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Formation professionnelle et reconversion

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EPJT

Ils ont osé la reconversion. Pendant très longtemps, changer de métier ou même d’entreprise était compris comme un signe d’instabilité. Cela n’entrait pas, ou peu, dans les habitudes professionnelles des Français. Mais tout à changé. Licenciements, maladies, chômage ou manque d’épanouissement… ils sont de plus en plus nombreux à sauter le pas. Nous en avons rencontré trois au sein de deux sites du Greta, l’organisme de formation continue de l’Éducation nationale.

Lui a travaillé dans les vignes, dans l’hôtellerie, dans le bâtiment… À 32 ans, Nicolas Chicoisne est maintenant en alternance chez EDF à la centrale de Chinon. Il passera son baccalauréat professionnel en juin prochain. Il y a deux ans, il était encore employé dans l’un des domaines viticoles de Chinon. Bien qu’en contrat à durée indéterminée, il a fait le choix de la reconversion professionnelle. « La reconversion est une chance ».

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Au menu, une formation qualifiante. D’un côté, il y a l’hôtellerie restauration, l’un des secteurs les plus dynamiques et celui qui recrute le plus. De l’autre des salariés qui se disent prêts à suivre une formation pour un secteur qui recrute. Au milieu, il y a Bruno Le Bellours, chargé, à Tours, de la formation des adultes qui souhaitent devenir serveur.

Quand certains suivent des formations pour s’adapter au marché du travail, d’autres privilégient le plaisir d’apprendre. C’est le cas de Kévin Coutard, 26 ans, étudiant à Tours. Après un premier parcours professionnel chaotique, il a décidé de retourner sur les bancs de l’université : « On reprend des études pour se cultiver ».

Ils ont osé la reconversion

Pendant très longtemps, changer de métier ou même d’entreprise était compris comme un signe d’instabilité. Cela n’entrait pas, ou peu, dans les habitudes professionnelles des Français. Mais tout a changé. Licenciements, maladies, chômage ou manque d’épanouissement… ils sont de plus en plus nombreux à sauter le pas. Nous en avons rencontré trois au sein de deux sites du Greta, l’organisme de formation continue de l’Éducation nationale.

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Au Greta, les cours ne sont pas seulement théoriques. Ici, à l’atelier, deux stagiaires démontent une machine pour en comprendre le fonctionnement.

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Les portes du lycée Grandmont s’ouvrent sur un flux d’élèves. D’un côté, ceux qui rejoignent leurs salles de classes. De l’autre, ceux qui s’empressent de sortir. À la sortie d’un tunnel, un grand bâtiment surplombe le site. Derrière une porte d’entrée blanche et anonyme, un dédale de couloirs. À droite, un atelier occupé par de nombreuses machines ; à gauche, des salles de classes. C’est dans l’une d’entre elles, que se trouvent treize stagiaires du Greta (groupement d’établissements), tous des hommes.

André Beugnier est en première année de maintenance équipement industriel (MEI). Il se forme donc à la vérification du bon fonctionnement des machines et à leur réparation. Il y a un an et demi, cet homme de 30 ans, responsable marketing dans le domaine de la robinetterie industrielle à Hong-Kong, a fait un burn-out. Il gérait alors 60 personnes. Son rythme de travail était trop intense. « Je ne voyais plus mes enfants. Après ma dépression, j’ai décidé de changer de vie. »

Son entreprise lui fait faire un bilan de compétences, une analyse de ses capacités professionnelles et personnelles. Résultat : André correspond davantage aux métiers techniques. Par le bouche-à-oreille, comme beaucoup, il se dirige vers le Greta. Pour lui, la meilleure option, c’est de préparer un baccalauréat professionnel en alternance avec EDF. L’entreprise est dans une période de fort recrutement, notamment pour le site de la centrale nucléaire de Chinon. Elle recherche des personnes qui ont déjà une expérience professionnelle. André Beugnier se lance alors dans l’aventure en sachant qu’un emploi peut lui être offert après l’obtention du diplôme.

