« Qu’il vente, qu’il neige, je ramasse vos ordures »

« Qu’il vente, qu’il neige, je ramasse vos ordures »

“Qu’il vente, qu’il neige,

je ramasse vos ordures”

Cyril Geniau, agent de propreté urbaine, collecte les déchets dans les rues de Tours.

Nous les croisons tous les jours, ils sont indispensables à notre société. Mais les agents de propreté urbaine manquent de reconnaissance : incivilités et douleurs physiques, rien ne les épargne. La collecte de déchets dans les rues tourangelles n’est pas de tout repos.

Par Paul Boyer (texte et photos)

La place Jean-Jaurès est déserte. La lune est pleine, la pluie tombe à n’en plus finir. Les derniers fêtards s’engouffrent dans le tramway. En ce soir d’automne, comme tous les samedis, Moustache est de service pour la collecte des déchets.

Ce surnom, Janick Baranger le doit à sa grande moustache blanche. Doyen de l’équipe du week-end, cet homme au physique imposant compte ses années de service : « Cela fait trente-quatre ans que je conduis des bennes pour la collecte des déchets. »

Janick Baranger est chauffeur pour la collecte depuis trente-quatre ans. Plus ancien du groupe, ses collègues l’appellent « Moustache ».

Le secteur de son équipe compte le centre-ville mais également Saint-Genou, La Riche et Saint-Pierre-des-Corps. Moustache est au volant du camion, Cyril Geniau et Georges Scrofani sont les « ripeurs ». C’est ainsi qu’on appelle ceux qui vident les poubelles dans la benne, à l’arrière du camion. Leur travail est extrêmement physique : ils montent et descendent en permanence sur le cale-pied situé à plus de 30 centimètres du sol, vont chercher les poubelles, les accrochent au camion… Se baissent pour ramasser ce qui traîne. Et tout cela sans ralentir.

« Certains ne tiennent pas le choc », reconnaît Janick. Les accidents de travail sont fréquents. Des risques souvent tus par la direction. Un de leurs collègues est tombé dans le coma en novembre 2019. « Il a fait un malaise lors de la tournée de la semaine. Il est tombé d’un coup puis sa tête a cogné le trottoir », soupire Janick.

Une caméra de recul est présente à l’arrière du véhicule afin d’éviter tout risque de blessure physique pour les ripeurs.
Ici, un écran est situé à côté du chauffeur.

Chaque samedi, au milieu de la collecte, les éboueurs s’accordent une pause café-calvados dans un bar de la ville. La pause est de courte durée, quelques rires avec le serveur, une tape sur l’épaule, et l’équipe reprend déjà la route.

Si les douleurs et les risques physiques ont un impact sur le mental de l’équipe, ce ne sont pas leurs seules peines. Les incivilités sont quotidiennes : poubelles mal remplies ou renversée, ordures ménagères sans sac.

La pluie continue de tomber. Rue Colbert, les déchets s’entassent devant les bars et les restaurants. « C’est tous les week-ends le même scénario… Les commerçants ne respectent pas les normes. Ils foutent leurs déchets en vrac en se disant qu’on va faire le sale boulot ».

Rue de Bordeaux, boulevard Béranger, rue Grammont… la collecte continue du côté de la place Plumereau. À l’avant du camion, Moustache montre d’un air dépité les déchets entassés sur la chaussée. « Les gens ne respectent rien. On leur met des poubelles et des bennes partout. Mais, rien à faire. Les sacs sont entassés les uns sur les autres. »

De par leur contrat, les éboueurs ne sont pas tenus de ramasser les ordures en dehors des lieux indiqués – poubelles, conteneurs – mais leur conscience professionnelle les pousse à nettoyer. « C’est immonde, les gens ne se respectent pas eux-mêmes. Mais, bon, si on ne le fait pas, qui va le faire ? » grommèle Moustache.

Cyril Geniau et Georges Scrofani collectent les ordures à la Foire de Tours.

La benne de 12 tonnes est enfin pleine. Direction le dépôt situé à La Grange-David. Vingt-mille tonnes de déchets peuvent être jetés dans ce centre de tri de La Riche. Le camion passe au pesage : « Onze tonnes ! » La limite est fixée à 12. « On est bon », crie Moustache.

Les ordures sont déversées dans une grande benne broyeuse puis partent à l’enfouissement à Sonzay. Richard Bejeault, responsable du service week-end, supervise les collectes du département d’Indre-et-Loire.

Son service lutte depuis des années contre les dépôts sauvages de déchets. Une mission partagée avec les « ambassadeurs du tri sélectif » de Tours qui sensibilisent les habitants au tri des déchets. C’est insuffisant.

En 2018, une brigade verte a été mise en place. Celle-ci verbalise des jets de mégots, de chewing-gum, de papiers, les déjections canines ou encore les dépôts d’encombrants sur la voie publique dans le centre-ville.

Cyril Geniau se change dans les vestiaires du dépôt car il pleut en continu à l’extérieur.

Les éboueurs sont nécessaires et d’utilité publique, mais ils restent déconsidérés par la société. « Nous sommes en bas de l’échelle sociale. Pourtant, dès que nous faisons grève pendant plus d’une journée, c’est la panique dans les rues car les déchets s’entassent », souffle Jannick.

De reconnaissance, ils n’en ont aucune. « Certains daignent nous dire bonjour. Mais la plupart klaxonnent en criant “on bosse nous !” Et moi ! Je fais quoi ? Qu’il vente, qu’il neige je ramasse vos ordures depuis plus de vingt ans », poursuit-il.

Seul réconfort pour lui : le salaire. « Avec une paie d’environ 1 700 euros net par mois en moyenne, on arrive à remplir le réfrigérateur. »

La longue matinée des éboueurs touche à sa fin. La pause sera de courte durée. Dès le lendemains, aux premières lueurs de l’aube,  Moustache, Cyril et Georges seront de retour dans les rues tourangelles.

Paul Boyer

@BoyerPaul8
23 ans
Etudiant en Master de journalisme à l’EPJT
Passionné par le Moyen-Orient
et les reportages au long cours
.
Passé par Europe 1, Le Figaro
et La Nouvelle République du Centre Ouest.

 

Antoinette Roze : le don de soi

Antoinette Roze : le don de soi

Photo Irina Lafitte/EPJT

Des monuments historiques aux palais des familles royales, les tissus des Soieries Jean Roze ornent les meubles de quelques unes des plus belles demeures du monde depuis le XVIIe siècle. Sa dirigeante, Antoinette Roze, douzième du nom, a voué sa vie à l’excellence.

Par Irina LAFITTE

C’est jour d’inventaire aux Soieries Jean Roze. Pesée de la soie, métrage des tissus, comptage des bobines. Depuis son bureau attenant aux ateliers, Antoinette Roze travaille au son des machines Jacquard. Celles-là même qui ont fait sa réputation dans le monde entier.

