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Tensions sur les énergies renouvelables

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Panneaux photovoltaïques, barrages hydrauliques, géothermie, éoliennes etc, les sources d'énergies renouvelables sont nombreuses mais font face à une partie de la population assez méfiante.

Jason Gillman/CC

En Indre-et-Loire, la situation est compliquée concernant la conversion aux énergies renouvelables. Des solutions existent et pourraient permettre d’atteindre les objectifs de la loi de transition énergétique. Mais entre des habitants mécontents, des politiques sceptiques et un aménagement territorial complexe, les problèmes sont loin d’être résolus.

Par Lucie ROLLAND et Arnaud ROSZAK

Quand les pales tourneront...

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L'installation d'éoliennes suscite un fort débat entre les opposants et les partisans. Utiliser des énergies renouvelables, dites "vertes", n'est pas une priorité pour tous les habitants d'Indre-et-Loire.

Arnaud Roszak/EPJT

L’écologie, un sujet de débat en Indre-et-Loire qui est le seul département de la région Centre-Val de Loire à ne pas posséder de parc éolien. La majorité des initiatives concernant les énergies renouvelables sont fragiles.

Par rapport aux objectifs de la loi de transition énergétique, le département est en retard : d’ici 2030, les communautés de communes doivent réduire de 20 % leur consommation énergétique et atteindre 30 % d’énergies renouvelables », explique Anne-Fleur Kerouedan, chargée de mission au sein de l’association ALEC37. En 2015, la loi relative à la transition énergétique est entrée en vigueur. Son but : mettre en place des installations durables pour protéger l’environnement. Cela crée des tensions notamment entre les citoyens et leurs élus.

Les éoliennes en sont le parfait exemple. Depuis une dizaine d’années, aucun projet de parc éolien n’a  abouti en Indre-et-Loire, que ce soit à Sainte-Maure, Brèches ou Saint Paterne-Racand. Si environ 30 % des départements français ne disposent pas d’éoliennes, l’Indre-et-Loire est en revanche le seul de la région Centre-Val de Loire à ne pas en posséder. « Les éoliennes sont absolument nécessaires dans la transition énergétique. Surtout lorsque l’on sait que la région souhaite passer aux 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050 », assure Gilles Deguet, ancien vice-président du conseil régional et militant écologiste.

Les raisons de cette absence sont multiples : habitants mécontents, problème avec les radars de la base militaire, lobbying d’associations anti-éolienne, patrimoine historique etc. C’est surtout ce dernier motif qui freine les projets. Avec ses nombreux châteaux et la Loire inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, trouver un lieu susceptible d’accueillir des éoliennes est complexe. Pourtant, le Schéma régional éolien (SRE), établi suite à la loi Grenelle II de 2010, a démontré qu’il existait, dans le département, cinq zones favorables à leur implantation. Ces zones sont suffisamment éloignées des grosses agglomérations et des habitations.

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En réalité, l’argument du patrimoine historique sert souvent de prétexte à certains élus locaux pour freiner l’installation de ces dispositifs. C’est le cas d’Hervé Novelli, maire LR de Richelieu : « La stratégie de développement de ma ville est basée sur l’attractivité touristique. Je ne veux pas que Richelieu soit encerclé par des éoliennes, dont l’efficacité énergétique n’est même pas démontrée. » Or, le département dispose d’une exposition au vent suffisante pour en installer.

Selon Samuel Neuvy, responsable régional de France Énergie Éolienne, les éoliennes fabriquées actuellement « balayent une plus grande surface, permettant de fonctionner avec un vent faible ». Même son de cloche chez Christophe Ahuir, vice-président de la communauté de communes du Val d’Amboise : « Certains élus fondent leurs arguments sur un atlas des vents quelque peu dépassé. » Dans ces conditions, difficile de donner du crédit aux affirmations des politiques sceptiques.

Qu’en est-il des autres énergies renouvelables ? Elles se scindent en deux catégories : les électriques (éolien, photovoltaïque, hydraulique) et les thermiques (géothermie et biomasse). Certaines de ces alternatives ne sont pas adaptées au territoire, comme les barrages hydrauliques. Selon le site Connaissance des Énergies, en 2017, ces centrales ont produit deux tiers des énergies renouvelables en France.

Pour qu’un barrage soit rentable, il faut une chute d’eau de 2 mètres minimum. « Ni la Loire ni le Cher ne possèdent de chute de cette envergure », explique Vincent Loison, directeur technique du Syndicat nouvel espace du Cher. Autre idée avec l’hydrolien, une structure composée d’ailerons qui tournent en fonction de la vitesse du courant. Mais cette innovation pourrait, entre autres, altérer la migration des poissons.

« La région souhaite passer à 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050 »

Ces réglementations expliqueraient aussi pourquoi la géothermie et le photovoltaïque sur sol sont peu utilisés en Indre-et-Loire. La géothermie nécessite des forages profonds pour récolter la chaleur interne du globe terrestre, c’est un aménagement coûteux. Quant au photovoltaïque sur sol, certains projets sont des « aberrations » pour Pierre Richard, le président de la Sepant (Société d’étude, de protection et d’aménagement de la nature en Touraine). Lui et son association se sont opposés au projet de station photovoltaïque à Larçay : « Ce projet avait pour but de raser plusieurs hectares de forêt, c’est n’importe quoi. À l’inverse, la Sepant soutient l’installation de ces équipements sur des toits. »

Cette source d’énergie est en constante augmentation en France ces dernières années. Le département suit cette tendance, où quelques bâtiments, comme l’école primaire d’Ambillou (près de Chinon), parviennent à devenir autonome grâce au photovoltaïque.