« Je me suis dit qu’à mon âge, il était temps que je retrouve une formation »

Frédéric Leroyer, 39 ans

Autre stagiaire, autre profil. Vincent Fourdrigner n’a que 23 ans et il est déjà en reconversion. Après un BEP électrotechnique obtenu en 2011, il est entré dans l’armée sur la recommandation de ses proches. « J’ai fait mes cinq ans. Ça ne m’a pas plu », confie-t-il. L’armée lui propose alors une reconversion. Son beau-frère lui parle d’un poste à la SNCF. « Il fallait passer par un baccalauréat professionnel », résume-t-il. La SNCF le dirige vers le Greta. Un choix qu’il ne regrette pas : « Je ne suis pas fait pour les cours en classe… »

Frédéric Leroyer est aussi en reconversion mais pour d’autres raisons. Lui suit la formation en alternance chez EDF. Il était maçon. « Il y a eu une grosse baisse dans le milieu du bâtiment. Je me suis dit qu’à mon âge, il était temps que je retrouve une formation », explique cet homme de 39 ans.

Ces stagiaires ne sont pas des cas isolés. Selon une étude réalisée en 2014 par l’institut Opinion Way, 88 % des salariés se disent prêts à suivre une formation pour un secteur qui recrute. Une position réaliste qui fait bouger les mentalités. Une personne ne veut plus faire toute sa carrière dans une seule branche. Selon la même étude, 60 % des sondés ont d’ailleurs changé une fois d’orientation professionnelle.

Des classes hétérogènes

D’ailleurs, environ 65 % des personnes qui participent aux formations du Greta sont en reconversion professionnelle. L’organisme propose des modules courts et longs, par alternance, du CAP au BTS mais aussi des formations de quelques heures, dans tous les domaines. Ici, on parle de stagiaire et non d’étudiant. « Les étudiants sont à l’école toute l’année, ce n’est pas le cas des stagiaires », explique Isabelle Lemoine, coordinatrice de la filière industrie.

Nicolas Noblet, formateur au Greta depuis 2009, apprécie l’hétérogénéité de la classe : « Les plus âgés tirent le groupe vers le haut. Il y a beaucoup d’entraide. » Les relations formateurs-stagiaires ne sont pas les mêmes que celles entre professeurs et élèves. « Nous arrivons facilement au tutoiement mais toujours dans le respect », confie Catherine Lebert, formatrice au Greta depuis quinze ans. Il y a bien sûr des cours théoriques comme le français, les mathématiques, l’histoire. Mais ce qui motive ces stagiaires, ce sont les exercices pratiques en atelier, un espace comportant tout type de machines. Les stagiaires sont présents un tiers de temps au Greta, le reste en entreprise.

En MEI, les stagiaires sont rémunérés par leur entreprise. Ce n’est pas le cas de toutes les formations. Sur un autre site du Greta, au lycée Martin-Nadaud de Saint-Pierre-des-Corps, les 13 stagiaires en installation thermique ne sont pas rémunérés. « La formation est financée par la région, à hauteur de 6 000 euros par tête », indique François Plancke, conseiller en formation du secteur bâtiment et énergie d’Indre-et-Loire. Ces adultes de 18 à 52 ans passeront, au cours de leurs neuf mois de formation, dix-sept semaines en entreprise.

Lors d’un session au Greta, stagiaires et formateurs racontent leur expérience.

Des formations efficaces

Le Greta bénéficie de la politique actuelle du gouvernement, favorable à la formation continue. En Indre-et-Loire, ce groupement d’établissements rattachés à l’État accueille en moyenne, chaque année, 6 500 stagiaires. Le taux de réussite a atteint 94 % en 2015. Le taux d’embauche après la formation oscille, lui, entre 70 et 75 %.

En tout cas, pour accomplir un changement de voie professionnelle, il faut de la motivation. « Sans implication, ça ne marche pas ! » résume Sandrine Pinteau-Lecocq, psychologue du travail. Elle accompagne actuellement une vingtaine de personnes en reconversion professionnelle. Tous ont des profils différents : des licenciés par plans sociaux, des gens qui ont choisi de se reconvertir ou qui refont surface après un burn-out mais aussi des jeunes qui cherchent leur orientation. Cette psychologue contribue à leur réussite. Pourtant, ce n’est pas gagné d’avance. Certes, tous viennent d’eux même à son cabinet mais « ils sont perdus quand ils arrivent, explique-t-elle. Certains ont perdu l’estime d’eux-mêmes. »

Difficile de retourner à l’école quand on est adulte ? Quand on leur pose la question, les stagiaires répondent tous par la négative. On est loin de l’immobilisme des décennies précédentes. Il n’y a pas à dire, la culture du travail change.

