Jusqu’ici réservés aux étudiants aux écolos purs et durs, le covoiturage connaît une seconde jeunesse, grâce notamment aux sites internet qui le rendent plus aisés d’utilisation. Il suffit maintenant de quelques clics pour bénéficier d’un moyen de transport sécurisé, encadré, accessible, et peu onéreux. Leader de ce nouveau marché, covoiturage.fr. Une simple inscription permet d’avoir accès à l’ensemble du site, de proposer ou de chercher un moyen de locomotion pour se rendre dans n’importe quelle ville de France.

Par Charlotte Bahuon

Porte de Saint-cloud, 16e arrondissement de Paris. Plusieurs personnes, chargées de valises, sac à dos et bagages patientent à l’ombre de l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal. Comme chaque vendredi, c’est ici le lieu de rendez-vous préféré des « covoitureurs. » Une Clio grise immatriculée dans le 93 se gare et s’arrête. « Patrice ? » Un homme, la quarantaine acquiesse. « Oui c’est moi. Agnès ? Mireille ? Bonjour ! » Les présentations faites, les bagages entassés avec plus ou moins de bonheur dans le coffre, la voiture peut démarrer, direction la Bretagne. Ces trois personnes ne se connaissent pas et pourtant elles vont partager quelques centaines de kilomètres. Elles se sont contactées via le site covoiturage.fr, leader du genre en France.

C’est lors de ses études d’ingénieur aux Etats-Unis que Frédéric Mazella découvre le covoiturage. Une fois rentré à Paris, le jeune homme abandonne la voiture. Mais, un week-end, il ne peut rejoindre sa Vendée natale car les trains sont bondés. Il ne trouve aucune solution de rechange et réalise qu’il n’existe pas de système de mise en relation entre conducteur et « covoitureurs ». Il décide alors de créer covoiturage.fr. Nous sommes en 2005. Aujourd’hui, le site internet compte quelque 600 000 membres.

Une solution qui a séduit Agnès, 30 ans, chargée de projet dans l’environnement en région parisienne : « Je suis bretonne et j’apprécie de pouvoir rentrer voir mes parents. Le covoiturage, c’est économique, écologique et c’est un vrai échange. Je rencontre de nouvelles personnes. C’est tellement plus convivial que de rouler seule. »

Un avis partagé par Mireille, 65 ans, retraitée : « Je vais à Baud, chez ma fille, et c’est assez mal desservi. En voyageant avec Patrice, je gagne du temps et de l’argent. La SNCF c’est devenu tellement cher, même avec les cartes de réduction ». Patrice, le conducteur, est, lui, un adepte du covoiturage depuis près de vingt ans : « J’utilisais déjà un système avec abonnement via le Minitel. Aujourd’hui, avec Internet, c’est plus rapide, plus clair et gratuit. Tout le monde y gagne. Nous partageons les frais, c’est un échange de bons procédés. »

Messagerie gratuite, possibilité de masquer son numéro de téléphone, système de GPS et site web disponible sur téléphones mobiles : tout est pensé sur covoiturage.fr pour rendre le service le plus efficace possible. Face au septiques, les trois voyageurs sont unanimes : « En règle générale, cela se passe bien entre les gens. Les relations sont cordiales et réglo. Après, il y a toujours des bêtes noires qui ne répondent pas ou vous posent un lapin. Mais le site permet de les repérer grâce au système d’avis et de notations. »  Agnès complète : « Dans la sélection, pour trouver mon covoiturage, je peux demander à ne voyager qu’avec des femmes. On peut également choisir fumeurs ou non, de transporter des colis et d’accepter les petits ou gros bagages, ou les animaux. Cela évite les mauvaises surprises. » Mireille émet néanmoins un bémol : « Certaines personnes mal intentionnées ont créé un vrai bussiness. Elles conduisent des minibus pour prendre le maximun de passagers et augmenter les prix. Elles font de gros bénéfices et avouent sans gêne qu’elles touchent en parallèle des allocations chômages. Mais ce n’est qu’une minorité, très éloignée de l’état d’esprit du covoiturage. »

Les grèves de la SNCF ont assuré le succès du système. En avril, le site a vu sa fréquentation doubler. Une solution alternative et écologique, que ce soit sur de longues distances ou pour des trajets professionnels. un créneau que le site souhaite développer en proposant de mettre en relation les membres d’une même entreprise pour des trajets réguliers. Il est entré en contact direct avec des entreprises ou des municipalités, comme celle de Montrouge, par exemple. Une solution qui n’enthousiasme pas Agnès : « Au quotidien, je préfère utiliser les transports en commun. Mes collègues n’ont pas les mêmes horaires. Nous restons tributaires les uns des autres. Et puis, le matin, j’aime écouter de la musique, mon collègue les infos. Si l’un est malade, c’est compliqué à gérer. Je préfère réserver le covoiturage pour mes déplacements en province. »

Pour Patrice, Agnès et Mireille, c’est déjà la fin du voyage, après quatre heures de route sans encombres. Mireille n’a pas vu le temps passer : « On a parlé tourisme, covoiturage, Bretagne, vie professionnelle. Une fois encore, j’ai fait de jolies rencontre ! Grâce aux conseils d’Agnès, je crois que je vais tenter le Canada pour mes prochaines vacances ! » Chacune verse 23 euros au conducteur, le prix du trajet fixé sur le site. « J’attends vos notes dès ce soir », plaisante Patrice. On s’embrasse et on se dit à une prochaine fois. Agnès retrouve sa mère, Mireille sa fille. Le week-end peut débuter.

La tarification des trajets

Le site covoiturage.fr calcule automatiquement le coût du parcours par passager, soit le prix de l’essence + le péage, divisé par trois. Le conducteur « paie » déjà sa place en assurant le bon entretien et le fonctionnement de son véhicule. Dans la pratique, les conducteurs peuvent fixer leur prix, mais pas plus d’une fois et demie le tarif donné par Covoiturage.fr. Le site tente ainsi d’éviter au maximun les dérives, mais ne peut rien contrôler.

Exemple : un Paris-Lyon coûte 30 euros de péage + 60 euros d’essence = 90 euros, soit 30 euros par passager.

Les plus du site covoiturage.fr

Le site propose des pages entièrement consacrées à des événements, tels des concerts, des salons ou des festivals. Il suffit de se connecter sur covoiturage.fr sous la rubrique « Agenda by Comunto ». Tous les covoiturages pour chaque date y sont répertoriées. A noter, qu’il existe également une page dans « Accès Rapides » pour chaque région : Bretagne, Limousin, Centre et même Martinique ou Guadeloupe.

Exemples d’itinéraires

Le covoiturage peut se pratiquer sur toutes les distances et peut relier n’importe quelles villes entre elles.

Paris-Rennes : Moins cher : 15 euros – Plus cher : 37 euros – prix moyen 23 euros.
Bordeaux – Nantes : Le moins cher : 11€ – Le plus cher : 51€ – Le prix moyen : 22€.
Toulouse – Montpellier : Le moins cher : 1€ – Le plus cher : 40€ – Le prix moyen : 17€
Lille – Paris : Le moins cher : 9€ – Le plus cher : 89€ – Le prix moyen : 16€
Tours – Paris : Le moins cher : 4€ – Le plus cher : 40€ – Le prix moyen : 18€