 

C’est au XVIIe siècle que son ancêtre, Jehan Baptiste Roze, fonde la maison. Profitant d’un mariage avantageux avec la fille d’un soyeux local, il lance une entreprise de tissage de soieries d’ameublement. Douze générations plus tard, c’est Antoinette, première femme à ce poste, qui est aux manettes de cette petite firme de douze salariés. Un regard résolu derrière ses lunettes à écailles rouges, les cheveux châtain coupés courts, elle est vêtue élégamment de matières soigneusement choisies. Le tout renvoie l’image d’une femme déterminée. « J’aime agir. Diriger une entreprise me correspond bien », lance-t-elle sans hésiter.

 

Née en 1959 à Tours d’une mère alsacienne et d’un père tourangeau, Antoinette est la deuxième de quatre enfants. Dès son plus jeune âge, elle vient passer ses après-midi dans l’entreprise familiale. Son premier argent de poche, elle le gagne en attachant des écheveaux. Plus tard, elle passe ses vacances à travailler dans l’atelier aux côtés des ouvrières. Une période formatrice pour celle qui poursuit en parallèle des études d’économie puis de science politique à Strasbourg. Elle est d’ailleurs la seule de la fratrie à s’intéresser autant au patrimoine familial. Un goût certain pour l’ancien cultivé lors de chantiers de fouilles archéologiques auxquels elle participe alors régulièrement. « Les vacances à la mer, c’était pas le truc de nos parents », se souvient en riant Antoinette Roze.

Une tête bien faite et un caractère bien trempé la propulsent à la tête de l’entreprise familiale à seulement 26 ans. « Mes parents ne m’ont pas forcée. J’ai juste demandé à pouvoir finir mes études avant de venir aider mon père, qui commençait à fatiguer. » Pendant trois ans, elle travaille à ses côtés et tâche d’apprendre tout ce qu’il sait. « Quand il est mort, j’ai dit aux employés : si on peut faire notre travail sans lui, c’est qu’il a réussi à nous transmettre tout ce qu’il savait. »

 

« Nous, on pense en générations. Je ne me sens pas propriétaire, juste dépositaire »

Sa mère, Françoise, l’a épaulée pendant cette transition parfois difficile. « Il lui a fallu s’imposer face aux salariés, passer d’ouvrière à patronne n’a pas dû être facile, devine-t-elle, même si, comme mon époux, elle n’est pas très bavarde sur ses sentiments. » Mais celle qui est décrite comme une battante par son entourage reprend les rênes sans toutefois oser occuper toute la place laissée par son père. Elle renomme l’entreprise Soieries Jean Roze et laisse même les adresses courriel au nom de son père. « Elle lui voue une grande admiration », reconnaît Françoise Roze. « On était très proches, on avait le même caractère », reconnaît la chef d’entreprise. En évoquant ce sujet, son frère aîné, Jean-François Roze, se souvient : « Mon père n’était jamais à la maison. Il a été “mangé” par l’entreprise. Antoinette aussi lui a donné sa vie. »

Comme son père, elle n’hésite pas à mettre la main à la pâte : « Je suis devenue assez redoutable au niveau technique », glisse-t-elle sans fausse modestie. Mais ses qualités artistiques ne sont pas en reste et elle sait faire preuve de goût. « L’entreprise fabrique plutôt qu’elle ne créé, mais on présente parfois des collections comme vitrines du savoir-faire. »

« Mélange de tradition et d’audace »

Dans son bureau, pas de photos de famille ni d’arbre généalogique. Pour tout héritage, des échantillons d’étoffe sont accrochés sur les murs gris. Damas, brocatelle, gourgouran ou canetille ont fait les belles heures de la soierie tourangelle. Antoinette Roze, elle, se désole de la tendance actuelle au contemporain en France : « Tous ces intérieurs noirs et blancs, ces sols en béton… Ce n’est même pas confortable ! »

Même si la France reste l’un de ses plus gros marchés, les clients britanniques, au premier rang desquels la famille royale, apprécient et font confiance à la griffe Jean Roze depuis parfois plusieurs générations. La Russie et les pays du Golfe figurent aussi parmi ses clients réguliers. Il reste cependant essentiel de s’ouvrir de nouveaux marchés.

Un défi qui n’entame pas la détermination de la dirigeante. Récemment, Antoinette Roze a jeté son dévolu sur les États-Unis, le pays « où tout est possible ». Depuis 2012, elle a lancé la collection Roze d’Anjou en partenariat avec la designer de textile franco-américaine Anne Corbière. Grâce à cette collaboration fructueuse, ses productions sont exposées dans une boutique à New York. « Elle mélange tradition et audace à la perfection », confie, admirative, la créatrice.

Quand elle ne travaille pas, Antoinette Roze aime se déconnecter entièrement. Pas le genre à parler travail le week-end. « Maintenant que j’ai passé un certain âge, ça devient pesant. Je n’ai plus la même résistance physique, comme une sorte de saturation. » Ainsi, tous les lundi soirs, elle se rend aux répétitions de l’ensemble vocal Erik-Satie. Depuis près de quarante ans, cette passionnée à la voix de soprano s’exerce sur un répertoire allant de la Renaissance à la musique savante du XXe siècle.

Ces voyages incessants dans le temps n’effraient pas la Tourangelle. A 58 ans, elle contemple le temps qui passe avec détachement. « Notre rapport au temps n’est pas celui des simples mortels. Nous, on pense en générations. Je ne me sens pas propriétaire, juste dépositaire. » Avec un tel credo, on comprend comment Antoinette Roze a su garder les pieds sur terre et assurer la survie de son entreprise.

 

Dans les archives des Soiries Jean Roze, des échantillons pour un musée ?
Photo Soieries Jean Roze
Même si, là aussi, les temps sont durs : « Sur le marché mondial, on se heurte à une concurrence phénoménale dans le textile », avoue-t-elle dépitée. Elle désespère des élus sourds à ses alertes. « Ils ont l’impression qu’on est comme un château, dans le paysage ad vitam æternam. Or, mon concurrent Le Manach a fermé en 2009. Nous pouvons nous aussi disparaître. »

Disparaître sans avoir pu transmettre son savoir est la hantise de cette passionnée. Alors elle se démène pour faire reconnaître le patrimoine qu’incarne son entreprise. Elle préside l’association Tours, cité de la soie, grâce à laquelle elle constitue patiemment, au fil des ventes aux enchères, une collection d’étoffes rares issues de soieries, de préférence tourangelles. Son but : constituer une collection en vue de voir un jour un musée vivant de la soie ouvrir ses portes à Tours.