Marcellin ROBINE et Mary SOHIER

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Pour aller plus loin

Dossier France Info. La reconversion professionnelle
DAEU – Diplôme d’Accès aux études Universitaires
Pôle Emploi. La reconversion professionnelle
La formation continue des adultes à l’Éducation nationale

Une expérience en Belgique racontée par le menu : un an pour changer de Job

« La reconversion est une chance »

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Nicolas Chicoisne, 32 ans, était ouvrier viticole. Il espère décrocher un emploi à la centrale de Chinon après l’obtention de son baccalauréat professionnel.

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Il a travaillé dans les vignes, dans l’hôtellerie, dans le bâtiment… À 32 ans, Nicolas Chicoisne est maintenant en alternance chez EDF à la centrale de Chinon. Il passera son baccalauréat professionnel en juin prochain. Il y a deux ans, il était encore employé dans l’un des domaines viticoles de Chinon. Bien qu’en contrat à durée indéterminée, il a fait le choix de la reconversion professionnelle.

Trouver sa voie n’est pas chose aisée, surtout lorsque l’on a passé sa vie à la chercher. Le cadre scolaire, les conflits avec les professeurs, les notes et les commentaires catastrophiques, pour Nicolas Chicoisne « l’école a toujours été compliquée ». Il quitté le cursus scolaire à 17 ans. Ce qu’il ne regrette pas : « Il n’y avait pas d’issue. » Nicolas accumule ensuite les petits boulots : ramassage de melons, collecte de raisins. Un viticulteur lui propose de suivre un apprentissage en alternance, ce qu’il accepte. Sans grande motivation, il obtient un BEP en viticulture puis il accepte un poste comme ouvrier agricole à Bordeaux. Là-bas, il fait ses premières armes et imagine travailler dans des domaines prestigieux. Il enchaîne trois années d’études à Amboise et obtient son baccalauréat professionnel en viticulture.

De Bordeaux à Sydney en passant par Lille

Jeune et amoureux, Nicolas suit sa future femme Ericka à Lille. Là-bas, il monte des stores, est l’homme à tout faire dans un restaurant… Rien de passionnant. Porté par sa jeunesse et sa curiosité, le couple rêve de voyages lointains. En vain. « Soit, c’était Ericka qui travaillait et moi qui étais en formation, soit c’était l’inverse. Nous avons été bloqués quatre ans. » En 2008, ils partent enfin, direction l’Australie. Ils y séjournent un an pendant lequel ils multiplient les emplois, notamment dans la restauration.

De retour en France, Nicolas passe, un peu par hasard, un CAP menuiserie. Diplôme qui ne lui sera pas d’une grande utilité puisqu’il retourne à la vigne. Après deux ans, il décroche un CDI dans un domaine viticole de Chinon. Il en garde un bon souvenir : « Je me chargeais de la logistique. Je préparais des palettes, je m’occupais du conditionnement des bouteilles… » Le train train quotidien.

La naissance de sa fille Jade lui fait prendre conscience que s’épanouir professionnellement parlant est essentiel pour l’équilibre. Il y a un an et demi, Ericka, qui travaille dans la communication pour la centrale nucléaire de Chinon, apprend qu’EDF recrute : « J’en ai parlé à Nicolas. J’avais dans l’idée que ça pouvait lui plaire. » Lui pensait déjà à la reconversion. C’est le déclic. « Le soucis était de repartir sur une formation qui me plaisait », explique Nicolas.

Se lancer dans l’aventure ne lui fait pas peur. Son profil atypique lui donne une stature qui le distingue des autres candidats. Autant l’entretien avec EDF que le test de mathématiques au Greta sont positifs. Il démissionne de son emploi dans l’entreprise viticole et, quinze jours plus tard, le voilà qui intègre la filière maintenance équipement industriel (MEI) du Greta.