De son côté, la biomasse, qui consiste à créer de l’énergie grâce à la combustion de matière végétale, a le vent en poupe. Dans un rapport de 2015, la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) expliquait que la biomasse représentait environ 75 % de la production d’énergies renouvelables dans la région. « Cette émission d’énergie est plutôt en avance en Indre-et-Loire », confirme l’ex-élu régional Gilles Deguet.

La première des deux chaufferies de Saint-Pierre-des-corps, installée en 2013, est un vrai moteur dans la région. Avec une puissance de 7,5 mégawatts, elle permet de chauffer 14 000 logements. Une nouvelle chaufferie est actuellement en construction à Joué-lès-Tours sur l’ancien site Michelin. Avec un potentiel de 300 000 tonnes de bois de chauffage sur le territoire, la biomasse semble promise à un bel avenir dans le département. Mais elle ne palliera probablement pas à elle seule le retard des autres énergies.

La mairie passe au vert

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L'installation de cette chaufferie biomasse est une "belle vitrine pour l'agglomération" selon Fabrice Voiry, directeur du service énergie de Tours Métropole Val de Loire.

Arnaud Roszak/EPJT

En 2014, l’équipe municipale de Notre-Dame-d’Oé a installé une chaufferie biomasse pour les locaux de la mairie. Les bienfaits sur l’environnement et l’économie sont réels.

Une fois à l’intérieur de la chaufferie, le changement de température est quelque peu brutal. « C’est normal, les copeaux de bois sont brûlés à plus de 300 °C », nous explique Patrick Gandon. Ce manager d’activité en maintenance et en exploitation travaille chez Hervé thermique. Depuis la mise en route de la chaufferie municipale de Notre-Dame-d’Oé en septembre 2014, la maintenance est assurée par cette société jocondienne.

Situé à côté de la mairie, ce bâtiment, long d’une petite dizaine de mètres, comporte deux pièces : une où l’on stocke les matières végétales, l’autre où l’on trouve la chaudière. Patrick Gandon décrit un système assez simple : trois à quatre fois par an, la société Dufeu (basée dans le Maine-et-Loire, à une cinquantaine de kilomètres) achemine par camion des copeaux de bois.

Il est préférable que la distance entre la chaufferie biomasse et le lieu où est coupé le bois n’excède pas les 100 kilomètres, afin de limiter l’impact carbone lié aux transports des matières végétales. Ces copeaux doivent être séchés au préalable pour une combustion longue, synonyme de meilleur rendement. Certains arbres sont donc proscrits, comme le pin et son taux d’humidité trop élevé. Il vaut mieux privilégier les châtaigniers par exemple, qui contiennent moins d’eau et pourront brûler plus longtemps.

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« Mis à part la maintenance, l'entretien de la chaufferie est loin d'être fastidieux. Il est très rare que des pièces soient à changer », explique Patrick Gandon.

Arnaud Roszak/EPJT

Une fois arrivé à Notre-Dame-d’Oé, le camion, grâce à deux tuyaux, déverse les morceaux de bois dans le silo de stockage. Des hélices situées au sol rassemblent les copeaux, afin de les faire passer par un cylindre relié à la chaudière. La puissance de celle-ci est de 80 kilowatts. « Là, le bois est brûlé à forte température. La chaleur dégagée va chauffer un échangeur d’eau, où passe l’eau du réseau », explique Patrick Gandon.

Ensuite, une pompe n’a plus qu’à faire circuler cette eau et ainsi permettre à la mairie d’assurer ses besoins en chauffage sans avoir besoin d’un appoint en gaz. « C’est la seule collectivité de Tours métropole Val de Loire qui fonctionne avec une chaufferie biomasse sans appoint », souligne Fabrice Voiry, directeur du service énergie de la communauté de communes. Trente-cinq tonnes de bois par an sont nécessaires pour les besoins de la mairie. Toutefois, le prix est inférieur à celui du gaz et n’est pas soumis à des variations de prix, comme pour les énergies fossiles.

Ce projet naît en 2014, quand la mairie fait l’acquisition du château de Mazières, une magnifique demeure située dans le bourg et entourée par un bois. Cette ancienne propriété privée était chauffée au fioul. « À l’issue d’un diagnostic thermique réalisé par le service énergie de Tours métropole Val de Loire, nous nous sommes rendus compte qu’une chaufferie biomasse semblait bien plus avantageuse que le chauffage au fioul », explique Jean-Luc Galliot, le maire de la ville depuis 1989.

L’équipe municipale a vite adhéré au projet : « Engagée dans la transition énergétique », elle avait mis en œuvre un plan climat territorial au cours du mandat précédent. Jean-Luc Galliot, qui est également le vice-président de Tours métropole Val de Loire, se dit « très favorable aux énergies renouvelables ». Il a contribué à les développer dans sa ville. Par ce jour ensoleillé, les panneaux solaires de la crèche du bourg brillent et les abeilles des ruches de la mairie sont de sortie.

La biomasse telle une publicité

Cette chaudière biomasse a coûté 145 000 euros hors taxes. Largement subventionnée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), un organisme lié à l’État, sa mise en place a été rapide. En effet, la chaufferie était livrée préfabriquée dans un conteneur. Selon Fabrice Voiry, cette installation est « une belle vitrine pour l’agglomération ».

« La municipalité est très satisfaite de ce choix sur tous les plans, reconnaît Jean-Luc Galliot. Nous avons réussi à réaliser une baisse de 50 % des coûts par rapport aux anciens propriétaires. La chaufferie bois contribue également à améliorer le bilan carbone de la collectivité. » La commune de Notre-Dame-d’Oé donne l’impression de vouloir poursuivre cette politique de conversion écologique. Peut-être que cet engagement donnera des idées à d’autres villes du département, en retard dans ce secteur.

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