Parfois son optimisme laisse la place à un fatalisme amer : « Si on disparaît, les gens auront ce qu’ils méritent, assène-t-elle, je n’ai plus la force de lutter contre ça. »

Une succession incertaine

Sa volonté de transmission pourrait bien se heurter à une autre difficulté, celle de sa propre succession. Célibataire et sans enfants, Antoinette Roze n’a pas d’héritier assuré. La sujet se révèle épineux. D’ailleurs, elle le balaie d’un revers de main : « C’est une question qu’on posait souvent à mon père et qu’on me pose souvent. Ça m’énerve. C’est mon problème, pas celui des autres. » Le chiffre treize sera-t-il fatal aux Roze ? Ce qui est sûr, c’est qu’aucun candidat de la famille ne s’est déclaré, ce qui ouvre la voie à un successeur extérieur. Mais comment le trouver quand l’entreprise ne dégage presque plus de bénéfice depuis des années ?

Jean-François Roze ne cache pas son pessimisme : « Je souhaite que la maison soit rachetée, c’est ce qu’il peut lui arriver de mieux. On ne peut pas engager la vie d’une famille sur cette entreprise. » Consciente de l’enjeu, sa sœur cadette prévient : « Aujourd’hui, on ne peut pas se permettre de se tromper. » Elle se donne sept ans pour faire son choix et former son successeur. Peut-être une femme aussi. Là encore, elle se remémore son père qui « croyait beaucoup dans la qualité du travail des femmes ». Une chose est sûre, les compétences primeront.

Mais après plus de trente ans à la tête des Soieries, difficile pour Antoinette Roze d’imaginer sa vie sans. « J’aimerais avoir plus de temps pour moi, pour voyager et apprendre des langues, soupire-t-elle, avant de se reprendre : Mais je m’occuperai d’abord des archives de l’entreprise, la transmission doit être faite. » Une chose est sûre, une page de l’histoire tourangelle se tournera à la succession d’Antoinette Roze.

Video Centre Val de Loire TV

Irina Laffite

@IraLafitte
28 ans.
Fétichiste du papier. J’aime l’économie, le métal et l’équitation.
Passée par Sud Ouest et Grand Prix. Cette ancienne étudiante en Année spéciale effectue son année de licence au Canada.

Les héros de la rue

Les héros de la rue

Les héros de la rue

Toute l’année, le Samu social sillonne les rues de Tours quatre fois par semaine pour venir en aide aux plus démunis. Touchés par la pauvreté et l’exclusion sociale, ces derniers attendent avec impatience l’arrivée des bénévoles pour trouver un peu de réconfort.

 

Par Thomas Desrosches (texte et photos)

J’aimerais ne plus vous voir ici. Je veux que vous vous en sortiez. » Ces mots, Jocelyne les adresse à des visages qu’elle connaît bien et qu’elle retrouve toutes les semaines. Comme près de 9 000 bénévoles en France, elle a décidé de donner de son temps et de son énergie au service du Samu social.

Chaque samedi soir, le rituel est le même. Au volant de sa voiture, elle se rend au local de l’association situé dans une ruelle de Tours. Les phares de son véhicule éclairent une porte de garage à enroulement sur laquelle on peut apercevoir le symbole de la Croix-Rouge et l’inscription « Croix-Rouge Française », peinte en lettres bleues. Engagée depuis un an, cette commerciale, âgée de 60 ans, est sur le point de commencer sa maraude hebdomadaire. Fidèle au poste, elle est la première arrivée. Il est 18 h 30.

Jocelyne ouvre la porte de l’ancien garage entièrement réaménagé. Souriante et énergique, elle sort de son coffre les produits alimentaires pour préparer les sandwichs qui seront distribués dans la soirée. « J’ai grandi dans un milieu sain et aisé, affirmet-elle pour parler de son bénévolat. J’ai pris conscience de ma chance et j’aimerais partager ce que j’ai toujours reçu. » Depuis quelques mois, elle est devenue cheffe d’équipe. Elle doit veiller au bon déroulement de la maraude et prendre des décisions en cas de problème.

Sandra, Abdoul et Jean-Pierre préparent les sandwichs dans la cuisine du local.
Un second bénévole arrive dans le hangar. Abdoul, jeune Soudanais de 27 ans, se prépare à sa première veille. Après avoir fui son pays en guerre, il est arrivé à Tours en quête d’un avenir meilleur. Après l’obtention de ses papiers, il enchaîne les petits boulots et commence à vendre des fruits et légumes sur les marchés. Grâce à ses revenus, il parvient à louer un petit appartement et à s’acheter un camion. « Je repense souvent à mon voyage pour venir ici, raconte-t-il. C’était difficile. Mais aujourd’hui, je suis fier de moi. »

Quelques minutes plus tard, l’équipe est complétée par Sandra, femme au foyer, et Jean-Paul, un ancien sans-abri. Familier des difficultés de la rue, il se mobilise pour venir en aide à ceux qui, comme lui autrefois, se retrouvent au ban de la société.

Avant de se mettre au travail, chacun passe dans le vestiaire et enfile la tenue de la Croix-Rouge : une veste beige et orange fluo avec des bandes réfléchissantes. « C’est important que l’on nous repère de loin », indique Sandra.

De quoi manger et se réchauffer

Dans la cuisine du local, la préparation des repas commence. Tout est séparé dans des caisses pour ne rien mélanger. « Il faut respecter les goûts de chacun, précise Jean-Paul. Certains ne mangent pas de porc. Il faut donc proposer plusieurs choses. » Chaque personne rencontrée aura droit à deux sandwichs, une compote, un gâteau, quelques carrés de chocolat et une bouteille d’eau.

Une heure avant le départ, Jocelyne doit récupérer les invendus des boulangeries. La Banque alimentaire de Touraine donne également à la Croix-Rouge une partie de sa collecte de nourriture auprès des magasins. Jocelyne rapporte quatre cartons de l’entreprise La Mie Câline. Des salades, des viennoiseries, quelques tartes et une vingtaine de sandwichs qui viennent s’ajouter au reste. Cent soixante sandwichs sont prêt à être distribués.

Une fois les repas préparés, l’équipe charge le camion. Les packs d’eau et les caisses d’aliments sont rangés à l’intérieur, tandis que Jean-Paul apporte couvertures et vêtements. Donner de quoi s’habiller et se couvrir fait aussi partie de la mission du Samu social. L’horloge tourne, il est 20 h 30 et le départ est imminent. Respecter les horaires du programme est une chose primordiale. « Ceux qui sont dehors nous attendent impatiemment. Si on a un quart d’heure de retard, ils n’hésiteront pas à nous le dire », s’exclame la cheffe d’équipe en s’empressant de monter dans le véhicule.

