Partager par e-mail Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Google+

Le sport dans tous ses états

Les étudiants de première année ont travaillé sur des thématiques articulées sur un reportage et un portrait. Parmi leurs préoccupations un thème très porteur chez les journalistes en herbe le sport… Voici leurs productions.

IMG_2003-1

Dopage : le petit coup de boost des handisportifs. A quelques semaines des JO de Rio, le dopage éclabousse à nouveau le milieu sportif. Le 27 mai, le Comité international olympique révèle que les analyses de 23 athlètes ayant participé aux JO de Londres en 2012 sont positives. Quelques jours auparavant, ce sont les échantillons de 31 sportifs ayant, eux, participé aux JO de Pékin en 2012 qui se sont révélés positifs. Hormones, cocaïne, Melodium… certains sont prêts à tout pour gagner. Les sportifs handicapés ne sont pas épargnés, mais la technique de triche est bien différente : le boosting. Un os cassé, des fonctions naturelles bloquées ou une coupure suffisent pour augmenter les performances.

Une forme de dopage que le président d’honneur de la Fédération française handisport (FFH) n’avait sans doute pas imaginé quand il promouvait le handisport. André Auberger a consacré sa vie à développer et promouvoir la place des handicapés dans la société en général et dans le sport en particulier. Blessé lors de la guerre d’Algérie, il ne s’est jamais résigné et s’est toujours battu pour faire avancer la situation des handicapés en France.

38503814491_826f21e5c2_z

Danser à la fac pour déstresser. A Tours, 6 500 étudiants pratiquent le sport à l’université. Certains pour évacuer la pression des cours, d’autres pour s’entretenir physiquement. L’une des activités les plus demandées est la Zumba. Chaque mardi soir, une heure durant, les étudiants transpirent au gymnase Grandmont.

24631463788_33e81fa9d4_c

« Sans la boxe, je n’aurais pas fait d’études », affirme Mike Bertili. Depuis cinq ans, ce Guadeloupéen concilie ses études et sa passion pour la boxe thaï. Il a découvert cette discipline à son arrivée à l’université de Tours. Cela a d’abord été un loisir avant de devenir, très vite, sa priorité. Il a du coup demandé le statut de sportif de haut niveau auprès du Suaps.

Le petit coup de boost des handisportifs

A quelques semaines des JO de Rio, le dopage éclabousse à nouveau le milieu sportif. Le 27 mai, le Comité international olympique révèle que les analyses de 23 athlètes ayant participé aux JO de Londres en 2012 sont positives. Quelques jours auparavant, ce sont les échantillons de 31 sportifs ayant, eux, participé aux JO de Pékin en 2012 qui se sont révélés positifs. Hormones, cocaïne, Melodium… certains sont prêts à tout pour gagner. Les sportifs handicapés ne sont pas épargnés, mais la technique de triche est bien différente : le boosting. Un os cassé, des fonctions naturelles bloquées ou une coupure suffisent pour augmenter les performances.

Sur la piste ocre de Saint-Cyr-sur-Loire, les athlètes de l’équipe handisport se préparent. On resserre quelques vis, on vérifie les roues, on enfile des gants. Nasser, 13 ans, retire ses prothèses et grimpe sur son fauteuil de course. Il est prêt à courir. Ici, le dopage est un sujet dont on parle librement. Gwénaël, l’entraîneur, rappelle sans cesse les dangers du dopage à ses jeunes espoirs handisportifs. « Ça n’épargne pas le handisport. C’est présent dans n’importe quelle discipline et à tout âge », explique-t-il. La performance est universelle, qu’on soit valide ou handicapé.

