Agriculteurs sur les réseaux

Utilisation de pesticides, maltraitance animale, pollution des cours d’eaux… les agriculteurs font l’objet de nombreuses critiques. Pour redorer leur blason ils ont décidé de s’emparer des réseaux sociaux.

Par Justine Brichard, Adrien Petiteau et Ewen Renou
Photos : Justine Brichard/EPJT

 

Perdu au milieu d’un pré, le bras tendu vers le ciel, le Smartphone en main, encerclé par des vaches normandes. Théo Joyeux, 18 ans, ne cherche pas du réseau. Il se filme pour alimenter sa chaîne YouTube, Théo, futur éleveur, d’une nouvelle vidéo.

Redonner confiance aux consommateurs, voilà le leitmotiv des agriculteurs présents sur les réseaux sociaux. « Même des membres de notre propre famille arrivent à penser que ce qu’on fait est mal », déplore Cyrille Champenois, agriculteur dans les Ardennes. La faute, selon lui, à certains médias qui diffusent une image erronée et négative de l’agriculture. A travers les réseaux sociaux, le but est de combattre les préjugés. « Il s’agit de rééquilibrer le rapport de force et de reprendre le contrôle de notre image », explique Étienne Fourmont, éleveur de vaches laitières dans la Sarthe. Sur sa chaîne YouTube Etienne, agri youtubeurre, il ne s’est pas encore lancé dans le fact-checking (la vérification des faits) pour répondre aux médias, mais il y pense. En attendant, il réalise des vidéos pour redorer l’image de l’agriculture aux yeux du grand public. Tous parlent de communication positive.

« L’élevage ne se résume pas uniquement aux abattoirs », assure Étienne Fourmont. Il fait référence aux vidéos de l’association de protection animale L214 éthique et animaux. « Je ne reçois pas de critiques négatives, mis à part des vegans », ironise Théo Joyeux. Le lien entre le monde agricole et le consommateur est parfois rompu. « Avec les grandes surfaces, ils ne savent plus d’où provient la viande qu’ils mangent ni comment elle a été élevée », ajoute l’étudiant en BTS. Ses vidéos Youtube, il les réalise sur l’exploitation de son maître de stage dans les Deux-Sèvres. Lorsqu’il se lance en 2016, il est le premier à publier des vidéos sur l’élevage. Non issu du milieu agricole, c’est par amour des bêtes qu’il décide de s’orienter dans cette voie. « Dans les exploitations, on ne fait pas tous n’importe quoi. On ne maltraite pas tous nos bêtes », atteste Charlotte Salat, éleveuse de vaches Salers en Auvergne.

Sur son compte Instagram, Charlotte Salat met en avant sa ferme et ses productions.

Facebook, Snapchat, Instagram… Charlotte Salat partage sa passion pour son métier sur Internet. Pour elle, en plus d’être un objet de communication positive, c’est également une stratégie de communication pour sa ferme. Avant, elle passait par un grossiste pour vendre son fromage Salers tradition. Puis elle a souhaité se mettre à la vente directe et se rapprocher du consommateur. Elle crée alors un compte Facebook dédié à son activité. Elle voyait dans ce réseau social un moyen de faire connaître ses produits au grand public. Pari gagnant. Elle totalise, tous sites confondus, 12 200 abonnés. Parmi eux, très peu de personnes issues du monde agricole mais beaucoup de curieux qui souhaitent assister aux étapes de fabrication à travers les photos et les messages postés.

Ana-Gaëlle Le Damany possède également une page Facebook pour promouvoir ses produits. Paysanne depuis février 2016 elle s’est installée avec son copain dans la Bergerie de Kroaz Min, à Lannion (Côtes-d’Armor). A partir du lait de brebis, ils produisent fromages et yaourts qu’ils vendent en circuit court. « Sur mon compte Instagram, je publie des photos de ma vie et la vie à la ferme en fait partie intégrante, constate-t-elle. Je trouvais ça intéressant de montrer mon quotidien à des personnes qui ne savent pas ce que c’est d’être une femme paysanne. »

Le 18 novembre 2017, lors de la Ferme expo de Tours, Cyrille Champenois crée l’association FranceAgriTwittos. « Contrairement à Facebook et même Youtube, Twitter est un réseau social très professionnel », note l’agriculteur. Le compte Twitter (@fragritwittos) permet aux agriculteurs de communiquer entre eux et avec le grand public. Ils ont tous des histoires, des parcours différents. Les réseaux sociaux leurs permettent d’échanger sur leurs pratiques et les problèmes rencontrés. « Il y a autant d’agriculteurs que de manières de produire », constate Cyrille Champenois.

Mais comment conjuguer la profession exigeante d’agriculteur avec une activité sur les réseaux sociaux ? Si écrire un tweet ou poster une photo prend peu de temps, tourner une vidéo et la monter demandent plus de travail. Pour Étienne Fourmont, réaliser des vidéos est un plaisir mais « la charge de travail que nécessite notre métier est énorme ». Ses vidéos lui demande beaucoup de temps et ne lui rapportent rien. Une vidéo de quatre minutes nécessite jusqu’à six heures de montage pour l’éleveur. Ses parents, dont il a hérité de la ferme, jugent ce passe-temps chronophage.

Etienne Fourmont monte toutes ses vidéos Youtube à partir de sa tablette.

Théo Joyeux a eu le droit aux mêmes remarques de la part de sa famille. Mais qu’à cela ne tienne. « Je ne vois pas le temps passer quand je monte mes vidéos », avoue l’adolescent. Lui qui se fixe le rythme d’une vidéo par semaine concède qu’il est parfois compliqué de respecter cette cadence.

Aujourd’hui, le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) fournit du matériel à Etienne Fourmont et quelques autres youtubeurs pour faire des vidéos de meilleure qualité. L’organisme professionnel en profite pour utiliser certains youtubeurs afin de servir ses intérêts. « Si le discours pour réhabiliter l’image de l’agriculture vient des éleveurs plutôt que des syndicats, c’est mieux, dixit l’ancien responsable syndical des Jeunes agriculteurs de la Sarthe. Avec les syndicats il y a toujours une suspicion sur le discours. »

Justine Brichard

@JustineBrichard
25 ans.
Étudiante en année spéciale de journalisme à l’EPJT
Est passée par les bancs de la fac pour étudier l’histoire.
A fait ses armes pendant près de deux ans à La République du Centre. Est récemment passée par Ouest-France et espère poursuivre l’aventure. Aime le sport, la musique, les sciences du comportement, les choses simples de la vie… Parler des autres, mais surtout pas d’elle. Se destine à la presse écrite. 

 

Adrien Petiteau

22 ans
@AdrienPetiteau
Étudiant en Année spéciale de journalisme à l’EPJT
Titulaire d’une licence d’histoire
Passé par Ouest-France et bientôt TV Tours.
Souhaite poursuivre en télévision. 

Ewen Renou

@EwenRenou.
21 ans.
Étudiant en Année spéciale de journalisme à l’EPJT.
Titulaire d’une licence d’histoire. Passé par Le Petit Vendômois et Radio Campus Lille.
Mordu de ballon ovale depuis le plus jeune âge.
Se destine au journalisme sportif en presse écrite

Innova est un magazine réalisé chaque année par les étudiants en Année spéciale de l’EPJT. Cette année, le numéro est consacré aux agriculteurs. Si le magazine vous intéresse, vous pouvez
– le commander à l’EPJT, 29, rue Pont-Volant, 37000 Tours en envoyant une enveloppe timbrée au format 21x29,7
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