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Seniors et pouvoir d’achat

Les étudiants de première année ont travaillé sur des thématiques articulées sur un reportage et un portrait. Parmi leurs préoccupations le sort des seniors (mais oui)… Voici leurs productions.

La bonne santé des résidences médicalisées. D’année en année, l’écart de pouvoir d’achat entre les seniors se creuse. Certains retraités ont les moyens de séjourner dans des résidences médicalisées très confortables. Aux Dames Blanches, tout est fait pour ces pensionnaires exigeants. D’autres doivent reprendre une activité pour compenser une trop maigre pension. Que ce soit pour des raisons de précarité ou par refus de rester inactif, près de 400 000 retraités cumulent emploi et retraite. La carrière professionnelle de Gisèle V. a toujours été en dents de scie, entre petits boulots et chômage. « J’ai privilégié ma famille à ma vie professionnelle », reconnaît-elle. A la retraite depuis 2009, elle touche une maigre pension. Mais elle refuse de se laisser abattre. Alors pour arrondir ses fins de mois, elle a retrouvé un emploi. Portrait d’une battante.

La “silver economy” des loisirs. Au niveau culturel, on retombe sur la même dualité. Une partie des seniors ont un réel pouvoir d’achat. C’est une clientèle très en demande d’activités culturelles et de voyages.  Une clientèle sur laquelle comptent les acteurs du tourisme et de la culture en Touraine. D’autres, plus modestes sont obligés de faire attention. Christian et Sylvie Debauve sont entre les deux. « Nous n’allons pas au-delà de nos moyens financiers », affirment-ils.  Ils n’appartiennent pas à la catégorie des cadres supérieurs, mais ayant connu une vie professionnelle sans chômage, ils vivent confortablement. Ils voyagent un peu mais consacrent aussi beaucoup de temps et d’argent au bénévolat au sein de plusieurs association. Histoire de retarder le plus possible la « vraie » retraite.

La bonne santé des résidences médicalisées

D’année en année, l’écart de pouvoir d’achat entre les seniors se creuse. Certains retraités doivent reprendre une activité pour compenser une trop maigre pension. D’autres ont les moyens de séjourner dans des résidences médicalisées très confortables. Aux Dames Blanches, tout est fait pour ces pensionnaires exigeants.

Aujourd’hui, les résidences médicalisées pour seniors se distinguent par la qualité de leurs prestations santé et de leurs services. Très prisés, ces établissements sont aussi un investissement de choix pour des entreprises spécialisées telles que Korian, Médica, Orpéa. Ces trois-là sont françaises et leaders sur le marché européen. Si on en croit le syndicat national des résidences avec services pour les aînés, la part des résidences médicales pour seniors devrait doubler d’ici 2020.

L’expansion du marché s’explique principalement par le vieillissement de la population française. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) estime qu’un tiers des français aura plus de 60 ans en 2060. Les plus de 85 ans seront près de cinq millions à ce moment-là, contre un peu plus d’un million à l’heure actuelle. Cette projection oriente ainsi l’économie de demain vers les seniors. Ce qu’on appelle la « silver economy » a été retenu par la Commission innovation 2030 comme une des sept ambitions capables constituer les sept piliers essentiels pour « assurer à la France prospérité et emploi sur le long terme ».

Les résidences médicalisées sont au centre de cette économie. Celle des Dames Blanches, à Tours, a ouvert ses portes en juin 2012, il y a presque quatre ans. Située sur le boulevard Preuilly, à quelques pas des bords de Loire, cette résidence moderne accueille des personnes âgées en séjour permanent ou temporaire dans des chambres individuelles aménageables. Comme beaucoup d’autres résidences et de maisons de retraite, elle surfe sur la demande des résidents de personnalisation. Ils peuvent apporter leurs meubles et leurs photos. « Nous nous sentons comme chez nous ici », assure Madeleine Janton. Elle a choisi cet établissement pour sa renommée. Il faut dire que les lieux sont particulièrement accueillants. La résidence est très colorée. Les espaces de vie collectifs sont nombreux. La salle de restauration aux tons pastels est lumineuse, presque chic.

