“J’avais envie

de travailler pour moi”

1989 NAISSANCE
2013 MASTER ÉCOLE DE COMMERCE
2015 MASTER ESJ LILLE
2016-2019 CORRESPONDANTE À new york
2018. LANCEMENT DU PODCAST

Vous avez d’abord fait un master de commerce avant une carrière en journalisme. Que s’est-il passé ?

Chloé Cohen. Je pense que j’ai toujours voulu être journaliste. Mais à 18 ans j’ai eu du mal à m’imposer vis-à-vis de mes parents et de moi-même, donc je suis partie en prépa, une filière assez généraliste. Mais au bout de deux ans de prépa et quatre d’école de commerce je savais ce que je voulais vraiment faire ! Donc j’ai suivi ma voie, vers le journalisme, avec deux ans en école, à l’ESJ Lille.

Quel a été votre parcours après l’école ?

C. C. Je voulais être correspondante à l’étranger ! Après un an de piges et de CDD à Paris, je suis partie à New York pendant trois ans. Mais je me suis rendue compte que ce n’était pas exactement fait pour moi. Quand on suit l’actualité avec un gros décalage horaire comme entre Paris et New York, le terrain se fait rare. 

On a quelques heures le matin pour écrire un article qui sera publié dans le journal du lendemain. Avec Donald Trump, le contexte faisait que je passais beaucoup de temps derrière mon ordinateur à faire du commentaire politique. Le terrain me manquait.

Quand est venue l’idée de créer le podcast ?

C. C. J’avais une formation radio et j’ai découvert le podcast aux États-Unis. Je me suis dit que c’était un bon moyen de faire ce dont j’avais envie : être en contact avec les gens, faire des interviews, de la radio et avoir une liberté sur le choix des sujets et des personnes. Même en école de journalisme je n’y avais pas pensé !

Pourquoi ce besoin d’entreprendre en solo et seulement quatre ans après la fin de vos études ?

C. C. J’avais besoin de m’engager et de pouvoir choisir mes sujets librement sans rendre de compte. J’ai adoré ces trois ans à New York mais il me manquait quelque chose. J’avais envie de travailler pour moi !

Quel a été le cheminement jusqu’à sa création ?

C. C. J’y réfléchissais depuis janvier 2018. Il m’a fallu le temps d’angler correctement le sujet, je voulais faire quelque chose sur la mode responsable depuis longtemps mais je devais en être sûre, trouver un nom, des personnes à interroger. Et avoir le culot. J’avais un peu peur du jugement. J’étais assez réservée. Puis, j’ai acheté deux micros, j’ai enregistré une dizaine d’interviews et le podcast est sorti officiellement en septembre 2018.

Photo Chloé Cohen

Pourquoi ce thème de la mode responsable ?

C. C. C’est un sujet qui me tient à cœur car il réunit le féminisme, l’environnement, l’égalité et les droits humains. L’industrie de la mode a des conséquences dramatiques. Il y a une vraie prise de conscience sur les enjeux liés à notre alimentation et à notre consommation. Aujourd’hui, cette prise de conscience touche aussi le milieu de la mode. J’ai voulu participer à cet éveil. Ne pas simplement parler des problèmes mais aussi des initiatives positives, dire que c’est possible de faire autrement, de parler de l’engagement des femmes, de leur existence…

Des personnes qui vous aident-elle ?

C. C. Je travaille avec un ingénieur du son. Moi je m’occupe des enregistrements et du montage. Lui fait le mixage des épisodes. C’est un ami qui a aussi son podcast.

Le manque de réseau a-t-il été un frein au développement du projet ?

C. C. Je m’attendais à ce que ce soit compliqué car je ne suis personne. Mais dans le milieu de la mode responsable, les femmes sont hyper engagées, elles aiment parler de ce qu’elles font, partager avec les autres. Elles étaient enthousiastes et partantes ! Ça a été une très belle surprise. Le podcast devient un média populaire. Avec le format radio, on développe une intimité avec les invités. Même si certains ou certaines ne sont pas très à l’aise avec le micro, au bout de cinq minutes, tout le monde l’oublie.

Comment faites-vous financièrement ?

C. C. J’ai rejoint une régie publicitaire et je commence progressivement à monétiser le podcast avec du sponsoring. J’ai aussi un travail à côté, je travaille à mi-temps pour 50-50 magazine, un média en ligne sur les droits des femmes et le féminisme. J’espère un jour pouvoir gagner ma vie avec le podcast. Mais c’est encore compliqué.

Pensez-vous à arrêter votre métier pour vous investir à 100 % ?

C. C. C’est un CDD donc ce travail va de toute façon s’arrêter. Je suis déjà pas mal investie sur le podcast. Mais d’ici la fin de l’année, j’espère avoir des sponsors réguliers.

Comptez-vous lancer une campagne de crowfunding ? 

C. C. C’est même déjà fait. J’ai décidé de me lancer il y a plusieurs mois et j’ai réussi à atteindre mon objectif. Cela m’a principalement permis de rémunérer un peu l’ingénieur du son qui travaille avec moi et d’acheter du meilleur matériel.

Quand vous vous êtes lancée, aviez-vous envisagé la possibilité que cela ne fonctionne pas ?

C. C. Bien sûr. Mais je me suis dit : « Ce n’est pas très grave, de toute manière personne ne t’attend ! Tu verras bien, au pire, il y aura 10 personnes et ce sera déjà ça. Tu feras ce que tu aimes. Tu vas essayer, et si c’est un échec tant pis ! Tu feras autre chose. » Ça m’a traversé l’esprit, que le sujet n’intéresse que moi.

Maintenant vous publiez des épisodes à intervalle régulier. Les audiences sont-elles bonnes ?

C. C. Les chiffres sont au rendez-vous, je suis contente. Je suis encore loin des très gros podcasts français mais l’audience augmente donc c’est bon signe. Et c’est déjà une belle réussite pour moi, à mon niveau. J’ai aussi lancé deux nouveaux formats pour élargir cette audience justement : Les Bonnes Nouvelles, un format très court pour résumer les bonnes nouvelles de la semaine pour la planète, les droits des femmes et l’industrie textile. Et des reportages Sur la route pour partir à la rencontre des acteurs et actrices du changement, qui s’engagent sur le terrain pour une mode plus responsable.

L’interview a été réalisée au printemps 2019

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