Paul Lefranc et Toy le chevreuil. Photo: Victor Tribot Laspierre

Paul Lefranc est un dresseur d’exception. La relation privilégiée qu’il entretient avec ses animaux a fait de lui une référence en la matière. Depuis quinze ans, il apprivoise ses renards, ses loutres, ses goélands ou encore ses sangliers et les transforme en « bêtes de scène ». Il nous a emmené dans l’univers des films et documentaires animaliers.

 

Par Véronique DE SA, Nicolas FRANÇOIS, Jeanne LA PRAIRIE, Victor TRIBOT-LASPIERE

« Sorcier », c’est ainsi que les chasseurs appellent Paul Lefranc. Il fait partie de ces personnalités au métier inclassable et méconnu : il est dresseur animalier pour le cinéma et les documentaires. Alors que certains domptent des bêtes exotiques tels les fauves ou les éléphants, il s’est, lui, spécialisé dans les animaux sauvages européens. C’est dans son ancienne exploitation de volailles à Beaumont-Village (Indre-et-Loire), qu’il imprègne (il préfère ce terme à dresse) ses protégés.

Son travail consiste à ce que les animaux reproduisent, devant les caméras et les hommes, des comportements naturels sans avoir peur. Pas question donc d’enseigner à un chevreuil à faire des galipettes. L’imprégnation d’un animal se passe toujours de la même façon : comprendre comment il fonctionne et en aucun cas tenter de le transformer ou de le contraindre. Le mettre en condition pour qu’il ait confiance en l’homme. Ainsi, quand il dresse des cygnes, il est présent dès l’éclosion des œufs. Il habitue les oisillons au son de sa voix en leur faisant la lecture, en nageant avec eux. Il se substitue à leur mère afin qu’ils soient en totale complicité avec lui.

Paul Lefranc se veut également un « défenseur des mal-aimés ». Afin de modifier des idées préconçues sur certains animaux dits « nuisibles », il lui arrive de suggérer des idées aux producteurs. Il a, par ce biais, donné naissance à deux documentaires l’un sur les cormorans, l’autre sur les renards.

A défaut du renard – rongé par le trac – Paul Lefranc  présente Zorro son corbeau et Bobby sa loutre. Il explique la relation de confiance qui s’établit entre l’homme et l’animal.

Dès l’adolescence, il se passionne pour la fauconnerie et pratique l’effarouchement, une technique consistant à effrayer les oiseaux nuisibles à l’aide de rapaces. Ce sont d’ailleurs ses faucons qui l’ont mené à ce métier. Il y a quinze ans, ils ont été  repérés par une agence publicitaire tourangelle, qui lui passa sa première commande. Depuis, il a collaboré à de nombreux films comme Les Animaux amoureux ou encore Le Peuple migrateur. Pour ce dernier long métrage, le réalisateur, Jacques Perrin, voulait tourner des images d’un pygargue (aigle pêcheur américain) attrapant un poisson tout en volant. Paul Lefranc a donc conditionné le rapace, répétant la scène chaque jour pendant trois mois : l’aigle, affublé d’un chaperon afin de masquer sa vue, décollait au moment où le dresseur le lui enlevait, aidé d’une légère impulsion du bras. Il se dirigeait alors directement vers sa proie, un poisson factice placé au préalable dans l’eau, juste devant l’objectif de la caméra.

Paul Lefranc se félicite : « Mes animaux sont des professionnels, ils savent exactement ce qu’ils doivent faire. » Un long travail pour une séquence qui ne dure que dix secondes. Quand on lui parle de patience, il rétorque : « Lorsqu’on est passionné par ce que l’on fait, le temps n’a plus d’importance. »

Le site de Paul Lefranc

Gaston la bête de scène

Il est gros, poilu, brutal, et il a tourné avec Christian Clavier. Hé non, ce n’est pas Gérard Depardieu. Il s’agit de Gaston, le sanglier star de Paul Lefranc. Jeune marcassin, il est recueilli par un chasseur attendri. Cet amour contre-nature n’a pas plu à son épouse : « C’est le sanglier ou moi. » L’animal fut donc confié au dresseur qui l’a placé sous le feu des projecteurs.

Paul Lefranc raconte ses exploits.

Goéland: « Mal aimé, je suis le mal aimé »

On voit plus souvent les goélands à la déchetterie, que sur le grand écran. Paul Lefranc a réussi l’exploit de les approcher et de s’en faire des alliés. Et développer le talent caché de ces oiseaux.

L’effarouchement : la bonne solution face aux envahisseurs ?

L’effarouchement, une autre activité de Paul Lefranc, ici avec un des ses faucons. Photo: Victor Tribot Laspière

L’effarouchement consiste à se débarrasser des oiseaux, comme les pigeons, qui envahissent certains lieux publics au moyen de rapaces dressés. A l’usine Manito d’Ancenis, fabricant de matériel de manutention, quelque trois mille goélands se posaient chaque soir sur les 14 hectares de toitures, engendrant une forte puanteur. Paul Lefranc et son équipe y ont donc introduit deux faucons qui sont partis en vol d’attaque pour procéder au « nettoyage ». Résultat : trois volatiles capturés et le reste de la bande effrayé pour quelques jours.

Pour que l’efficacité soit optimale, il faut recommencer une fois par semaine jusqu’à disparition totale des squatteurs. Après avoir essayé les ultra-sons, les répulsifs chimiques ou encore les silhouettes épouvantails, de plus en plus de clients s’adressent aux effaroucheurs, encore peu nombreux en France.