L’écoute, l’implication et les services sont les clés du succès de ces établissements destinés à une clientèle aisée. Car les frais de location, environ 2 500 euros par mois, ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Dans son rapport annuel, publié en juin 2015, le Conseil d’orientation des retraites (COR) montrait que, fin 2012, seulement un quart des retraités percevaient une pension mensuelle de plus de 2 000 euros.

Alors forcément, ceux qui ont les moyens de séjourner ici ne se plaignent pas. « J’ai rendu visite à des amis dans des résidences misérables. Il n’y avait rien, aucune distraction. L’ambiance était pesante. On entendait résonner le bruit des couteaux et des fourchettes. C’était très triste », se souvient la pensionnaire Monique Millereux, ancienne greffière dans un tribunal et pensionnaire des Dames Blanches. L’animatrice Corinne Cirot souligne que de telles résidences tendent à disparaître. Mais comment être sûr de les éviter ? Car le problème principal est que les retraités n’ont pas toujours le choix, notamment quand ils sont dans l’urgence de trouver une résidence médicalisée. Les places sont chères dans tous les sens du terme. « Les retraités n’ont pas toujours le choix. La plupart des résidences sont surchargées et les demandeurs se retrouvent sur liste d’attente », reconnaît l’animatrice. Certains ne peuvent pas aller où ils veulent malgré un pouvoir d’achat élevé.

Les Dames Blanches font partie de ces résidences qui affichent complet. Aujourd’hui, les 96 chambres sont occupées. Mais cet effectif conséquent n’empêche pas Corinne Cirot d’être au plus près des résidents. L’animatrice explique que le travail est axé sur l’accueil et la prise en considération des nouveaux arrivants. « Chaque fois qu’une personne s’installe, nous discutons avec elle afin d’adapter et orienter nos services. » Et les services, ce n’est pas ce qui manque. Les habitants ont accès à de nombreux soins, allant du passage au salon de coiffure à la détente dans le jardin thérapeutique. Une kinésithérapeute, une psychologue, une socio-esthéticienne et une art-thérapeute sont également présentes pour les résidents. Personnel que l’on peut également trouver dans des maisons de retraite publiques.

Corinne Cirot propose trois activités quotidiennes. « J’essaye de varier d’une semaine à l’autre. Le plus souvent, nous faisons des jeux et des exercices mais il nous arrive de sortir et d’assister à des spectacles. Nous avons également des partenariats avec quelques associations locales », explique l’animatrice. Un dévouement qui plaît aux résidents. « Corinne est très présente et abordable. Elle nous est précieuse », reconnaît Monique Millereux.

En ce début d’après-midi, c’est une partie de belote qui se profile dans le hall. C’est l’occasion de papoter et d’évoquer les points faibles de la maison. Et visiblement, aux yeux des joueurs, il n’y en a pas. « Ah si ! Mon éclairage dans la salle de bain est défectueux depuis ce matin », signale une pensionnaire tout sourire. Une autre tient à préciser : « Le cadre de vie est très agréable. Le personnel est sympathique. Je me plais bien ici. »

Il faut monter au premier étage pour mettre un bémol à ce concert de louange. Epuisée par la maladie, Monique Perrault n’a plus la force de sortir de sa chambre. Elle reconnaît que la qualité de vie aux Dames Blanches est supérieure à celle de bien d’autres résidences où vivent ses amis. Mais elle regrette toutefois le manque de diversité des activités. « C’est un peu répétitif désormais. Avant, nous faisions de tout. Par exemple, lorsque je suis arrivée, nous avons réalisé une pièce de théâtre. J’aimerais qu’il y ait des activités plus variées. » Une exigence compréhensible au vu du tarif.

Simon BOLLE et Léna SOUDRE

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« J'ai privilégié ma famille à ma vie professionnelle »

Que ce soit pour des raisons de précarité ou par refus de rester inactif, près de 400 000 retraités cumulent emploi et retraite. La carrière professionnelle de Gisèle V. a toujours été en dents de scie, entre petits boulots et chômage. A la retraite depuis 2009, elle touche une maigre pension. Mais elle refuse de se laisser abattre. Alors pour arrondir ses fins de mois, elle a retrouvé un emploi. Portrait d’une battante.