Le retour à l’école

Ce qui intéresse Nicolas, ce sont surtout les semaines en entreprise. Là-bas, il s’assure un travail de maintenance qui lui convient parfaitement. Il est moins enthousiaste quant à sa formation au Greta. C’est « un retour à l’école ». Mais ce retour s’avère positif car Nicolas affiche une moyenne de 16,5. Côtoyer des plus jeunes ne le dérange pas, bien au contraire. « C’est enrichissant. Avant j’étais considéré comme un gamin. Aujourd’hui je suis un vieillard », ironise-t-il. Ce qui n’empêche pas de se faire chambrer comme un môme sur la rousseur de sa chevelure.

Rémunéré, Nicolas n’a pas de difficultés financières. C’est l’emploi du temps qui est parfois compliqué. Il vit à Chinon, et quand il doit suivre les cours du Greta, les allers retours quotidiens d’une heure jusqu’au lycée Grandmont sont contraignants : « Quand nous finissons les semaines au Greta, nous sommes épuisés. » Mais sa détermination effacerait presque cette fatigue : « J’aime ce que je fais. La reconversion professionnelle à 32 ans, c’est une vraie chance. »

Cet investissement, tout le monde le perçoit. Pour Ericka, « Nicolas est motivé parce qu’il a fait le bon choix. » Ses « camarades de classes », comme il les appelle, le décrivent comme studieux, passionné et volubile. L’embauche, au terme des deux années de formation, reste son objectif premier : « Tous mes efforts n’auront pas été vains. »

Marcellin ROBINE et Mary SOHIER

Etes-vous incollable sur la reconversion professionnelle

Quel âge faut-il avoir pour se reconvertir ?

18 ans

40 ans

Il n’y pas d’âge.

Qu’est-ce qu’un bilan de compétences ?

Un test de capacités

Un diplôme

Un entretien d’embauche

Qui peut effectuer un bilan de compétences ?

Un psychologue du travail

Un formateur

Un ami

Qu’est-ce que le Greta ?

Une école pour se reconvertir

Une entreprise

Un organisme de formation continue

Quelle est la différence entre un stagiaire et un étudiant ?

Le stagiaire est payé. Ce n’est pas le cas de l’étudiant.

Le stagiaire alterne des périodes de stage et de cours. L’étudiant est uniquement à l’école.

Un étudiant prépare un diplôme. Un stagiaire accumule de l’expérience et acquiert uniquement des compétences.

Qu’est-ce-que le Daeu ?

Un organisme pour les personnes qui souhaitent se reconvertir.

Un diplôme équivalent au baccalauréat.

Une filière professionnelle qui prépare aux métiers de la maintenance.

Qu’est-ce que le CPA ?

Le compte personnel d’activité (CPA) recense le nombre d’activités professionnelles effectuées en un an.

Le compte personnel d’activité (CPA) est un compte bancaire avec des taux d’intérêts avantageux.

Le compte personnel d’activité (CPA) une des mesures phrares du projet de loi travail.

Avec le CPA, de combien d’heures de formation disposerait un personne non diplômée ?

25 heures

35 heures

40 heures

Pour aller plus loin

Au menu, une formation qualifiante
« On reprend des études pour se cultiver »

Quand la reconversion professionnelle intervient avant 30 ans
Ils se sont reconvertis pour trouver du travail

Le profil des candidats

Au menu, une formation qualifiante

D’un côté, il y a l’hôtellerie restauration, l’un des secteurs les plus dynamiques et celui qui recrute le plus. De l’autre des salariés qui se disent prêts à suivre une formation pour un secteur qui recrute. Au milieu, il y a Bruno Le Bellour, chargé, à Tours, de la formation des adultes qui souhaitent devenir serveur.

« Il est 11 h 32, dépêche-toi on est en retard ! » grommelle Pierre à l’adresse d’Erwan avec qui il partage sa cigarette. L’un a échoué à son CAP serveur, l’autre sort d’un lycée professionnel. Ces deux stagiaires de 18 ans sont en formation de serveurs à l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) depuis un mois. Et depuis une semaine ils s’exercent dans la salle du restaurant de l’agence sous la houlette de Bruno Le Bellour. La mission de ce dernier est de les préparer à l’emploi pour leur permettre de décrocher le titre de serveur. Quand il parle de ces stagiaires, il met en avant leur hétérogénéité : « La France, elle est là. Tous les profils, tous les âges, toutes les religions et tous les horizons sont représentés ici. »

À la sortie de leur cinq mois de formation, les stagiaires n’attendent généralement que deux à trois mois avant d’être embauchés en CDD (contrat à durée déterminée) ou même en CDI (contrat à durée indéterminée). « C’est une formation rapide pour un emploi rapide », confirme Bruno Le Bellour.

