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La fabuleuse histoire du chocolat Poulain

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Une série de tablettes au praliné tout juste démoulées.

Chloé Lifante / EPJT

Le célèbre chocolat Poulain fête cette année son 170e anniversaire. Son histoire est ancrée dans la ville de Blois (Loir-et-Cher) puisque Victor-Auguste Poulain y a ouvert sa première boutique. Malgré son grand âge, l’entreprise ne s’essouffle pas et vient d’être rachetée par le jeune groupe français Carambar & Co dirigé par Thierry Gaillard. Attaché au bien-être de ses salariés, ce P-DG hors du commun s’essaie à de nouvelles pratiques managériales.

Par Melena HELIAS et Chloé LIFANTE

Poulain, au galop vers le renouveau

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Le chocolat Noir Extra est le produit phare de l'entreprise.

Chloé Lifante / EPJT

Forte de plus de cent cinquante années d’expérience, la chocolaterie Poulain ne manque pas d’ambition pour l’avenir. Un nouveau chapitre vient de s’écrire avec le rachat de l’entreprise par Carambar & Co. 

Au cœur de l’usine, les effluves de chocolat sont saisissantes. Une affiche publicitaire pour la gamme Poulain Noir Extra domine la salle principale. Elle représente un cheval posant « nu », une feuille de vigne couvrant ses parties intimes. « J’ai appris récemment que notre Noir Extra faisait partie du top 10 des ventes de chocolat », se réjouit Benoît Pasqualini. Il est le directeur de l’usine de Villebarou (Loir-et-Cher) depuis trois ans et demi. Son bureau, rempli de tablettes, de poudres chocolatées et de confiseries en tout genre, en ferait rêver plus d’un. Le bruit assourdissant des engins rappelle l’importante capacité de production de l’usine. Ce sont ainsi 120 tonnes de chocolat qui sont produites chaque jour.

Deux camions citernes approvisionnent chaque jour l’usine Poulain en pâte de cacao. Celle-ci provient essentiellement du Ghana et de la Côte d’Ivoire. C’est à partir de cette matière première qu’est travaillé le chocolat. Le travail des 150 salariés présents sur le site consiste principalement à de la conduite de machine, explique en substance Benoît Pasqualini.

Poulain passe de nouveau sous contrôle français

À sa création, en mai 2017, le groupe Carambar & Co rachète Poulain, jusqu’alors possédé par la multinationale américaine Mondelēz. Cette acquisition par le jeune groupe français, qui porte notamment sur cinq sites de production dans l’Hexagone, donne ainsi un nouvel élan aux célèbres marques de confiserie Carambar, Kréma, La Pie qui Chante ou encore Malabar, les pastilles Vichy, les chocolats Suchard et Poulain. La société souhaite redynamiser ces marques françaises historiques, endormies depuis quelques années et caractérisées par un « potentiel affectif assez fort » auprès des Français si on en croit Benoît Pasqualini.

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Victor-Auguste Poulain à l'âge de 79 ans.

Archives de la ville de Blois

L’homme à l’origine de la chocolaterie n’est autre que Victor-Auguste Poulain, né à Pontlevoy en 1825 et issu d’une famille très pauvre. Grâce à une place de commis dans la célèbre épicerie Mortier d’Argent, il s’initie à la fabrication de chocolat. Après neuf années passées à Paris, il revient dans sa région natale à l’âge de 22 ans et ouvre sa propre boutique, à Blois, rue Porte-Chartraine. Le 8 mars 1852, il dépose un brevet d’invention pour une préparation de chocolat. C’est le début d’une grande aventure. Ce passionné, désireux de rendre le chocolat accessible à tous, devient, en quelques décennies, un grand industriel.

Il est celui qui va amorcer le passage d’une production artisanale vers une production industrielle avec l’ambition de démocratiser le chocolat. En 1862, il construit sa première usine sur un terrain idéalement placé entre la Loire et la gare de Blois. Avec son embarcadère inauguré en 1846, la gare était la porte de sortie idéale pour les marchandises du quartier.

Les habitants de Blois ont pu sentir dans les airs l’odeur du chocolat – annonciateur de pluie, dit-on – jusque dans les années quatre-vingt-dix. A cette époque, ne pouvant plus s’étendre, la fabrique déménage au nord de la ville, à Villebarou. C’est l’architecte français Jean Nouvel qui a dessiné les lignes du bâtiment de 22 000 mètres carrés, en théorie semblable à une immense tablette de chocolat.

Petit poulain devient étalon

Retour à la fin du XIXe siècle. Une quinzaine d’année après l’ouverture de sa première usine Victor-Auguste Poulain se retire des affaires, laissant la place à son fils, Albert Poulain. Ce dernier va prendre la direction de l’entreprise en contribuant aux succès publicitaires de la marque. Poulain est en effet pionnier en matière de communication. Lorsqu’en 1889 le fils quitte à son tour l’entreprise, la chocolaterie devient une société anonyme. L’histoire du chocolat Poulain se poursuit alors avec de nouveaux partenaires et de nouveaux objectifs. Le dernier en date, la multinationale Mondelēz, fragmente les productions, l’usine Poulain est obligée de réduire sa gamme.

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Les étiquettes des poudres chocolatées sont aux couleurs de l'équipe de France de football.