Petite, cheveux bruns et courts, vêtements sombres, Gisèle V. est une femme discrète. Son apparence fragile cache un tempérament dynamique et plein de ressources. Jeune retraitée, elle ne touche que 840 euros par mois. Son cas n’est pas isolé. Dans son rapport annuel publié en juin 2015, le conseil d’orientation des retraites révélait que près d’un quart des retraités percevaient une pension mensuelle de moins de 800 euros. « Lorsque les comptes ont été faits, j’étais catastrophée », confie-t-elle. Elle était loin de s’imaginer que sa pension serait inférieure à 1000 euros. Et elle avoue avoir obtenu moitié moins de ce que qu’elle pensait en retraite complémentaire.

L’histoire de Gisèle est simple. « Je me suis mariée et j’ai quitté la Touraine pour la Vendée. » Avant ce départ, elle travaillait pour une boutique de chaussures située à l’époque rue Nationale, à Tours. La société n’avait qu’une succursale à Nantes à lui proposer. Trop loin pour Gisèle. « J’avais une vie familiale », se justifie-t-elle. Sur la côte, elle cumule les travaux saisonniers. Des contrats qui vont rarement au-delà de six mois. Et avec des contraintes pour sa famille : elle travaille quand ses enfants sont en vacances. Les aînées doivent s’occuper du petit dernier alors en bas âge. Le reste de l’année, Gisèle est au chômage. A cause de cette carrière incomplète, elle n’a pas pu cumuler assez de points pour sa retraite. « J’ai privilégié ma vie familiale à ma vie professionnelle. » Elle ne regrette pas totalement ce choix car elle est heureuse d’avoir pu se consacrer à ses enfants. Elle regrette juste de ne pas avoir assez pensé à elle.

Une situation fragile, mais qui ne l’abat pas. Lorsqu’elle apprend le montant de sa pension, Gisèle se ressaisit immédiatement. Il est inenvisageable pour elle d’aller frapper à la porte des Restos du cœur ou d’autres associations. Elle se lance d’abord dans la vente à domicile du robot de cuisine multifonctions. Mais à son retour en Touraine, il y a quatre ans, elle perd toute sa clientèle. « J’arrivais pimpante et tout mon travail a été réduit à néant », soupire-t-elle. Déroutée et désemparée, elle se tourne vers l’association le Moulin, à Veigné. Elle y devient animatrice d’art floral et s’occupe aussi de l’achat des fournitures pour toute l’association. « Cette activité est minime pour le moment, mais intéressante. En commerce, on ne débute pas sur les chapeaux de roue. Il faut réussir à se faire connaître », souligne-t-elle. Les cours qu’elle donne sont un petit complément qui accompagne sa passion. Elle avait envisagé de devenir auto entrepreneuse, mais c’était trop risqué au vu de sa petite activité. Pour elle, ce qui prime avant tout, c’est la sécurité.

Toujours par souci de sécurité, Gisèle a fait le choix de devenir propriétaire. « Un apport m’a permis de saisir cette chance. » Elle ne pouvait pas se permettre de payer un loyer trop conséquent avec sa petite pension. Les résidences pour personnes âgées ne sont pas non plus à l’ordre du jour. Et de doute façon elle n’en aurait pas les moyens. « Une partie  du logement n’est pas payée mais cela me coûte moins cher qu’une location. Et il restera un héritage pour les enfants », résume-t-elle. Dans ses propos, il est souvent question de ses enfants : « Je leur répète de ne surtout pas arrêter  de travailler. Il faut qu’ils cotisent toute leur vie parce que le chômage ne rapporte rien. »

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Simon Bolle/EPJT

Gisèle ne pouvait pas participer à la manifestations du 10 mars dernier, lors de laquelle les retraités protestaient contre la baisse de leur pouvoir d’achat. Mais elle serait volontiers descendue dans la rue pour défendre ses droits et ceux des futurs retraités. « Les pensions sont gelées depuis presque deux ans. C’est aberrant. Je touche à peine plus que certaines personnes qui ont beaucoup moins travaillé que moi. C’est une injustice phénoménale. »