Pour Jocelyne, prendre le temps de tisser des liens est le plus important.
Sept arrêts sont prévus. Le premier se situe rue Pierre-Semard, à Saint-Pierre-des-Corps. En quelques secondes, les habitués arrivent. Jocelyne sort le cahier des consignes. Elle l’utilise pour noter le nom, l’âge, le sexe de la personne et si cette dernière possède un logement. « Cela nous donne une idée des effectifs », précise-t-elle. Ce cahier permet également à l’équipe de prendre des commandes auprès des personnes. Une nouvelle couverture, un pantalon ou encore un pull supplémentaire.

Durant les vingt minutes d’arrêt, sept hommes viennent chercher de quoi s’alimenter. Parmi eux, Jean-Pierre, 50 ans, vit dans un logement insalubre de 12 mètres carrés. « Les propriétaires profitent de notre situation. Ils savent que nous n’avons pas les moyens d’aller voir ailleurs », s’insurge-t-il.

Le Samu social vient en aide à deux catégories de personnes : ceux qui vivent dans la rue et ceux qui ont un toit mais pas assez d’argent pour s’acheter de quoi manger. Ces derniers vivent sous le seuil de pauvreté (1 015 euros pour une personne seule).

Un couple de promeneurs s’approche de Jocelyne et lui donne un billet de 20 euros. « Merci pour ce que vous faites », sourit la femme. Un geste rare mais toujours encourageant pour Jocelyne, qui dépose l’argent dans la tirelire du véhicule.

La distribution est terminée, il est temps de repartir. Les hommes se succèdent mais il n’y a presque aucune femme. Elles n’osent pas sortir le soir. Beaucoup subissent des violences et des viols.

Une jeunesse écorchée

Rue des Minimes, en plein centre de Tours, plusieurs personnes s’approchent du camion. Dix-huit hommes et deux femmes. « C’est une petite nuit », déclare Jocelyne. Agés de 17 à 60 ans, ils viennent dans l’espoir de trouver un peu de réconfort. Beaucoup ont besoin de parler, d’être écoutés. Au-delà des besoins primaires, le Samu social apporte un soutien moral.

Lucas, 20 ans, est à la rue. Mis à la porte par son père après une violente dispute, il se retrouve livré à lui-même et loin de sa mère, qui vit désormais en Colombie. Sans logement, il doit trouver un nouveau refuge tous les soirs. « Parfois je peux dormir chez des amis mais, cette nuit, je pense rester dehors », annonce-t-il. Malgré sa situation compliquée, il garde le sourire et reste optimiste : « J’espère m’en sortir un jour. Et je sais que j’y arriverai. »

En cas de problème, le Samu social ne peut pas intervenir sur un corps. Ils doivent attendre l’arrivée des pompiers.
L’hiver, les hébergements d’urgence sont submergés par les demandes et affichent complets en quelques minutes seulement.
Après plus d’une heure d’arrêt, il faut une nouvelle fois quitter la place. D’autres attendent. Les arrêts se ressemblent mais les destins ne sont jamais les mêmes. A Chambray-les-Tours, l’équipe rencontre David, 25 ans. Il vit avec ses quatre frères dans un petit appartement. « C’est difficile de s’en sortir , confie-t-il. On fait beaucoup de bêtises, on se drogue. C’est un cercle vicieux. Mais on a besoin de se défoncer pour se sentir mieux. »

Au dernier point de rendez-vous, l’équipe commence à jeter les cartons vides pour faire de la place dans le camion. Elle raccompagne une bénévole chez elle. De retour au local à minuit trente, il est temps de tout préparer pour les maraudeurs du lendemain. Vider le camion, passer la serpillière dans la cuisine, laver les caisses.

Avant de partir, Jocelyne note tous les événements de la soirée sur le compte-rendu. La nuit a été calme. « Il arrive que certaines maraudes se finissent dans la violence, raconte-t-elle. Plus il est tard et plus les personnes sont alcoolisées. C’est compliqué à gérer. »

Au total, une soixantaine de personnes ont été servis. Fidèle à ses engagements, Jocelyne sera de nouveau au rendez-vous le samedi suivant. Et tous les samedis de l’année. Et aussi le 24 décembre, une soirée qu’elle ne raterait pour rien au monde. Ce soir-là, chaque année, elle participe au Noël solidaire, un repas organisé pour une cinquantaine de personnes. Elle sourit quand elle raconte comment, le temps d’un soir, la magie réapparaît pour ceux qui n’ont pas la chance de passer les fêtes en famille.

En 2017, près de 300 000 personnes ont été rencontrées dans la rue.

Thomas Desroches

@ThomDsrs
23 ans.
Après une licence d’anglais,
j’ai intégré l’Anne Spéciale Journalisme,
mention presse magazine.
Passé par La Nouvelle République et Grazia.
Passionné par la culture et les sujets sociétaux,
je me destine à la presse magazine

 

Etre étranger à Tours : tranches de vie

Etre étranger à Tours : tranches de vie

Certains sont venus pour changer de vie ou par nécessité financière. D’autres, étudiants, ont quitté leur pays et se sont installés dans l’Hexagone pour apprendre le français. D’autres sont encore réfugiés ou demandeurs d’asile et ont fuit leur pays pour raisons politiques. Cette semaine, nous avons voulu apréhender la ville sous un autre angle et nous sommes allés à la rencontre de ces Tourangeaux qui viennent d’ailleurs.

Par Pauline ANDRE, Sarah MASSON et Sacha NOKOVITCH

Salvatore Rapisarda tient une boutique au milieu de la rue Colbert. Fleuriste haut en couleurs, c’est un personnage emblématique du quartier. Fredonnant un air d’opéra, il nous accueille, théâtral : « Vous n’avez pas les caméras, quel dommage, j’étais pourtant allé chez le coiffeur ! » Francophile depuis sa plus tendre enfance, Salvatore est arrivé en France, par choix, il y a vingt-huit ans. il a d’abord eu un coup de cœur pour « l’exotisme » breton, comme il dit. Ce pays où « le ciel n’existe pas ». Mais très vite, il a choisi Tours, un peu par hasard. Ce personnage charismatique ne tarde pas à se faire un nom dans la rue Colbert. « Tours est une ville à taille humaine, on ne s’y sent ni perdu, ni épié. » Un village mais avec les avantages de la ville. « J’ai la possibilité de sortir, aller au cinéma par exemple. Même si je n’y vais jamais, cela me rassure de savoir que je peux le faire. (Rires) »

 

Lorsqu’il ne bichonne pas ses fleurs et ses clients, le passe-temps favori de cet Italien aux lunettes multicolores, c’est l’opéra. Et dans sa boutique, pas besoin de musique. Il pousse lui-même la chansonnette. Mais sa véritable passion, sa « fièvre », ce sont les voyages. Tous les trois ou quatre mois, il lève l’ancre. Il a déjà sillonné plusieurs fois les routes d’Asie. Son dernier voyage ? Le Sri Lanka.