Philippe Ghestem connaît bien le boosting. Il en a fait son combat. Délégué en charge de la prévention et de la lutte contre le dopage à la Fédération française handisport (FFH), il affirme que les pratiques les plus répandues sont la plaie, la fracture et, surtout, la réplétion de la vessie. Réservée aux athlètes qui utilisent une sonde urinaire, la réplétion consiste à boire jusqu’à plus soif avant la compétition, bloquer l’évacuation du cathéter et contracter une infection urinaire. A la clé : des performances augmentées. Thomas*, rugbyman tétraplégique explique : « Cette méthode est douloureuse et inconfortable pour les tétraplégiques. Mais les paraplégiques y sont insensibles, tout comme la fracture. »

S’automutiler pour gagner

Pour Philippe Godin, psychologue du sport et ancien sportif de haut niveau, la principale motivation des handisportifs dopés reste la reconnaissance. « Il y a une certaine forme de compétition et de mimétisme avec les sportifs valides qui sont surmédiatisés, financés et valorisés », affirme-t-il. Même si les primes de podium aux jeux Paralympiques sont les mêmes que celles accordées aux jeux Olympiques, les enjeux financiers du monde handisport et sa reconnaissance internationale sont moindres. « Une médaille Olympique, même de bronze, n’a pas le même effet qu’une médaille Paralympique», déplore Gwénaël.

Pourtant, les exploits handisportifs ne manquent pas : Jamie Andrew, amputé des deux mains et des deux pieds, escalade les plus hautes montagnes du monde ; Philippe Croizon, sans bras ni jambe, traverse la Manche à la nage…

Pour sortir de l’anonymat, certains sportifs, valide ou non-valide, sont prêts à tout. « Pour certains sportifs handicapés, un bras ou une jambe ne représentent plus grand chose. Ce qui compte, c’est le résultat », affirme le psychologue.

 Près de 17 % des handisportifs ont avoué avoir déjà eu recourt au boosting

S’infliger des blessures n’est pas sans risque pour la santé. Du simple mal de tête aux nausées, en passant par l’accident vasculaire, le boosting est dangereux. « Cela a un prix. La guérison est plus longue pour un handicapé qu’un valide. Et comme tout dopage, on peut en moourir », lâche Gwénaël. Selon une enquête menée par le Comité paralympique en 2008, 17 % des handisportifs ont avoué avoir déjà eu recourt au boosting. Des chiffres qui restent assez flous, selon Philippe Ghestem, chargé de la lutte antidopage. Une chose est sûre, « l’athlétisme est l’un des sports les plus touchés ».

Quid des contrôles ? A partir du moment où ils sont reconnus athlètes de haut-niveau, les handisportifs doivent se soumettre aux mêmes exigences que les valides : géolocalisation, suivi longitudinal, contrôles antidopages… En France, comme à l’international, les règles de contrôle sont les mêmes pour tous. A Londres 2012, le nombre de contrôle s’est élevé à près de 1 200 pour 4 200 athlètes. C’est le même prorata que pour les valides. Mais le boosting est une méthode de dopage bien particulière, parfois indétectable. Le contrôle des urines, du sang ou des cheveux sont inefficaces pour le détecter. Selon Philippe Ghestem, « il faut faire une prise de tension avant l’épreuve, mais cela reste peu fiable. » Dernier recours : « Faire uriner les athlètes avant l’épreuve. »

Thomas* ne s’est jamais dopé. Le boosting a tendance à l’agacer: « Quand on entend que 30 % des handisportifs se dopent, cela me fait bien rire. » Il explique que chez certains handicapés, le boosting est involontaire. A force d’infections urinaires (involontaires), il devient un état normal . « Cela se solde par des pics (boosting) et des creux (inhibant). Mais on ne peut pas comparer ça à du dopage. » L’étude du Comité paralympique révèle aussi que plus de 40 % des athlètes handicapés interrogés n’avaient jamais entendu parler du boosting. La pratique reste donc rare. Mais le comité antidopage de la FFH n’est pas dupe : « Il y a peu d’enjeux financiers… ». Il commence à se pencher sur un nouveau problème : le dopage technologique, une méthode qui existe déjà chez les cyclistes. Gwénaël plaisante : « À quand le fauteuil avec un moteur électrique sur le terrain ? »

Théo CAUBEL et Sophie LAMBERTS

(*) les prénoms ont été changés

Le handisport, sa bataille

Président d’honneur de la Fédération française handisport (FFH), André Auberger a consacré sa vie à développer et promouvoir le handisport. Blessé lors de la guerre d’Algérie, il ne s’est jamais résigné et s’est toujours battu pour faire avancer la situation des handicapés en France.