Gisèle vit bien le fait de cumuler emploi et retraite car même si elle avait eu une retraite convenable, elle ne serait pas restée inactive. « Et je ne compte surtout pas arrêter ». Et puis elle a trouvé une activité qui lui plaît. Elle ironise sur son sort : « J’ai une longue expérience professionnelle, parce que j’ai commencé à travailler jeune. Une vie bien remplie pour une si petite retraite ! »

Simon BOLLE et Léna SOUDRE

Répartition des retraités “cumulards” en 2014

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« Nous n’allons pas au-delà de nos moyens financiers »

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Saint-Cyr sur Loire, un de ces matins pluvieux. Christian et Sylvie Debauve, 56 et 59 ans, sont installés à la table de la cuisine. Lui, ancien informaticien militaire, est aujourd’hui à la retraite. La marine et l’armée de l’air ont rythmés sa vie pendant trente ans. Elle, travaille en tant qu’assistante à l’Office du Tourisme de Tours. Elle a aussi été secrétaire. Celui fait vingt-huit ans que la famille Debauve vit en Touraine. Leurs trois enfants ont quitté le domicile familial, le chat a lui toujours sa place près de la baie-vitrée. Le couple peut aujourd’hui se consacrer à de nouvelles activités.

Christian nettoie une dernière tâche de miel sur la nappe, signe du petit déjeuner matinal. Il n’y a pas si longtemps, ce petit déjeuner, Christian et Sylvie le prenaient chez leur fils au Mozambique. Mais attention ! Partir en voyage, même pour visiter la famille, cela nécessite une bonne organisation. « Nous commençons à tout préparer un an à l’avance », explique Christian.

Les Debauve rangent leurs voyages en trois catégories : ceux liés aux enfants, les petits week-ends avec les amis et les déplacements pour les associations. « L’été, nous prenons une longue période. Et il y a des petits week-ends tout au long de l’année. Même si ce n’est pas régulier d’une année à l’autre. » Le couple ne correspond pas pour autant au cliché des retraités bien nantis qui partent constamment en week-end ou vers des destinations lointaines. Car s’il mène une vie confortable, il surveille ses comptes de près. Ses dépenses n’augmentent pas mais, explique Christian, les prélèvements (impôts…), si. Au final, le couple constate une baisse de son pouvoir d’achat et veille à ne pas se mettre dans le rouge. Les deux insistent : ils n’appartiennent pas à la catégorie des cadres supérieurs. « Notre but n’est pas de paraître. Nous n’allons pas au-delà de nos moyens financiers », précise Sylvie.

«Je vis ma retraite comme un actif »

vieux coupleSylvie et Christian considèrent toutefois bénéficier d’un réel pouvoir d’achat. Ils profitent de ce confort financier pour donner de leur personne et de leur temps à des associations tourangelles : Lions Club, Florilège vocal, Saint-Lazare hospitalier… « Avec un pouvoir d’achat plus faible, nous ne pourrions pas faire ces choix, constate Christian. Nous sommes très organisés au niveau des budgets : un sixième de nos revenus est consacrés aux voyages et aux sorties, dont un tiers aux associations. » Christian aime les chiffres, et Sylvie reconnaît volontiers qu’il est le comptable de la maison.

S’appuyant sur ses compétences en informatique, très recherchées par les associations, Christian fait ses premiers pas de bénévole en 2008. Dès la première année de sa retraite, il réalise ou met à jour les sites internet de différents groupes. Et notamment celui de Saint-Lazare hospitalier, cette association qui se charge de récupérer du matériel médical pour l’envoyer en Afrique, afin de répondre aux besoins des hôpitaux locaux. Il l’a conçu et en assure la maintenance. Idem pour le site de la chorale du Florilège Vocal. Il a de plus formé un jeune à tous les arcanes de la conception d’un site web.

