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En pleine terre

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Bénédicte Galtier/EPJT

Le Centre Val de Loire est une région riches en productions agricoles. Première région céréalière d’Europe, le Centre vient également en tête des régions françaises pour la production oléagineuse. L’élevage tient sa part sans oublier la vigne, l’horticulture, le maraîchage et la culture fruitière. Cependant, depuis une trentaine d’années, le nombre d’agriculteurs baisse alors que les exploitations sont de plus en plus grandes..

Dans le même temps, nombre de jeunes producteurs s’installent ou transforment leur exploitation afin de produire autrement. Une production durable ou simplement plus moderne. Cet automne, les apprentis journalistes de l’EPJT sont allés à leur rencontre.

L’agroécologie comme credo

Yolain Gauthier développe depuis août 2017 un projet agroécologique sur un terrain situé aux Iles Noires à la Riche. Laissé à l’abandon et pollué pendant plus d’une vingtaine d’année, le terrain devrait être réhabilité d’ici deux ans.

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Yolain Gauthier, jeune agriculteur aux Îles noires de La Riche
Dans une petite plantation en bord de Loire, entre les serres et les cultures, la construction d’une guinguette, d’un élevage ou d’une ruche est imminente. En 2016, le lieu était une friche encombrée par 250 tonnes de déchets et une végétation intense. Et on n’y rencontrait, pour tout habitant, que des gens du voyage.

C’est à cet époque que Yolain Gauthier, 29 ans, découvre le lieu. Passionné d’agroécologie, cet ancien saisonnier s’est formé en autodidacte à cette science qui mêle agronomie et écologies. Malgré sa passion, quand Tours métropole Val de Loire lui confie un terrain sur ces Îles noires, il hésite : « Nombreux ont été ceux qui ont essayé de me dissuader. Mais, finalement, j’ai été convaincu que le terrain était propice à la culture. »

Pour Yolain, c’était l’occasion de montrer que l’on pouvait travailler autrement. En fait, plutôt que le terme travail, il préfère dire qu’il œuvre au quotidien.

« Je ne veux pas reproduire la culture de nos aïeux et retrouver cette pénibilité qui découle des méthodes de travail »

Un matin d’octobre à l’air étonnement chaud, vêtu d’un simple t-shirt blanc et d’un pantalon ample, Yolain Gauthier surveille du coin de l’œil un ami affairé à entourer de bois un container. Puis il parcourt les serres et observe le foin qui parsème le sol. Il y plonge la main et explique les différents états de décomposition.

Nourri et revitalisé par la décomposition de la matière, le sol devient apte à la production de légumes ou de fruits.

Le jeune agriculteur s’efforce également de réduire la pénibilité du travail. Il cherche à trouver des méthodes qui préservent le corps d’un travail physique conséquent. Dans cette optique, il a acheté des serres à bords droits pour pouvoir se tenir sur les côtés de celles-ci sans avoir à se courber. Il n’a recours à aucune mécanisation lourde : « C’est la recherche du bon sens, de la cohérence. »

Yolain Gauthier cherche à diversifier sa production. Pour l’heure, il a semé des engrais verts : culture d’avoine, de seigle, de trèfle ou de graine de moutarde. Il veut varier le plus possible pour toujours avoir des ressources si l’une de ses productions ne donne rien une année.

Un projet de vie

En regardant son abri, dans lequel une cuisine provisoire est aménagée, Yolain Gauthier dit espérer pouvoir vivre de son activité d’ici deux ans. Il bénéficie d’une subvention de la région Centre et de la dotation des jeunes agriculteurs par l’Etat. Il compte également sur la prochaine vente de ses paniers en circuit court. Composés d’épinards, de petits pois, de salades ou encore des fruits du verger, ils seront disponibles en livraison ou sur place dans quelques mois. Il estime son futur revenu dans une fourchette allant de « 800 euros à 1 200 euros ».

Pour Yolain Gauthier vivre d’agroécologie, c’est tout à fait jouable. Si son projet est le premier du genre, beaucoup d’autres pourraient voir le jour. Yolain lui, se dit chanceux mais conscient de devoir « essuyer les plâtres ».

Julie PETITFRERE (texte et photos)

Des fruits et légumes qui poussent en silence

A Fondettes, près de Tours, un couple de pépiniéristes prône une culture raisonnée des végétaux en favorisant la vente directe aux consommateurs. Intempéries, pesticides, concurrence des grandes surfaces sont autant de défis qu’ils relèvent pour proposer des produits de qualité.

