Musée de la Typographie

Quand les mots ont du caractère

Caractère typographique en plomb super véloz. Photo : Benjamin Maulion

Vous ne le savez peut-être pas, mais Tours fut capitale de la typographie. C’est ici, en effet, qu’est née, à la demande de Charlemagne, la caroline, une lettre parfaite. Dans un monde ou les écrans ont remplacé le papier, petite promenade insolite dans une époque où les mots prenaient vie non pas en pixels, mais en reliefs.

Par Benjamin Maulion

Niché au 15, rue Albert-Thomas, le musée de la Typographie préserve avec passion le patrimoine de l’impression typographique. Dès que l’on franchit les portes du musée, on plonge dans un univers chargé d’histoire. Ici, l’odeur familière du papier ancien et de l’encre envahit la pièce. Elle évoque des souvenirs d’enfance, de vieux livres retrouvés au fond d’un grenier. 

On est immédiatement frappé par la quantité impressionnante d’objets d’un autre temps : machines typographiques, figurines de caractères en plomb, livres anciens. Mais ce musée ne se contente pas de montrer ; il fait vivre, il fait ressentir.

Le gardien de ce trésor, Muriel Méchin, est bien plus qu’un simple collectionneur. Véritable mémoire vivante de la typographie, il incarne cette passion en guidant les visiteurs à travers les siècles d’histoire des caractères et des presses. Avec lui, chaque objet prend une nouvelle dimension : ce n’est pas qu’un morceau de métal ou un simple outil, c’est une relique, porteuse d’un savoir-faire ancestral.

Ancienne machine d’impression manuelle. Photo : Benjamin Maulion

Plus qu’une visite, c’est une véritable expérience immersive où le toucher et l’observation se mêlent. Ici, on peut manipuler les objets, admirer de près les caractères typographiques en plomb et même assister à des démonstrations de typographie traditionnelle. 

Au milieu de la salle, une imposante machine d’un autre âge trône fièrement. Utilisée autrefois pour imprimer, elle témoigne de l’ingéniosité mécanique d’une époque où l’on pouvait fabriquer jusqu’à 800 feuilles par heure. Son bruit rythmé, métallique, ajoute une dimension sonore à cette visite dans le temps, rappelant que chaque impression était autrefois le fruit d’un geste précis, répétitif, presque musical.

Muriel Méchin raconte des anecdotes, partage des souvenirs, et ne se lasse jamais de faire revivre cette histoire millénaire. Pour lui, chaque lettre, chaque page imprimée, est l’héritage d’un artisanat précieux qu’il est de son devoir de transmettre.

Le musée de la Typographie est le témoignage vivant d’un art qui résiste à l’épreuve du temps. Dans ce lieu, les mots prennent forme, s’encrent et rappellent que, derrière chaque impression, il y a un savoir-faire, une passion et une histoire.

À l’entrée du musée, un livre d’or témoigne de l’attrait international de ce lieu. Des messages en diverses langues y sont inscrits par les visiteurs venus des quatre coins du monde.

Pour Muriel, transmettre cette mémoire est devenu une mission. Mais, l’avenir du musée est incertain. Aujourd’hui, il peine à trouver un remplaçant. Avec le poids des années et le manque de soutien, il s’inquiète pour la pérennité de cette collection rare. Malgré son appel à préserver ce patrimoine unique, la mairie de Tours ne semble pas intéressée.

Le musée de la typographie, gardien de cet art qui rythme notre quotidien, est en train d’écrire les derniers mots de son histoire. N’hésitez pas à le visiter.

Musée de la Typographie15, rue Albert-Thomas. Entrée libre et gratuite du lundi au samedi de 14 heures à 18 heures.