Pour beaucoup d’étrangers installés en France, la première et principale difficulté, reste la langue. C’est le cas de ces trois étudiantes japonaises, rencontrées au restaurant universitaire de la faculté des Tanneurs. Elles ont 20 ans et sont arrivées à Tours le mois dernier pour apprendre le français. Tout est compliqué pour elles, y compris les petites choses de la vie quotidienne, comme prendre le bus, le train ou manger au restaurant universitaire. Pour le moment encore plus à l’aise en anglais qu’en français, elles ont  des difficultés à comprendre comment tout fonctionne. La prononciation est un obstacle et, pour elles, le français, c’est encore du chinois. Mais elles espèrent bien rapidement s’améliorer et travaillent d’arrache-pieds à l’Institut de Touraine où 80 % des étrangers qui apprennent notre langue sont des étudiants.

Fernanda, latine dans l’âme, est arrivée en France il y a deux semaines. La langue maternelle de cette Equatorienne de 25 ans étant l’espagnol, elle rencontre moins de difficultés de prononciation. Elle aussi apprend le français à l’Institut de Touraine. Mais dès la rentrée prochaine, elle aimerait s’inscrire en master d’urbanisme pour travailler dans le domaine du développement durable. Comme la plupart des étudiants étrangers qui viennent d’arriver, elle loge à l’auberge de jeunesse attenante à l’université. Mais elle compte bien louer un appartement grâce à la bourse d’études dont elle bénéficie.

Pour les étrangers qui migrent par amour ou par nécessité économique, la situation est différente. Sunita Bhati est l’une d’entre eux. Cette mère de trois enfants est née à Faridalbad, près de New Delhi. En 1999, elle rejoint son mari, déjà installé en France. Il fut le premier à ouvrir un restaurant indien à Tours, le Surya, rue Colbert. C’est dans la même rue que la jeune femme installe sa boutique indienne. On peut y trouver toutes sortes d’objets artisanaux, de vêtements mais aussi des bijoux. Sunita ne parle pas encore très bien français mais elle prend des cours une fois par semaine, à la Croix-Rouge. Elle enseigne à ses trois enfants l’hindi, leur langue maternelle. Le français, ils l’apprennent à l’école : le plus jeune est à la crèche, les deux autres sont scolarisés l’un en petite section l’autre en CM2. Ce que Sunita préfère à Tours ? La place Jean-Jaurès et emmener ses enfants au Mac Do…

Ce qu’Elena préfère en Touraine, ce sont les espaces verts. En contrat d’insertion à Un brin de jardin (1), cette Brésilienne arrivée en France il y a treize ans rêve « d’une maison avec un grand jardin » pour pouvoir donner libre cours à sa passion. En attendant, elle plante, arrose et cultive les fleurs de l’association. Elle apprend aussi à faire de la composition florale. Ses œuvres d’art, comme toutes celles fabriquées dans l’association, sont vendues à des particuliers. Avant d’exercer ses talents à Un Brin de jardin, elle a cumulé les petits boulots :  garde d’enfants, ménage… Car, quand on est étrangère et sans diplôme en France, trouver un vrai travail est dur et décourageant. Face à cette réalité, le rôle de soutien de l’association se révèle précieux

Moins visibles, les étrangers demandeurs d’asile rencontrent beaucoup plus de difficultés. Chassés de leur pays parce qu’ils sont opposants politiques, parce qu’ils sont pris dans un conflits ou pour des raisons ethniques, ils se réfugient en France. Comme cette famille de réfugiés rroms, installée à Tours depuis quatre ans. En 1999, lors du conflit au Kosovo, les Rroms de ce pays ont été victimes de persécutions meurtrières. Chassés par les Serbo-Croates et les Albanais, beaucoup fuient dans les pays voisins ou migrent vers l’Occident. La famille Ciganović fait partie de ceux-là. En juillet 2006, elle s’installe sur le terrain de la Gloriette, attribué à la communauté par la mairie. Ils vivent dans un bungalow puis dans une cabane qu’ils construisent eux mêmes. En juin 2008, la famille a été relogée grâce à l’aide d’associations comme Chrétiens Migrants (2) ou le « réseau citoyen Pont-aux-Oies ». Ils vivent aujourd’hui à trois dans une chambre prise en charge par le Centre communal d’action sociale (CCAS). Chaque semaine, Les Restos du cœur leur fournissent de la nourriture. Financièrement, ils n’ont pas le droit aux prestations familiales ni au RMI, réservé aux étrangers qui résident depuis plus de cinq ans dans le pays d’accueil et qui disposent d’un titre de séjour valide et à ceux qui ont obtenu le statut de réfugiés. Ce statut a été refusé aux Ciganović en 2005. C’est le cas de la majorité des demandeurs. La famille bénéficie toutefois de 90 euros d’aide par mois, attribués par le conseil général. Mais cette allocation reste précaire puisque la demande doit être renouvelée tous les deux ou trois mois. Inexpulsables et pas totalement régularisables, ces citoyens ordinaires rêvent d’un avenir simple : vivre en paix, trouver du travail et avoir un logement décent. S. M. (texte) et P. A. (photos)

Etudiants, migrants économiques, réfugiés, chacun aspire à une vie paisible sur les bords de Loire.

(1) Un brin de jardin. 7 rue Louis-Niqueux. 37520 LA RICHE. Tél. : 02.47.52.62.98. unbrindejardin@wanadoo.fr
(2) Chrétiens-Migrants. 35, rue de la Fuye. 37000 Tours. Tél. : 02.47.46.45.79.

Maîtrisez-vous la langue de Molière ?

Non ? Alors direction l’Institut de Touraine. En quelques semaines, quelques mois ou une année entière, suivant les besoins, les étrangers y apprennent à surmonter la barrière de la langue et à déjouer les pièges du français. N. S.

Les CLIN : des classes pour les enfants étrangers

Le mot CLIN signifie CLasse d’INitiation. Ces classes s’adressent uniquement aux enfants étrangers qui arrivent en France. A leur arrivée sur le territoire français, les familles étrangères sont nombreuses à scolariser leurs enfants. Ceux-ci sont évalués et inscrits dans une classe au cursus classique en fonction de leur âge. Mais suivant leur niveau de français, ils recçoivent un enseignement adapté dans notre langue en CLIN. Au-delà des exercices basiques il sont souvent initiés à la langue par d’autres activités telles les arts plastiques ou le sport. Quand leur niveau est suffisant, ils rejoignent leur classe de rattachement. Si leur niveau le permet, ils pourront poursuivre leur scolarité au collège. Mais pour ceux qui ont encore des lacunes en français, il existe des classes d’accueil qui ont le même objectif que les CLIN.