Selon une enquête de l’Afpa et de l’institut de sondage Ipsos, en 2012, 56 % des actifs ont déjà changé de métier ou de secteur d’activité au cours de leur parcours professionnel. Dans la moitié des cas, il s’agissait d’un choix personnel. Dans l’antenne tourangelle de l’agence, seuls quelques stagiaires sortent directement du lycée. La majorité des autres est en reconversion avec un projet déjà défini. Jessica, 24 ans, a obtenu une licence professionnelle en sécurité et environnement. Mais après plusieurs années dans la vente, elle a décidé de changer de voie. Son envie de changement l’a amenée vers l’hôtellerie-restauration. Une façon pour elle d’espérer assouvir ses rêves de voyage car, dans ce secteur, on trouve des emplois partout. Aujourd’hui, cheveux lâchés et tailleur impeccable, elle est chargée de préparer les tables pour le repas du midi.

Des études, comme celle réalisée par l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) en 2009, montrent que la reconversion professionnelle est un phénomène essentiellement masculin qui concerne en premier lieu les jeunes travailleurs. Ruben, qui dispose les couverts sur une des tables de la salle, a déjà travaillé dans des bars. Mais cet Antillais de 23 ans, souhaite densifier sa formation pour répondre aux attentes des employeurs.

Le parcours de Kamel est différent. Tout en ajustant les verres et en plaçant les chaises, il explique sa trajectoire : S’il s’est lancé dans cette formation et dans ce secteur, c’est pour « avoir plus de possibilités d’embauche ».

D’après le rapport 2013 du Conseil d’orientation pour l’emploi, les motivations d’une reconversion sont multiples. Sur 100 personnes interrogées, 72 disent choisir la voie de la reconversion par nécessité (sortir du chômage ou d’un emploi précaire), 65 % souhaitent une meilleure qualité de vie et 44 % souhaitent une ascension professionnelle. C’est le cas de Zohra, 21 ans. Pour elle, il est aujourd’hui indispensable d’être diplômé pour exercer un métier. « Les employeurs ne nous demandent plus seulement d’être expérimentés, mais ils veulent aussi que nous soyons qualifiés. »

Dans le groupe, les âges, et donc les aspirations, sont très divers. Les jeunes issus du baccalauréat et leurs aînés plus expérimentés n’ont pas les mêmes préoccupations. L’insouciance des uns contraste avec la maturité des autres. Mais les stagiaires s’enrichissent mutuellement . « Même moi j’apprends d’eux ! », s’exclame Bruno Le Bellour en riant.

Ils s’entraident, se taquinent aussi. Et parfois se clashent. Alors que Jessica aide Ruben à nettoyer les couverts, Pierre lui montre un morceau de plastique au sol. « C’est toi qui a passé l’aspirateur ? » lui lance-t-il, avec une moue. Iris, 18 ans, lâche une injure à un de ses collègues. Sanction immédiate : elle se retrouve exclue de la salle par Bruno Le Bellours : « Tu reviendras quand tu seras polie. » Son rôle n’est pas uniquement celui d’un formateur. « Je les éduque d’abord, puis les forme. » Il leur apprend aussi bien les contraintes du métier que celles de la vie. Même les plus simples : arriver à l’heure, se raser, faire son lit… Avant d’être prêts à travailler en entreprise, ils doivent se conformer aux normes qui les entourent.

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Pendant le service, ses stagiaires doivent être irréprochables. Jessica s’attache les cheveux, Kamel dépose un torchon sur son avant-bras, Ruben replace une dernière fois les chaises : tout le monde veut montrer son sérieux. Mais dans la recherche de perfection, des erreurs restent cependant à noter : couteau du mauvais côté, confusion dans l’annonce du plat du jour, carafe posée brutalement… Tous essayent de faire de leur mieux. Ils savent que l’enjeu est de taille.