Chloé Lifante / EPJT

L’acquisition de la chocolaterie historique par Carambar & Co en mai 2017 est un vent d’indépendance. De nouveaux produits « au bon lait de nos régions » ont d’ailleurs fait leur apparition en décembre dernier avec deux déclinaisons : noisettes et feuilleté caramel. En plus d’afficher la mention « Fabriqué en France », les tablettes arborent un emballage jaune et bleu, susceptible de ressortir davantage sur les étalages des supermarchés en se démarquant ainsi de la concurrence. Plus que jamais engagé dans la compétition du chocolat 100 % français, Poulain a signé un partenariat avec la Fédération française de football (FFF) pour le Mondial qui a eu lieu en Russie cet été. Il devient ainsi label officiel des Bleus pour les quatre prochaines années. Le coup d’envoi est lancé pour l’entreprise.

Pour aller plus loin :

Président-directeur génial

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Thierry Gaillard, président du groupe Carambar & Co

©Thomas Bismuth / Mediatome.

Début 2018, Thierry Gaillard est devenu le président de l’entreprise Carambar & Co. Il avait été nommé en octobre 2017 alors qu’il était à la tête du groupe Orangina Suntory France et Belgique.

Le sourire timide de Thierry Gaillard contraste avec son regard pétillant. « Diriger et développer une entreprise est un art passionnant mais difficile », admet-il.

Pour ce quinquagénaire, le bien-être de l’ensemble des salariés est essentiel. Il cherche à souder son équipe en aménageant les espaces de travail mais également une salle de détente. Au siège de l’entreprise Orangina par exemple, dont il était le directeur jusqu’en janvier dernier, l’installation d’un baby-foot, de balançoires et d’un piano a permis aux collaborateurs de partager plus que des dossiers. En abolissant les cloisons entre les différents services, il supprime les bureaux individuels généralement occupés par les supérieurs et brise ainsi les frontières hiérarchiques.

Il y a encore quelques mois, dans un communiqué de presse, Thierry Gaillard se disait « impatient de rejoindre les équipes de Carambar & Co  pour réaliser un beau défi », celui du « retour à la croissance d’un très beau portefeuille de marques ». Carambar, La Pie Qui Chante, et Poulain, entre autres, se sont ainsi associés au sein de ce même groupe.

Le parcours d’entrepreneur de Thierry Gaillard commence en 1988, lorsqu’il obtient un DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées) de marketing à Paris-Dauphine. Il choisi cette voie plutôt qu’un parcours plus classique de classe préparatoire suivie d’une grande école. Pour lui, l’université ouvre beaucoup plus les esprits grâce notamment à la variété des matières qui y sont enseignées.

Ce partisan du bonheur au travail fait ses premiers pas chez le géant Unilever, qui laisse selon lui « beaucoup de liberté à ses salariés et à ses filiales ». Il rejoint ensuite Danone, une société qui encourage ses collaborateurs à gérer leur activité « comme si c’était leur propre entreprise ».

Pendant ses huit ans au sein du groupe, il est directeur des ventes de la filiale Lu, célèbre biscuiterie nantaise. Quand Kraft Foods rachète Lu, il devient directeur général. De 2009 à 2014, à la tête de Mars Chocolat, l’entreprise est distinguée plusieurs fois par le classement Great Place To Work qui récompense les sociétés où il fait bon travailler.

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Réalisé par Chloé Lifante / EPJT

Il intègre ensuite Orangina Schweppes en 2014. Cela lui donne l’occasion de mettre en pratique ses idées novatrices. Lors d’un rendez-vous, le dirigeant du groupe japonais Suntory, propriétaire d’Orangina depuis 2009, explique à Thierry Gaillard son ambition pour les cinquante prochaines années. « Cela donne du sens, ainsi qu’une forme de liberté, quand on sait que la plupart des entreprises cotées n’ont qu’une vision à très court terme », estime le nouveau P-DG.

Son arrivée à la tête de Carambar & Co est encore récente mais il ne manque pas d’ambitions. « On sent une vraie volonté d’agir et de faire des choses intéressantes avec le groupe », affirme Benoît Pasqualini, le directeur de l’usine Poulain de Villebarou.

« Pionnier dans le courant du bonheur au travail »

Les principes qu’il tente de mettre en œuvre lui viennent essentiellement de ses nombreuses lectures. Il dit préférer lire que de s’entourer de consultants. Deux ouvrages l’ont particulièrement marqué : Liberté & Cie d’Isaac Getz et Brian Carney, et Happy RH de Laurence Vanhée, fondatrice du cabinet Happyformance pour qui Thierry Gaillard est un « homme fantastique ». « Thierry a été pionnier dans le courant du bonheur au travail », explique-t-elle à L’Usine Nouvelle en mars 2016. Avec cette théorie du « management par la bienveillance », importée des pays nordiques, c’est bien la recherche de performance qui est en jeu.

D’après une étude, les employés heureux sont deux fois moins souvent malades et six fois moins souvent absents que leurs collègues. Dans cet objectif, le dirigeant souhaite que les salariés se sentent impliqués dans les choix de la société, à travers notamment « un aménagement participatif, où chacun exprime ses souhaits via une enquête ». Il a d’ailleurs mis en place des check-live dans les usines. Ces points d’information réguliers permettent de réunir tout le personnel afin que chacun puisse poser ses questions, sans tabou.

En tant que militant pour le droit à l’erreur, la parité et la diversité des profils, il dit laisser souvent les salariés décider, même lorsqu’il n’est pas de leur avis. Cette liberté, il l’applique aussi bien à ses collègues qu’à lui-même.

Lorsque le besoin se fait ainsi sentir, il explore les déserts africains ou les monts alpins, en quête de silence et d’introspection. En sportif aguerri, il est prêt à atteindre des sommets avec Carambar & Co.

Pour aller plus loin

  • « Le bonheur au travail » sur L’Express.fr
  • « Le bonheur au travail : utopie ou nécessité? » sur L’optimiste.com
  • « Le travail change de peau », Innova n°22

Les autrices

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