Aide aux traducteurs étrangers

Le Centre national du livre (CNL) accorde des bourses aux traducteurs étrangers. Cet organisme public propose 1 800 euros mensuels pour une durée maximale de six mois afin  d’aider ceux qui ont un projet de traduction d’œuvres françaises. Les dossiers doivent être déposés à l’ambassade de France du pays de résidence avant le 30 mars prochain. Le CNL accorde également des bourses d’écriture, des subventions et soutient les manifestations liées au livre.

Cocktail anti-morosité

En temps de crise, les loisirs passent à la trappe. Cela fait déjà longtemps que vous ne fréquentez plus les cinémas, les casinos et les grands supermarchés. Évidemment, vous désespérez de ne pas pouvoir partir en vacances cet été. Jetlag Travel Guide a pensé à vous. Après vous avoir dissuadé, l’an dernier, de découvrir la Molvanie, « le pays qui, s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer », les Australiens Santo Cilauro, Tom Gleisner et Rob Sitch vous déconseillent fortement le San-Sombrèro. Ce petit pays, situé entre Barbituros et la République de Tripoté-et-Lombago, dont la capitale est Cucaracha City, est sans pareil pour les amateurs de farniente et de cocktails « molotovo ». Et sa musique déchire… les oreilles. Pour les amoureux de cuisine locale, le plat national, le potaje, est servi avec sa coloscopie. Un guide déjanté, plein d’exotisme,  et une saine lecture qui fera du bien à votre porte-monnaie, en anglais seulement.

Une pause au milieu de la Loire

Une pause au milieu de la Loire

Avec près de cinquante espaces verts (comme le jardin botanique) qui s’étendent sur 40 000 mètres carrés, la ville de Tours offre à ses habitants des espaces « comme autant de respirations nécessaires à l’équilibre du paysage urbain et à l’harmonie de la vie tourangelle », dixit le site de la municipalité. Direction le parc municipal de l’île Simon, pour vérifier de visu.

Par Julien LE BLEVEC

Comment fait-on pour aller sur l’île Simon ? Pas facile de le deviner quand on n’est pas du coin. Vu des bords de la Loire, le morceau de terre semble inaccessible. En fait, il suffit de prendre le pont Napoléon (en direction de Saint-Cyr-sur-Loire) pour en découvrir l’entrée. Avant d’entamer la promenade, vérifiez les horaires, car les heures d’ouverture varient selon les saisons.

À peine arrivé, une originalité vous accueille sur la droite, en contrebas : un skatepark.

Ce genre d’installation, destinée aux jeunes passionnés de sports de glisse urbains, commence à proliférer en France. Cependant, trouver un tel lieu sur une île est plutôt rare. Très typé street, le spot (l’endroit, dans le jargon skate) reconstitue l’essentiel des obstacles utilisables dans la rue : plans inclinés, marches, trottoir, bancs, rails. Comme tout skatepark qui se respecte, des graffitis ont été réalisés pour décorer les modules en béton. L’ensemble des illustrations reste timide comparé à ce qui se fait à Marseille, par exemple. Pas grave, l’ambiance y est quand même et les sportifs de l’extrême se font plaisir.

Après quelques pas sur l’allée centrale, on rejoint rapidement le lieu préféré des mamans : l’aire de jeux.

Réservée aux enfants de 3 à 6 ans, la zone est délimitée par une barrière en bois. Deux types de jeux sont proposés : à gauche, un ensemble de murs d’escalade, d’échelles, de toboggan ; à droite, deux bascules sur ressort. Le tout a été peint dans des couleurs clinquantes. Pour amortir les chutes et rassurer les mères inquiètes, du gravillon a été répandu par terre. Très efficace en effet, quand on tombe de ces « engins » qui ne sont plus de notre âge…

Retour dans l’allée principale. La visite est presque terminée. La pointe de l’île donne une belle vue sur le pont Wilson, comme le montre ce sphérique réalisé par Elmer (en cliquant droit avec la souris, il est possible de se déplacer à l’intérieur du sphérique). Près des berges, une œuvre d’art contemporaine est installée depuis septembre 2001. Il s’agit du PATA de l’artiste suédoise Maj-siri Österling.

En bois peint, la création est inspirée d’une méthode très ancienne de pêche au saumon, en Suède. Le « PATA » est en fait un barrage, aujourd’hui interdit, pour bloquer les poissons. Österling précise que « les couleurs fortes […] viennent de […] sources d’inspiration différentes : les veines de sang, le fort courant des fleuves, les peuples qui habitent le long des fleuves et la dure vie du saumon. » Autant dire qu’avec l’aire de jeux, la structure égaye parfaitement ce coin de verdure au milieu des eaux.

Voilà, le tour de l’île Simon est fini. Il est temps de partir. Si besoin est, un bateau-bus est proposé (le vendredi, samedi et dimanche) pour traverser la Loire, à partir de 14 heures (tarif : 1 €). Et pour l’idée que cet espace est « comme autant de respiration[s] nécessaire[s] à l’équilibre du paysage urbain et à l’harmonie de la vie tourangelle », eh bien… à vous de voir !

L’île Simon, mode d’emploi

Comme chaque année, l’association tourangelle Mode d’Emploi organisera un week-end d’art en plein air, sur l’île Simon, les 30 et 31 mai 2009 (dates à confirmer). Cette septième édition sera l’occasion pour tous les curieux de découvrir gratuitement des œuvres surprenantes au beau milieu de la verdure. Pour vous donner une idée, vous pouvez admirer L’Université dans la ligne de mire, de Nico Nu (2007), Les Maisons , de Charles Bujeau (2007), Les Personnages épidermiques , de Romain Ménage (2008) ou Les Mires colorées, d’Evelyne Plumecoq (2008).

A la découverte des musées Tourangeaux

A la découverte des musées Tourangeaux

Comme toutes les villes, Tours recèle des trésors méconnus. Du musée des vignerons (Touraine oblige) à Fritz l’éléphant, les étudiants d’Année spéciale ont été de découverte en découverte.

Par Myriam Goulette, Makiko MOREL, Nicolas LOISEL

« Buvons à temps, quand on est mort c’est pour longtemps » (chanson XVIIIe siècle)

Une visite au musée des vins de Touraine… qui nous mène droit chez un producteur, à Vouvray, pour une petite dégustation. A lire et à écouter.

C’est un musée (1) à l’ancienne : ici, pas d’audioguide ni de vidéo à chaque recoin. Les outils du vigneron au début du siècle – le buttet, la serpe, le greffoir -, l’origine du vin, l’histoire des cépages de Touraine, les habits des confréries vineuses… : tout ceci vous attend, sagement installé derrière les vitrines, au musée des vins de Touraine, rue Nationale à Tours.