Philippine David et Maxime Taldir (textes et photos)

Pour aller plus loin

« On reprend des études pour se cultiver »

Quand certains suivent des formations pour s’adapter au marché du travail, d’autres privilégient le plaisir d’apprendre. C’est le cas de Kévin Coutard, 26 ans, étudiant à Tours. Après un premier parcours professionnel chaotique, il a décidé de retourner sur les bancs de l’université.

Cheveux ébouriffés, mal rasé, tout de noir vêtu, une tête de mort imprimée sur son sweat-shirt, Kévin Coutard est assis sur une chaise à l’entrée de la faculté des Tanneurs, les jambes croisées. Il  accueille les jeunes étudiants qui s’inquiète du projet de la loi El Khomri et les dirige vers l’amphithéâtre A où vient de débuter la conférence-débat de 15 heures. Ce Tourangeau déclare fièrement s’être engagé dans le syndicat Solidaires Étudiant-e-s. Il milite également pour les jeunesses communistes. Il s’investit dans la Fanfare Médecine Tours, au surnom très carabin : « La Vaginale ». Une heure par semaine, il s’occupe de la régie de Radio Béton. Enfin, il désire obtenir le brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (Bafa) pour travailler l’été en colonie de vacances avec des enfants. Une vie quotidienne bien remplie : il ne cesse de s’impliquer dans de nouvelles activités et nourrit de multiples projets. Et les études dans tout ça ? Pas de problème, il gère. Son ambition, qui le « taraude depuis quelques années », c’est devenir professeur d’histoire-géographie.

Il y a trois ans, Kévin Coutard a entrepris une licence dans cette matière. Un diplôme qui lui permettra de tenter le Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement supérieur (Capes) s’il obtient un Master 2. Un programme ambitieux. « Et pourquoi pas ? », répond-il dans un large sourire.

Kévin Coutard n’est pas un étudiant comme les autres. Il a déjà une expérience professionnelle importante pour son âge. Pour ce garçon d’apparence timide, les reconversions sont déjà nombreuses.

À 18 ans, il obtient un BEP hôtellerie-restauration dans un lycée professionnel, et se spécialise en sommellerie. Ensuite, il enchaîne les jobs (cueillette de pommes, manutention) qui le font vivre, même s’il est aidé par ses parents.

Au bout de deux ans, il change complètement son fusil d’épaule en choisissant de suivre une formation complètement différente dans le nettoyage industriel sur deux mois, grâce à l’ANPE (Agence nationale pour l’emploi, devenue Pôle Emploi). Il s’installe à Tours Nord et travaille dans « deux ou trois » entreprises en CDD. Son dernier contrat débouche sur un CDI. Il en démissionne au bout d’un an et demi pour passer un bac professionnel hygiène et environnement, en alternance.

Ces choix, il les explique par son envie de gagner de l’argent rapidement. Il a, depuis, changé d’optique : « C’était l’âge bête. Je pensais que le professionnel était le moyen le plus facile et rapide de se faire de l’argent, confie-t-il en remontant ses lunettes. Maintenant, je veux laisser le travail manuel pour me consacrer à un secteur plus intellectuel. »

Il s’est rendu compte que, jusque-là, toutes les formations qu’il a entreprises ne lui ont jamais permis de s’épanouir pleinement. Même si elles l’ont enrichi et fait grandir. Mais « on reprend ses études essentiellement pour se cultiver. »

Il a parfois du mal à combiner ses heures universitaires avec son travail dans une entreprise de nettoyage de bureaux. Parce que, oui, en plus de toutes ses activités, il travaille. Et s’il dit gérer, il redouble sa deuxième année. Mais ce cursus, il faut bien le financer.

Retourner à l’université, c’est côtoyer des plus jeunes. Mais plutôt qu’une différence d’âge, le jeune homme parle d’une différence de maturité. « J’ai sûrement un objectif en tête plus précis que les étudiants qui sortent du bac. » Mais c’est la seule différence qu’il fait entre lui et les autres étudiants.

Kevin rêve d’enseigner dans des lycées, pour pouvoir instaurer des débats constructifs avec des élèves plus mûrs au sein de ses futures classes. Après s’être longtemps cherché, il a enfin trouvé sa voie. Malgré les difficultés : « Plus on vieillit, plus les difficultés à mémoriser sont importantes. Il sera peut-être pour moi compliqué d’obtenir le certificat. Mais je suis motivé. »

Philippine DAVID et Maxime TALDIR

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