Avec toutes ces activités, Christian Debauve a tout d’un actif. Son engagement associatif lui permet de repousser un peu plus la vraie retraite, celle où il aura le temps de cultiver ses salades, lire et aller au cinéma. Sylvie aussi, s’engage sur son temps libre. Elle est investie dans le Lions Club, association de service à la personne. Sans oublier le Florilège Vocal avec son mari. « Nous aimons participer à différents projets, parfois chacun de notre côté. »

Les amis plaisantent beaucoup sur leur agenda bien garni. Difficile de les contredire quand on passe en revue leurs nombreuses activités.Christian tente de relativiser. Ses actions au sein de Saint-Lazare hospitalier ne lui prendrait qu’un tiers de son temps. Sylvie rétorque : « Plutôt la moitié ! »

Le couple regrette fortement le manque d’implication des jeunes générations. Ce constat inquiète Sylvie : « A presque la soixantaine, nous faisons partis des petits jeunes. »

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Ils sont entrés dans le troisième âge sans vraiment s’en apercevoir. « Nous avons une retraite confortable, mais nous ne sommes pas une génération dorée. Nous avons juste eu de la chance », tranche Christian. Le couple n’a jamais connu le chômage. Leurs trois enfants ont aujourd’hui entre 30 et 33 ans. Ils ont pu les aider, même s’ils auraient aimé en faire plus. Ils se sont engagés depuis, dans l’aventure du bénévolat. Pour eux, « aider les autres n’est pas qu’une question de pouvoir d’achat ».

Hugo NOIRTAULT et Manon VAUTIER-CHOLLET

Que savez-vous des revenus des seniors

Pouvoir d’achat, bénévolat, pauvreté, loisirs… Quand on sonde le porte-monnaie des seniors, les réalités sont diverses et hétérogènes. Six questions pour tester vos connaissances et idées reçues sur le sujet.

A partir de quel âge est-on senior ?

55 ans

60 ans

65 ans

Quel est le pourcentage de seniors qui considèrent la culture comme « importante » ou « très importante » ?

40%

Entre 60 et 70%

90%

Quel est le pourcentage des plus de 65 ans parmi les bénévoles associatifs ?

36%

47%

58%

Quel est le revenu moyen d’un retraité ?

1 250 euros/mois

1 350 euros/mois

1 450 euros/mois

Quel est le montant du minimum vieillesse ?

759,50 euros/mois

800,80 euros/mois

1 100 euros/mois

Quel est le pourcentage des retraités qui gagnent moins de 900 euros par mois ?

10 %

25 %

40 %

Beaucoup d’idées reçues

Félicititations

La “silver economy” des loisirs

Une partie des seniors ont un réel pouvoir d’achat. C’est une clientèle très en demande d’activités culturelles et de voyages.  Une clientèle sur laquelle comptent les acteurs du tourisme et de la culture en Touraine.

Pascale prépare l’ouverture de l’agence Eden Tours. Lunettes sur le nez, la conseillère voyage déballe un carton rempli de brochures siglées Fram. Au même moment à l’étage de l’Office du tourisme de Tours, Simone organise l’accueil de groupes qui souhaitent visiter la Touraine. Voyage en car, visites de châteaux, repas… il y en a pour tous les goûts. Toujours en centre-ville, Adrien, jeune directeur du cinéma CGR, s’attelle à la programmation des retransmissions d’opéra sur grand écran. Pascale, Simone et Adrien ont un point commun : leurs principaux clients sont des seniors.

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Avenue de Grammont, l’agence Eden Tours donne la tendance pour les prochaines vacances. Valises disposées sur le sol, bambou au mur, le décor donne tout de suite un air de vacances. Pascale est, à 56 ans, une senior qui conseille les seniors. « Ce sont les retraités entre 70 et 75 ans qui voyagent le plus », explique-t-elle. Les quinquagénaires voyagent beaucoup, eux aussi. « Le Vietnam, la Thaïlande et l’Asie du Sud sont très populaire en ce moment. Il y a toutefois des valeurs sûr, comme l’Ouest Américain, New York, et la Floride, jamais boudées », poursuit-elle tout en continuantson va-et-vient entre le fond de la remise et son bureau.