IMG_2023

« Il a préféré agir. Se mouvoir. S’engager. Bondir du creux de son fauteuil sur les théâtres d’opérations sportifs ou associatifs. » Photo : Théo Caubel/EPJT

Au fond d’une allée privée au cœur de Chambray-lès-Tours, André Auberger profite d’une fin d’après-midi ensoleillée. Il observe attentivement le jardinier qui répare le robinet d’arrivée d’eau à l’entrée du jardin. Les cheveux blancs plaqués en arrière avec un petit bouc qui vient allonger son visage, il laisse transparaitre toute sa bienveillance sous une attitude de vieux sage. Ses mains posées sur ses jambes couvertes d’un plaid guident le regard sur un handicap qui n’apparaît pas au premier abord. Le fauteuil roulant vient compléter l’aspect du sage qui a mené tous les combats : notamment ceux du handisport.

Un engagement pour le handisport

La vie d’André Auberger bascule en 1962 en Algérie. Blessé lors d’une embuscade, il perd l’usage de ses jambes. Loin de s’émouvoir, le soldat français ne se résigne pas.

Lors de son passage aux Invalides à Paris pour sa rééducation, il redécouvre les bienfaits du sport. Pour ce passionné de football et de cyclisme, c’est la découverte d’une autre idée de l’activité sportive. André Auberger vient puiser dans cet univers un état d’esprit qui l’oriente vers dans le monde associatif. Il souhaite se rendre utile et s’engage alors dans le mouvement handisport à une époque où tout reste à faire. Nous sommes, au début des années soixante-dix, à la préhistoire du mouvement comme il se plaît à le dire.

Le combat d’André Auberger sera de porter le handisport français de sa base embryonnaire vers son âge adulte. Lorsqu’il s’engage, le nombre de sports proposés se compte sur les doigts de la main : basket, tennis de table sont les principales activités proposées. L’accessibilité aux équipements sportifs est alors limitée. « On logeait dans des casernes militaires lors des compétitions, car c’étaient les seuls bâtiments adaptés », se souvient-t-il. La Fédération, confidentielle jusqu’alors, André Auberger s’attache à promouvoir le rayonnement national et international de la FFH. Recherche de subventions, construction de projets, de compétitions, de dialogues avec les politiques pour faire bouger les lignes. « Il a préféré agir. Se mouvoir. S’engager. Bondir du creux de son fauteuil sur les théâtres d’opérations sportifs ou associatifs », s’émeut Michel Drucker dans la préface de « Un fauteuil pour une vie » (André Auberger, le Cherche Midi). Un combat d’un homme et d’une équipe. Avec l’aide d’André Hennaert, de Gérard Masson, de Charles de Belder et de Bernard Verneau, il dirige la Fédération française handisport et renforce l’association.

André Auberger a œuvré pour améliorer la place des handicapés dans la société que ce soit au niveau des infrastructures que des mentalités. Une bataille faite parfois de désillusions cruelles. Sa déception fut vive de voir Paris échouer dans la candidature Olympique pour les jeux de 2012. Projet dont il fut l’un des principaux porteurs. Une défaite qui le poussa à quitter son siège de président de la FFH. L’organisation d’un tel évènement devait améliorer, selon lui, la condition des handicapés dans la société française avec de nouveaux investissements dans les infrastructures et une plus grande visibilité dans le handisport.

Un homme qui va de l’avant

Derrière cet engagement se cache un homme transcendé par les valeurs du vivre ensemble et du fair-play. Lorsqu’il évoque les flux monétaires excessifs qui circulent dans certains milieux sportifs, notamment dans le football, son ton devient plus sec. Lui qui a milité pour que les athlètes paralympiques touchent les mêmes primes que les valides, déplore la mauvaise répartition de l’argent dans le monde sportif.