Modernité oblige, le musée, inauguré en 1975, est en sursis et risque de fermer bientôt, car peu rentable et inaccessible aux personnes à mobilité réduite. Il est installé dans les celliers de l’abbaye Saint Julien. Le visiteur  descend dans la grande salle voûtée par un escalier un peu raide. L’histoire du lieu est intimement liée au vin : l’abbaye fut bâtie au VIe siècle sur l’emplacement d’un vignoble urbain réputé : le clos Saint-Aubin. La légende veut que ces celliers furent témoins d’un miracle de multiplication du vin, comme aux noces de Cana dans la Bible.

L’abbaye participa à la propagation du vignoble, comme de nombreux monastères à l’époque, à partir de saint Martin. Le christianisme a largement diffusé la culture de la vigne, dont il avait besoin pour l’eucharistie et l’hospitalité.
La légende raconte encore que saint Martin a planté à Marmoutier, tout près de Tours, un cep miraculeux. Il avait aussi un âne qui, broutant la vigne, aurait permis de découvrir la taille, car ce cep, raccourci par la bête, porta de bien plus beaux raisins que ses voisins.

L’abbaye de Marmoutier est aujourd’hui encore productrice de vins sur 7 hectares. C’est le domaine Vigneau-Chevrault (2) qui l’exploite. Voilà une occasion parfaite d’aller goûter du vouvray et pas n’importe lequel : du biodynamique. M. G.

(1) Musée des vins de Touraine
16, rue Nationale, 37000 Tours
Tél. : 02 47 21 62 20
Ouvert tours les jours sauf le mardi, toute l’année, de 9h à12h et de 14h à 18h.

(2) Domaine Vigneau-Chevrault
Vallée de Vaux, 4 rue clos Baglin, 37210 Chancay
Tél. : 02 47 52 93 22
Prendre RV pour une dégustation

Musées gratuits pour les moins de 25 ans

A partir du 4 avril 2009, si vous avez moins de 25 ans ou si vous êtes professeur, vous pourrez visiter tous les musées et monuments nationaux gratuitement. Le gouvernement l’avait annoncé en janvier. Reste à savoir si, grâce à cette mesure, la culture attirera de nouveaux visiteurs.

 

Virée artistique au musée des Beaux-arts de Tours

Classée « Ville d’Art et d’Histoire », Tours sait ravir le cœur des amateurs de culture. La preuve en image avec cette visite au musée des Beaux-Arts, spécialement consacrée aux artistes tourangeaux.

 

Musée des Beaux-Arts de Tours : 18, place François-Sicard, 37000 Tours. France. musee-beauxarts@ville-tours.fr

Fritz, éléphant tourangeau

Au détour d’une ballade dans le vieux centre-ville de Tours, après un crochet par la cathédrale Saint-Gatien, on peut tomber sur l’entrée du musée des Beaux-Arts. Là, un immense cèdre du Liban étend ses branches pour vous accueillir. C’est ici, caché sous un porche, qu’un des personnages les plus incongrus de la ville vous attend : Fritz.

Photo : N. L.

Derrière sa vitre, l’éléphant empaillé suscite les regards interrogateurs depuis plus d’un siècle. Fritz est arrivé la première fois à Tours en 1902. L’animal faisait, à l’époque, partie du cirque américain Barnum & Bailey, The Greatest Show On Earth (en français, le plus grand chapiteau du monde), énorme et incroyable spectacle se passant sur trois scènes simultanément. Avec ses centaines d’animaux et ses milliers d’hommes, la compagnie n’avait pas d’équivalent à l’époque.

Le 11 juin 1902, le cirque Barnum & Bailey repart de Tours par train spécial. Soixante-cinq wagons attendent les artistes et les animaux. Un convoi est organisé pour se déplacer de la place du Champ-de-Mars à la gare. La foule afflue pour admirer l’impressionnant bestiaire. Le vieil éléphant commence à devenir incontrôlable au milieu des badauds et le patron du cirque doit se résigner : Fritz est abattu.

La mort de Fritz. Photo : danrj.chez-alice.fr

Son propriétaire décide de faire cadeau du corps du pachyderme à la ville de Tours. La dépouille est envoyée à Nantes pour y être naturalisée. Près d’un an de travail sera nécessaire. Fritz reviendra par bateau à vapeur, le 4 avril 1903, pour être installé au musée de Tours. Il déménagera quelques années plus tard au musée des Beaux-Arts qui est aujourd’hui encore sa résidence.

La date de la mort de Fritz indiquée sur la plaque est fausse, c’est une erreur, il a bien disparu en 1902. Photo N.L./EPJT

Fritz était le doyen de tous les pachydermes de la ménagerie avec ses 80 ans. Il était également le plus grand, près de 3 mètres au garrot, des défenses longues de 1,50 mètre et lourdes de 50 kilos chacune, pour un poids total de 7,5 tonnes. Un véritable colosse, même pour un éléphant d’Asie. Le mammifère géant est maintenant bien calme, on peut donc aller le scruter sans craindre de se faire écrabouiller. N. L.

Musée des Beaux-Arts, place François Sicard, Tours
Ouvert de 9 h à 12 h 45 et de 14 h à 18 h (sauf le mardi)
Note : l’éléphant est visible le midi puisqu’il est dans le parc.

Tours en quartiers

Tours en quartiers

A nous quatre d’animer le blog cette semaine. Nous avons décidé d’aller flâner dans les quartiers de Tours, les yeux et les oreilles grandes ouvertes et d’en raconter… tout, sauf ce que vous savez déjà. Nicolas et Julien sont partis vers les halles : ils croulaient sous les archives à Saint-Eloi, mais en deux feuillets et six photos, ils nous racontent tout une histoire. Makiko est allée place Plum’ faire revivre un passé qui n’a rien à voir avec la place de noctambules d’aujourd’hui. Pendant ce temps, je me suis reposée. Mais non, j’ai pédalé jusqu’au Sanitas et là, j’ai vu des jardins, j’ai entendu parler d’arts et de Pologne et j’ai rencontré une grand-mère loquace. Voilà des petites choses à vous mettre sous la dent, à vous qui flânez aussi, mais sur le web. 

