand c’est refusé, cela peut être extrêmement décourageant. »

Un blog-vitrine et deux books sur Internet

Si elle ne suit pas une héroïne en particulier dans ses productions, nombre des personnages de Caroline Bartal sont des femmes aux traits fins, rappelant presque les mangas. Dans son travail, l’auteure aborde les étapes de la vie des jeunes filles et des femmes que nous croisons tous les jours : J’ai 10 ans aux vingt-quatre heures de la BD 2008 ; des excès pour l’opération Illustration friday et beaucoup d’illustrations en rapport avec la maternité.

Avant de voir naître des personnages et leur univers, une vingtaine d’heures à plusieurs jours de recherches sont nécessaires. Tout est alors bon pour nourrir l’imagination de leur créatrice, qui couche sur papier d’innombrables croquis. Et en cas de panne de crayon, elle « ouvre des livres et une image, des photos peuvent apporter des réponses ».

Faire face à la concurrence n’est pas de tout repos. Cela passe notamment par une présence sur Internet, qui demande quelques heures d’investissement, chaque semaine. Caroline Bartal possède deux books (Flickr et Ultra-book) et son blog, une vitrine de son travail qui lui sert aussi à partager quelques instants de vie quotidienne, depuis 2001. Les journées de cette illustratrice commencent à 7 heures et se terminent vers minuit. Jeune maman d’une petite Juliette de 5 mois, elle a choisi d’abandonner son atelier pour travailler à domicile, dans sa chambre, pendant que son conjoint donne des cours de guitare, pas loin dans la maison. Organisation, rigueur… peu de temps pour « rêvasser. Seulement en donnant le biberon, confie-t-elle. Juliette est une petite fille super qui me laisse du temps. Mais j’envisage, dans quelques mois, de la faire garder en halte-garderie, de temps en temps. Puis en crèche si je trouve une place l’année prochaine. »

Et cela pourrait bien être nécessaire. Une réponse qu’elle attendait depuis quelque temps vient d’arriver : Caroline Bartal se lance dans un projet de BD, aux éditions Glénat. L’auteure tourangelle s’installe doucement, mais sûrement, dans le monde des illustrateurs. C. C.

Illustration et photo : Caroline Bartal

(*) Le Jardin secret (2005), La Chamane (2006), Duel (2007), éditions Dargaud.

« La société doit refuser la prostitution »

Banalisée, taboue, « invisible »… la prostitution est souvent ignorée. Depuis près de quarante ans, au sein du Mouvement du nid, Albert Gaudré lutte, à Tours, contre cette violence faite aux femmes.

Le jour, le boulevard Heurteloup, à Tours, voit défiler tranquillement un flot de véhicules en direction de l’autoroute ou du centre-ville. Les piétons se pressent jusqu’à la gare pour attraper leur train. Le soir, le décor change. Sur cette avenue très fréquentée, les « travailleuses de la nuit » prennent place. Une trentaine d’entre elles, âgées de 18 à 45 ans, sont en contact avec le Mouvement du nid à Tours. Françaises, originaires d’un pays d’Afrique ou d’Europe de l’Est, elles cherchent un moyen de quitter la rue. C’est en 1971 qu’Albert Gaudré et son épouse prennent conscience de la nécessité d’agir contre la prostitution dans la région, après une rencontre avec une militante de Vie Libre. Ils décident alors de fonder la délégation de Tours du Mouvement du nid, une des trente-quatre antennes en France. Si l’association locale ne compte aujourd’hui que huit militants et deux salariées, la volonté est bien là.

Créer des liens

Le Nid a pour engagement premier d’aller à la rencontre des personnes prostituées et de les accompagner, si elles le souhaitent, vers la réinsertion. « Nous faisons tout pour instaurer une relation de confiance dans la durée, explique Albert Gaudré. Il faut du temps pour qu’elles acceptent de livrer leur vie personnelle. » Emploi, logement, santé : le Nid joue le rôle d’intermédiaire avec les acteurs sociaux. Mais « le plus difficile est certainement de retrouver une vie affective normale ensuite. Il est très compliqué de passer d’une relation marchande à une relation amoureuse, d’autant plus que ces personnes sont souvent blessées physiquement, et donc dans la peur ».

Combattre la banalisation

L’autre priorité du Nid : la prévention. Le Mouvement ne croit pas dans la dépénalisation de la prostitution, adoptée aux Pays-Bas ou en Australie. Il n’est pas favorable non plus à la sanction des « clients ». Son objectif : l’abolition pure et simple de la prostitution en sensibilisant l’opinion publique. Selon Albert Gaudré, « la pornographie et des événements comme le salon de l’érotisme à Tours tendent à banaliser le sexe marchand. D’une certaine façon, ils alimentent le circuit de la prostitution.» De 2002 à 2004, une enquête, la première en France, a été menée par le Nid auprès des clients. Pour tenter de comprendre leur démarche et mettre en place une prévention adaptée. Expositions, journées d’étude, pièces de théâtre, mais aussi publication d’une bande dessinée, Dérapages, qui fera l’objet de débats dans des établissements scolaires. « Si la demande disparaît, le combat est gagné. »

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Affiche de la campagne de sensibilisation 2009 inspirée de la convention des Nations Unies de 1949.

mouvementdunid.org

Changer de regard

« …la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine… » Cette phrase fait partie du préambule de la convention des Nations Unies du 2 décembre 1949, ratifiée par 74 pays. Dans le cadre de la Journée de la femme 2009, le Mouvement du nid a choisi de mettre l’accent sur ce soixantième anniversaire. Objectif : combattre encore et toujours la violence prostitutionnelle et « changer de regard ». « À Tours, explique Albert Gaudré, si les fonds sont suffisants, un colloque sera organisé en octobre pour remettre les acteurs de la justice, de la police et de la politique devant ce texte-là ».

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Paris, novembre 2007. Le collectif Droits et prostitution dénonce les effets de la loi pour la sécurité intérieure

William Hamon/Flickr

« La Loi Sarkozy II aggrave la situation »

La loi pour la sécurité intérieure (LSI) adoptée en 2003 a transformé l’infraction de « racolage passif » en délit passible de prison et de 3 750 euros d’amende. « Les prostituées sont aujourd’hui condamnées, au lieu d’être considérées comme des victimes, regrette Albert Gaudré. Cette loi a accéléré l’extension de la prostitution, notamment parce que les personnes se cachent davantage. Il est plus difficile de venir à leur rencontre pour les aider. » Malgré les obstacles, la lutte continue. Parfois, certaines s’en sortent, comme cette femme qui, après quarante ans de prostitution, a ouvert un commerce qui marche bien depuis trois ans. « Ce sont des exemples de ce genre qui nous font tenir. »  B. C.

Mouvement du nid, 11, rue des Ursulines, 37000 Tours. Tél. : 02 47 05 63 88  regioncentre-37@mouvementdunid.org

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