Mais André Auberger est un homme tourné vers l’avenir. Il ne s’attarde pas sur les échecs et le passé. Il nésite pas à revenir en 1989 sur les lieux de l’embuscade où il a perdu l’usage de ses jambes. Il ne s’oppose pas non plus à rencontre un ancien membre du Front de libération nationale (FLN), lors de son voyage en Algérie la même année. « Il ne faut pas vivre dans la haine et rejet. Le passé est tel qu’il est, ce n’est pas parce qu’il y a eu des problèmes qu’on ne peut pas vivre ensemble. » Lorsqu’on lui demande ce qu’il dirait à un jeune qui perdrait l’usage de ses jambes, sa voix se remplie d’émotion : « Je lui dirais de faire du sport, surtout faire du sport, et regarder vers l’avant. »

Sophie LAMBERTS et Théo CAUBEL

Danser à la fac pour déstresser

A Tours, 6 500 étudiants pratiquent le sport à l’université. Certains pour évacuer la pression des cours, d’autres pour s’entretenir physiquement. L’une des activités les plus demandées est la Zumba. Chaque mardi soir, une heure durant, les étudiants transpirent au gymnase Grandmont.

« Est-ce qu’on y va ? », lance Angelo. Ce à quoi 45 voix répondent « oui », avec un enthousiasme plus modéré. Angelo Cerqueira, c’est le professeur de Zumba® fitness pour le service universitaire des activités physiques et sportives (Suaps). Les voix, ce sont les étudiants qui, chaque mardi soir, le retrouvent au gymnase du campus Grandmont. La salle, aux murs couleur lavande, est comble. Il faut dire qu’elle est bien encombrée : il y a là cinq vélos d’appartement, un gros tatami enroulé et cinq punching-balls suspendus au plafond.

A la rentrée, les demandes pour participer à ce cours sont nombreuses. D’autant que la seule condition d’inscription (en dehors de celle d’être parmi les premiers demandeurs) est d’avoir souscrit au Pack’Sport. Il s’agit d’un abonnement annuel de 22 euros, proposé par le Suaps. Il permet aux adhérents de pratiquer jusqu’à trois sports par semaine à l’université, parmi les 65 proposés : Zumba® fitness bien sûr, mais aussi football, basket et même slackline et roller-hockey… Les étudiants n’ont qu’à se connecter à la plateforme internet du Suaps et sélectionner ce qui les intéresse. L’offre est alléchante, mais ne comble pas toutes les demandes. « En cinq minutes, les inscriptions sont complètes, explique Angelo Cerqueira. Il y a trois fois plus de demandes que d’offres car seulement deux créneaux de Zumba sont proposés. Il faut dire qu’il y a peu d’installations disponibles. »

La Zumba comme échappatoire

Angelo Cerquiera assure également les cours de remise en forme. Le but : proposer aux étudiants d’évacuer le stress et de rompre avec leur quotidien. Marine, en deuxième année de droit, est inscrite en remise en forme au premier semestre et en Zumba au second, le confirme : « C’est l’heure où je ne pense pas à mes études. » Plus largement, si on en croit le Dr Martin, médecin du sport, l’activité physique est bénéfique aux étudiants.

Après dix minutes d’échauffement sur des rythmes latinos, les danseurs, filles comme garçons, enchaînent plusieurs chorégraphies face au grand miroir. « J’essaye de varier les styles de musique. Parfois je crée mes propres pas, mais je m’inspire le plus souvent des vidéos sur internet », détaille le professeur. Abdos fessiers, cuisses… tout le corps est mis à l’épreuve et le rythme est intense. Les élèves ont à peine le temps de maîtriser une chorégraphie qu’une autre leur est déjà imposée. Angelo profite tout de même des changements de rythme pour les conseiller. « Dos bien droit, épaules en avant et on tourne tranquillement et en souffrant », plaisante-il.

Au bout de la deuxième chanson, les étudiants laissent leur veste sur le côté. Quelques fronts se mettent déjà à briller, mais la salle transpire avec le sourire. Marie et Manon, étudiantes en psychologie, ont quelques soucis avec la chorégraphie. Leurs pas ne suivent pas toujours ceux du professeur. « Nous venons pour nous amuser, pas dans un but de performance », se défendent-elles.

Agrandir

infographie
Le professeur s’arrête un instant pour décomposer les pas.