 

Par Myriam GOULETTE, Julien LE BLEVEC, Nicolas LOISEL et Makiko MOREL

A l’abordage des Halles

Dans le quartier, certains l’appellent le « Paquebot », d’autres le « Navire ». Deux surnoms pour désigner le bâtiment qui abrite les halles de Tours. Avec son architecture futuriste et ses nombreuses vitres (pour que l’édifice soit « ouvert sur l’extérieur », selon Jean Royer maire de Tours de 1959 à 1995), les halles s’imposent puissamment sur la place Gaston-Pailhou. Dire qu’il y a plus de deux mille ans l’endroit n’était qu’une plaine marécageuse et boisée…

De nos jours, les cales du Paquebot sont plutôt bien remplies. Des boulangeries, des boucheries, des charcuteries ; mais également des poissonneries, des crèmeries, des étalages de fruits et légumes, une cave à vins. L’invitation au voyage est lancée tour à tour par un vendeur d’épices, par des traiteurs italiens et vietnamiens. La modernité s’est aussi installée : deux banques, une maison de la presse, une parfumerie et une enseigne de surgelés.

Pour regrouper tous ces commerces en un seul endroit, près de cinq années de travaux ont été nécessaires. À l’origine du projet, Jean Royer, le maire, qui, en septembre 1972, esquisse un plan d’aménagement et de rénovation des vieilles halles dans l’optique de redonner vie au quartier. Les travaux de démolition débutent en février 1976 et ceux de construction en avril 1977. L’inauguration des lieux, le 26 avril 1980, est précédée par l’ouverture au public des halles alimentaires, le 22 novembre 1979, pour profiter des fêtes de fin d’année.

L’idée d’installer une halle à Tours ne date pas d’hier. En effet, c’est en 1832 que le conseil municipal, chargé une commission d’étudier des projets d’édification, mais, faute d’argent,le projet est repoussé pendant plus de trois décennies. Il faudra attendre 1864 pour que le premier coup de pelle soit donné à un bâtiment à l’architecture métallique, comme celles des halles de Paris réalisée par Victor Baltard. L’inauguration, en présence des autorités civiles et militaires, eu finalement lieu le 15 août 1866 ; une date choisie parce qu’elle correspondait à la fête de la Vierge Marie et à la Fête Nationale de l’Empire.

Le choix de la place de l’emplacement de ces halles n’est pas anodin. Il se fait dans la continuité car déjà, au début du XIXe siècle, la place d’Aumont (aujourd’hui place des Halles) accueillait un grand marché. Ce dernier était vraiment important aux yeux de la municipalité au point que les rues qui y menaient furent modifiées pour favoriser sa fréquentation. La collégiale Saint-Martin fut même rasée en partie pour aménager un passage régulier et linéaire de la rue Nationale à la fameuse place (ce passage n’est autre que l’actuelle rue des Halles). Depuis, les halles attirent toujours autant de monde. Les produits qui y sont proposés sont de qualité, l’ambiance y est chaleureuse. Quelques personnes viennent ici juste pour se promener, humer les odeurs alléchantes. Le Navire n’est pas prêt de couler. Par J. L. B. et N. L. Photos : N. L.

Au premier plan, une partie de l’ancienne collégiale Saint-Martin. Une autre est visible à l’arrière plan.

Merci aux archives historiques municipales de Saint-Eloi et à la mairie de Tours.

Jardin au Sanitas

Près de la passerelle, côté Sanitas, se trouve le jardin k@rma, du nom de l’association qui l’anime. Très bientôt, au printemps, les petites mains y patouilleront la terre et tous les mercredis, une jardinière y proposera des animations aux enfants du quartier. Une autre association, Au’Tours de la famille, y organise également des animations : une dégustation de galette des rois a eu lieu début janvier et début mars, à l’occasion du printemps des poètes, les enfants s’y feront arroser par une « pluie de mots » et y planteront des poèmes (les 7 et 8 mars à 15 heures). M. G.

La Place Plum’ comme vous ne l’imaginiez pas
ou petite ballade dans le passé

Vieilles pierres, maisons en colombage, terrasses ensoleillées, nous sommes place Plumerau, symbole du centre historique de Tours. Inscrit au patrimoine architectural urbain depuis 1983, l’endroit fait le bonheur des touristes et ravit le cœur des noctambules. Ses bars tels Le Temps des rois, Le Vieux Murier ou encore Le Louis-XIV attirent les amateurs de fêtes et de détente.

Par M. M.

La place Plumereau en 1967, Archives municipales de Tours

A l’époque, il n’y avait ni bar ni de restaurant, ou si peu, mais des petits commerces et des artisans : ateliers de cuir, porcs en gros, sécherie de bananes… Pas de jeunes fêtards – qui préféraient alors la place du Palais (actuelle place Jean-Jaurès) –, mais des ouvriers. Bruyante, elle l’était tout autant qu’aujourd’hui, mais d’une autre musique : celle des voitures et des outils. Au cœur de la place, aucun piétons, mais un grand parking. Les maisons, datant du XVe et XVIe siècles y étaient insalubres, vétustes et n’attiraient pas la bourgeoisie tourangelle. Près de la moitié des appartements étaient surpeuplés et 94 % des logements ne possédaient pas de salle d’eaux. De nombreux immigrés aux revenus modestes y étaient installés, notamment des Portugais. Ce sont eux qui donnaient vie à ce quartier populaire. A la fin des années cinquante, la municipalité envisagea de tout raser. Son projet : bâtir un Sanitas bis. Mais l’architecte Pierre Boille, heureusement, avait un autre plan : restaurer le vieux Tours.

Maquette de la place Plumereau rénovée. Archives municipales de Tours.

Il lui faudra plus de vingt ans, avec l’aide de Jean Royer, le nouveau maire de l’époque, pour donner à la « place Plum’ », ce caractère qui fait aujourd’hui son succès. Un modèle de rénovation urbaine qui inspirera de nombreuses autres villes de province.

Place Plumereau, travaux de voirie. Archives municipales de Tours.

Parmi les riverains ayant connu l’ancien visage, les avis divergent. Sur la mauvaise réputation d’alors, la violence notamment, tous s’accordent. Mais tandis que certains se félicitent du travail accompli, d’autres sont plus nostalgiques. C’est le cas de Sylvestre. Tourangeau depuis quarante ans, il se souvient avec émotion de l’atmosphère qui régnait auparavant. « Une autre âme ». Celle d’une vie populaire et de proximité.

Du Berry à Srebrna Gora (Pologne)

A priori, aucun rapport avec la région Centre, puisque l’histoire aura lieu en Pologne. Pourtant… Elle a commencé pas très loin d’ici. La FAAAC (pour Formation alternative et autogérée aux arts du cirque) a organisé des formations ces deux dernières années, dans des petites communes du Berry. Dix sessions de huit jours, qui réunissaient vingt jeunes. Cette année, les jeunes seront soixante, leur formation durera trois mois et se déroulera en Pologne à partir de février. Au fait, le groupe cherche un journaliste pour participer à leur aventure. Ce qu’ils attendent de lui (ou d’elle) ? Rien de défini. Pas d’idée préconçue : le groupe sera organisé en « autogestion » ! Pour tout savoir, allez voir ! M. G.