Elle le reconnaît, les 50-60 ans sont une clientèle privilégiée des opérateurs de tourisme. « Il faut savoir cibler. L’expérience nous montre que les jeunes seniors aiment partir en voyage entre amis. » Sur l’ensemble de la clientèle de l’agence, un tiers sont des retraités de 65 ans et plus. On les retrouve environ deux fois par an, au printemps puis en été. « En ce moment, ils se ruent tous vers la Grèce, le Portugal et la Crète. » Et le budget ?  « Même s’ils sont conséquents, ils ne sont pas non plus exorbitants. Ils avoisinent les 1000 euros par personne », détaille-t-elle. De l’autre côté de la vitrine, plusieurs passants s’arrêtent pour scruter les offres de la nouvelle saison.

A quelques pas de la gare, un des deux cinémas du centre-ville. Adrien Gacon est, à seulement 27 ans, le directeur du  CGR de Tours Centre. Dans son bureau, une immense affiche d’X-Men vole la vedette au poster de Zootopie. Mais à bien y regarder, on peut aussi entrevoir des promotions pour un tout autre type de spectacle : des opéras et des ballets. Ils sont proposés depuis cinq ans au public tourangeau. « La demande est là on sait qu’elle existe, et nous essayons d’y répondre pour toutes les catégories de spectateurs », explique Adrien. Toutes les catégories sans doute, mais c’est une clientèle de seniors dynamique et citadine qu’il essaye de satisfaire en priorité. « Si cette offre s’adresse à tout le monde avec pour objectif premier de populariser les opéras auprès d’une clientèle non initiée, force est de constater que la majorité des clients sont des seniors », reconnaît-il.

Le tarif est unique, 19 euros pour un spectacle en direct et sur grand écran. Moins chèr et plus accessibles que les spectacles originaux donc.  Mais il ne faut pas croire que les seniors se cantonnent aux à ces représentations. Ils se déplacent également pour un blockbuster américain ou une comédie française. « Ils représentent près de 15 % de notre clientèle. » On remarque leur présence surtout l’après-midi et en période de faible affluence. Ainsi, à 15 h 30, quand on pousse la porte du complexe, on note peu de jeunes. Mais une dizaine de retraités patientent dans le hall d’entrée.

« Le pouvoir d’achat est forcément là »

Au premier étage de l’Office du Tourisme de Tours, toutes les portes restent ouvertes. La mission se Simone et de son équipe est de vendre et d’organiser des séjours touristiques dans le Centre-Val-de-Loire. Les seniors sont « adeptes des voyages de groupe », selon la responsable.

Les associations sont, elles aussi, très demandeuses de ce type de séjours. « Nous recevons beaucoup d’anciens des écoles d’ingénieurs ou des arts et métiers. » Comme pour Eden Tours, le plus gros de la clientèle, ce sont les seniors de plus de 70 ans. Ce qui les attire le plus en Touraine ? Les châteaux de la Loire, bien sûr. D’après une enquête de l’Observatoire de l’économie et des territoires de Touraine, Chenonceau, avec ses  avec 850 000 entrées annuelles, serait le deuxième château le plus visité en France après celui de Versailles. Les châteaux d’Amboise, d’Azay-le-Rideau, de Chenonceau, de Chinon, du Clos Lucé à Amboise, de Langeais, d’Ussé, de Villandry et le Donjon et château de Loches sont parmi les dix monuments les plus visités en Touraine.

Pour visiter un château, il faut compter 10 euros par personne minimum, auxquels s’ajoutent guide, déjeuner et car. A la fin de la journée la note avoisine les 80 euros par personne, sans compter la nuit d’hôtel. « Tous ceux qui achètent un voyage chez nous ont un certain budget. »

La moyenne de séjour est plutôt courte en groupe : « Ce style de clients reste deux ou trois jours. » Ils ne souhaitent pas s’éloigner trop longtemps de chez eux. Les téléphones ne cessent de sonner, le tourisme se porte apparemment bien en Val de Loire. Simone le reconnaît, « si nous n’avions plus cette clientèle senior, notre activité baisserait assurément ».

Hugo NOIRTAULT et Manon VAUTIER-CHOLLET

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