Photo : Laura Bannier/EPJT

Première pause, saluée par des applaudissements. Il y en aura une toutes les trois chansons. Les étudiants ont quelques minutes pour reprendre leur souffle et boire une gorgée d’eau. « Le but n’est pas d’être KO après deux chansons, mais de tenir toute la séance », explique le professeur. Et les élèves en redemandent. « Je pratique la Zumba depuis que je suis à l’université, explique Aurore, étudiante en troisième année de psychologie. C’est un moyen pour moi de perdre du poids tout en m’amusant. » En plus de ces cours, elle passe également deux heures par jour en salle de sport. « Une heure de sport par semaine, ce n’est pas suffisant », confirme son professeur.

Une règle : se donner à fond

« Allez, on enchaîne », les rappelle-t-il en tapant des mains. Angelo Cerquiera ne manque pas d’entrain : il saute, se retourne face au miroir, puis face aux élèves. Il se déhanche, tourne vers la droite, la gauche. Il se faufile parmi les étudiants et garde toujours le sourire. « Lorsque je suis à 100 %, mes élèves ne s’en donnent qu’à 60. Je dois donc m’y mettre à 200 % pour qu’ils soient à fond. »

Pendant la dernière danse, sur un rythme plus calme, le professeur intègre des étirements. Les tee-shirts sont trempés mais les élèves sont satisfaits de leur séance. « Bien sûr que nous sommes fatiguées, commentent Elodie et Amélie. Mais c’est physiquement, pas moralement. Nous nous sentons mieux. » Les danseurs d’un soir profitent de la fin du cours pour échanger quelques mots. « La Zumba c’est aussi un moyen de rencontrer du monde », fait remarquer Angelo.

infographie
En fin de séance, les étudiants s'étirent en musique.

Photo : Laura Bannier/EPJT

Paul, 18 ans, en première année de langues étrangères appliquées, est venu chercher une amie. Il s’était inscrit au cours d’ultimate-frisbee lors du premier semestre. Il a finalement décidé d’arrêter en cours de route : « Je n’avais pas le temps et je manquais de motivation. J’ai préféré faire du sport chez moi : des abdos et des pompes essentiellement. » Le cas de Paul n’est pas unique. Selon le Suaps, plus de 2 000 adhérents au Pack’Sport n’assistent pas au cours régulièrement.

Mais vu les listes d’attente, lorsqu’un élève manque deux sessions d’affilé, l’encadrant est en droit de le désinscrire. Une mesure que chaque professeur ou vacataire applique avec plus ou moins de rigueur. Au premier semestre, dix étudiants ont quitté les cours de Zumba à cause d’absences trop répétées. « C’est une chance d’avoir une place dans mon cours, rappelle Angelo Cerquiera. Certains ne le comprennent pas. Je préfère libérer des places pour ceux qui attendent. »

Laura BANNIER et Salomé MESDESIRS.

« Sans la boxe, je n’aurais pas fait d'études »

38503814711_588d8d8e6b_c

Laura Bannier/EPJT

Depuis cinq ans, Mike Bertili concilie ses études et sa passion pour la boxe Thaï. Ce sport, il l’a découvert à son arrivée à l’université. Cela a d’abord été un loisir avant de devenir, très vite, sa priorité. Il a du coup demandé le statut de sportif de haut niveau auprès du Suaps.

Mike Bertili c’est d’abord un physique imposant : 1,85 mètre pour 88 kilos de muscles. Des mollets aussi gros que ses cuisses, un trapèze saillant, une mâchoire carrée et des veines qui se gonflent sous l’effort… pas de doute, il impressionne. Pourtant, il se dégage de toute sa personne une certaine quiétude. Son regard est serein. Il parle d’une voix calme, lentement, assez pour qu’on décèle son accent antillais. Mike, c’est « la force tranquille », affirme son coach et ami, Liesse Labsi.