Cette méthode naturelle ne fait pas pourtant l’unanimité en raison de sa brutalité : les prédateurs infligent en effet à leurs victimes des blessures pouvant entraîner la mort. Elle est notamment fustigée par l’Association Stéphane-Lamart, pour la protection des animaux, et les associations de défense des oiseaux de ville. Elles considèrent cette technique coûteuse et inefficace car il faudrait que les rapaces soient présents en permanence pour éviter que les « nuisibles » ne reviennent. Enfin, lâcher des volatiles prédateurs en milieu urbain n’est pas sans risques. Un article du site lepoint.fr daté du 11 septembre 2008 évoque une intervention de Paul Lefranc en 2007, sur la terrasse du restaurant du musée du quai Branly. Après avoir chassé les mouettes, les faucons ont échappé au contrôle de leur maître pour aller chasser quelques corbeaux sur le champ de Mars, effrayant ainsi les passants.

Les Animaux amoureux en quelques chiffres

Grosse production pour un long-métrage animalier, le budget des Animaux amoureux s’est élevé à sept millions d’euros. Laurent Charbonnier a sélectionné les prises de vues de plus de quatre-vingts espèces différentes allant du mammifère terrestre et marin aux oiseaux, en passant par les insectes et les batraciens. Après deux années de tournage dans plus de seize pays, le synopsis s’est construit autour d’une trame portant sur le rite de la séduction.
Laurent Charbonnier tourne actuellement quatre films de quarante-trois minutes pour la chaîne Arte. Ces films portent sur des thématiques diverses telles que les singes, la forêt, la savane ou encore l’Australie. Trois de ces documentaires devraient être diffusés à Noël. Il a par ailleurs travaillé sur Océans, le dernier film de Jacques Perrin (Le Peuple migrateur), prévu en salles le 27 janvier 2010.

Le Peuple migrateur

Sorti en salle en 2001, ce film de Jacques Perrin a reçu l’année suivante le césar du meilleur montage (Marie-Josèphe Yoyotte), tout en étant nommé dans deux autres catégories : meilleure première œuvre de fiction et meilleure musique écrite pour un film (compositeur : Bruno Coulais). Ce long-métrage sur les oiseaux migrateurs a cumulé 2,5 millions d’entrées pour le seul mois de février 2002. Il a rencontré la même année un succès international

Le saviez-vous ?

Détenir chez soi des animaux sauvages est interdit par la loi. Pour avoir le droit d’en posséder, il faut être titulaire d’un certificat de capacité délivré par la direction départementale des services vétérinaires. Il est également interdit de capturer les bêtes en pleine nature, les dresseurs les récupèrent donc chez les particuliers et dans les parcs zoologiques.

Le sanctuaire des hérissons

La vue d’un hérisson écrasé sur la route vous révolte ? Le sanctuaire des hérissons est fait pour vous. Ce centre de soins se charge de récupérer, soigner, et replacer en pleine nature les animaux blessés. Laur site vous prodigue de nombreux conseils sur les gestes simples pour secourir et protéger ces petites bêtes à piquants.

Agenda

Laurent Charbonnier, le réalisateur des Animaux amoureux, tourne actuellement quatre films de quarante-trois minutes pour la chaîne Arte. Ces films portent sur des thématiques diverses telles que les singes, la forêt, la savane ou encore l’Australie. Trois de ces documentaires devraient être diffusés à Noël. Il a par ailleurs travaillé sur Océans, le dernier film de Jacques Perrin (Le Peuple migrateur), prévu en salles le 27 janvier 2010.

« Neuf jours de patience pour une séquence de trente secondes »

Spécialiste reconnu du monde animalier, Laurent Charbonnier a obtenu de nombreux prix dans différents festivals nationaux et internationaux. Auteur de documentaires pour la télévision, il a aussi travaillé sur des longs-métrages comme Le Peuple migrateur (2001), Le Dernier Trappeur (2003) ou encore Les Animaux amoureux (2007). Nous l’avons interviewé.

Photo: Laurent Charbonnier, Corentin & Pierre-Emmanuel Chaillon

Qu’est ce qui distingue le cinéma animalier de celui de fiction ?

Laurent Charbonnier. En fiction, tout est calé et cadré. Avec les animaux sauvages, c’est différent. Même si le projet est scénarisé, il y a une grande part d’improvisation. Il y a des films pour lesquels on utilise des animaux imprégnés. On les dirige comme des acteurs. Ils sont dressés et habitués à faire ce que l’on veut. Pour mon film sur les sangliers, nous avons utilisé des marcassins que nous avons élevés nous-mêmes. Mais c’est plus rare.

Face aux imprévus, quel est le comportement à adopter ?

L. B. Il ne faut jamais perturber les animaux et être attentif à leurs comportements. L’équipe anticipe au maximum les imprévus en effectuant un long travail de préparation. L’aide des scientifiques, des naturalistes et des gardes forestiers, qui connaissent le terrain par cœur, est indispensable. Après quelques repérages, nous  installons le matériel à l’avance pour habituer les animaux à notre présence. Cette préparation est essentielle pour passer le minimum de temps sur les prises de vue. De temps en temps, il faut faire preuve de beaucoup de patience pour obtenir une séquence. Sur le tournage des Animaux amoureux, j’ai passé jusqu’à neuf jours dans une cabane minuscule pour obtenir trente secondes de la danse du paradisier de Lawes, un oiseau de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Quelles sont les qualités essentielles pour être un bon réalisateur de films animaliers ?

L. B. Outre l’expérience et l’habitude, le réalisateur passe plus de temps avec ses jumelles qu’avec sa caméra. Il doit aimer l’environnement et la faune. Mais depuis une dizaine d’années, les documentaires animaliers sont à la mode. Avec les demandes des chaînes de télévision, beaucoup de producteurs et de réalisateurs se sont engagés dans cette voie. Non pas par amour de la nature, mais parce qu’ils y ont vu quelque chose de rentable. C’est un peu regrettable.