En 2011, Mike, alors âgé de 18 ans, s’inscrit aux cours de boxe proposés par le Service universitaire des activités physiques et sportives (Suaps). Très vite, il montre des facilités. Ses entraîneurs l’envoient donc au championnat universitaire de boxe française. Mike se classe à la troisième place, ce qui le motive pour demander le statut de sportif de haut niveau. Ce qu’il obtiendra dès sa deuxième année d’études supérieures. Il peut ainsi aménager ses horaires de cours en fonction de ses entraînements. « Je préfère kiffer mon entraînement même si j’ai mal, plutôt que de m’asseoir en cours de droit. »

24631463788_33e81fa9d4_c
Pendant l’échauffement, Mike affronte son coach sur le ring.

Laura Bannier/EPJT

Aujourd’hui, Mike a 23 ans. Il achève sa deuxième année de master en prévention, éducation et promotion de la santé (Peps) dans le but de devenir cadre administratif de pôle hospitalier. Il suit en quelques sortes les traces de ses parents : une mère cadre hospitalière, un père directeur d’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

En parallèle, il prépare l’examen pour devenir pompier volontaire. Un emploi du temps bien rempli auquel s’ajoutent cinq entraînements de boxe par semaine et des séances de musculation à domicile. « La boxe c’est ma drogue. Plus l’effort est dur et long, plus le plaisir est intense. »

Un sportif né

Mike est Guadeloupéen. Ses trois sœurs et lui grandissent à Saint-Anne, une petite ville posée au bord de la mer Caraïbes. Très jeunes, leur mère les sensibilise aux bienfaits d’une alimentation équilibrée et d’une pratique sportive régulière. C’est presque normal là bas. Tous les soirs, après la sortie des bureaux, on peut voir des adolescents et des adultes courir, faire du vélo… Mike, lui, enchaîne les sports : après le judo, la natation, il s’est mis au basket. « Je n’étais pas une star en basket. J’étais très actif en défense. Un peu trop sans doute. Du coup, lors des phases de tirs je manquais d’énergie. »

Arrivé en Métropole, Mike se tourne vers un sport plus individuel dans lequel tout ne dépend que de sa performance. Il choisit naturellement la boxe. « Si je décide de mettre un coup, je mets un coup », explique-t-il. Une manière d’être qu’il applique aussi dans ses études. Lorsqu’il se lance dans ses révisions, il s’y met pour de bon. Il appréhende chaque examen comme un combat de boxe. L’échec n’est pas envisageable.

38503814911_13a282395e_c
De la détermination en toute chose. Et surtout dans la frappe. C’est une des principales qualités de Mike selon son coach.

Laura Bannier/EPJT

Mike est un membre actif du Suaps : il participe bénévolement à l’organisation d’événements sportifs. Il accorde une grande importance au bien-être et à la santé. « Certes, le sport, c’est la performance, la régularité… mais cela englobe aussi la santé et l’alimentation », explique-t-il. La boxe l’oblige à adopter une certaine hygiène de vie. Il ne consomme ni alcool ni tabac. Et il suit encore les conseils nutritionnels de sa mère. « Sans la boxe je serais peut-être un petit gros, sourit-il. Ce sport a rythmé ma vie. » Mike doit maintenir son poids à 86 kilos pour pouvoir combattre dans sa catégorie. Une tâche difficile au quotidien, notamment parce que les étudiants ont un budget limité. Alors, il s’organise. « Lorsqu’il retourne chez sa mère, je peux vous dire qu’il mange bien », s’amuse son coach.

Le statut de sportif de haut niveau oblige Mike à participer au championnat universitaire. En 2014, il prend le titre en boxe française ainsi qu’en boxe thaï. Il s’illustre même au championnat national en décrochant la médaille d’argent. « Lorsqu’on apprend que je suis étudiant en santé, cela surprend, ajoute-il avec fierté. Les autres boxeurs travaillent déjà ou sont en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives, NDLR). »

A son entrée en master, Mike hésite à abandonner les compétitions de boxe, car le combat qu’il souhaite absolument gagner, c’est celui de ses études. Ancien boxeur, son père écoute toujours avec émotion les récits de son fils. Un soutien qu’il retrouve aussi chez ses professeurs et qui confirme son envie d’allier sport et études. « Sans la boxe, je n’aurais peut-être pas fait d’études supérieures. »

Laura BANNIER et Salomé MESDESIRS

Menu