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Anthony Lozada est le propriétaire de la pépinière du Bord de Loire.

Simon Philippe/EPJT

Le ciel est gris et la pluie tombe par intermittence. Les moins téméraires resteraient sous leur couette. Mais Anthony, veste de pluie sur les épaules, casquette bleu et blanc vissée sur la tête, est dehors depuis longtemps. Il est 9 heures. Bottes en caoutchouc aux pieds, il traverse un terrain parsemé de flaques, il parcourt sa pépinière.

Dans l’ouest de Fondettes, à quelques kilomètres de Tours, s’étend la Pépinière du Bord de Loire. Un domaine de 3 hectares où sont installés depuis 1998 Delphine et Anthony Lozada.

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La pépinière offre différents services : de la vente directe au consommateur, de la cueillette, des conseils, de l’installation. Un travail quotidien car les plantes ne s’entretiennent pas toutes seules. Dans les allées, un total de dix mille pots où poussent les végétaux. Jonathan, un des deux apprentis pépiniéristes, a pour mission de ramasser tous ceux que le vent a couché par terre pendant la nuit. « Celui qui trouvera un système pour les faire résister aux bourrasques a de l’argent à se faire », s’amuse Jonathan en continuant sa tâche. Des palmiers nains aux oliviers en passant par les figuiers, les espèces ont toutes un point commun : elles ont poussé ici et sont parfaitement adaptées au climat régional. Elles pourront donc, sans problème, garnir les terrasses et les parterres des clients qui les auront choisies.

« Le bio n’existe pas »

Dans la pépinière, le cycle des saisons est respecté pour une vente directe de qualité. En cette période automnale, le fruit phare du moment est la fraise. Mais « la saison des sapins débute aussi », glisse Delphine. Sur une petite parcelle, dans le fond de leur terrain, on trouve une forêt miniature. « Un sapin s’entretient à peu près sept ans avant de pouvoir être vendu. Les clients viennent choisir celui qui leur plaît le plus. On le coupe et ils repartent avec, explique-t-elle. Il est forcément satisfait et on ne coupe pas d’arbre pour rien. » Le client est donc roi. Et l’absence d’intermédiaire satisfait vendeurs comme acheteurs.

« Le bio n’existe pas », déplore le propriétaire. Le domaine n’est pas certifié du label vert. La raison est simple. Entouré de champs de maraîchers, le domaine est vulnérable aux pesticides voisins. « On ne ment pas », ajoute le propriétaire. Un coup de vent et les plantes de Delphine et Anthony sont touchées par les pesticides. Fongicides et pesticides ne sont pas pour autant tolérés sur ces terres.

Les Lozada ont l’intime conviction que la culturelle naturelle reste la meilleure solution. Toutes les substances chimiques peuvent être remplacées par leurs équivalents naturels, que ce soit des molécules végétales ou des minéraux. Par exemple, « avec du sel et du vinaigre, on désherbe et on entretient les chemins », explique Anthony. La pépinière s’équipe actuellement d’un système de goutte à goutte. Une stratégie plus économique et plus pratique que l’arrosage automatique classique. « On n’arrose que ce qui en a besoin », assure Anthony.

Dans les années cinquante, il y avait plus de 500 pépiniéristes dans la région. Selon Anthony Lozada, ils ne seraient plus qu’une petite trentaine en 2018. Cela serait principalement dû à l’arrivée des grandes surfaces comme Jardiland. « Une majorité de leurs plantes viennent de pays comme l’Espagne où elles sont plus faciles à cultiver. Les clients ont du mal à les entretenir, déplore Anthony. En plus, ces grosses entreprises sont beaucoup plus polluantes à cause des trajets effectués par les végétaux. » Alors qu’à Fondettes la plante ne se déplace avant de terminer dans les mains du client. Et cette tradition restera immuable pour Delphine et Anthony Lozada.

Simon PHILIPPE (texte et photos)

La deuxième vie des légumes invendus

Un couple de maraîchers ont trouvé la solution pour lutter contre le gaspillage : ils transforment leurs légumes invendus en soupe. Leur prochain défi ? Convertir leur exploitation à l’agriculture biologique.

Stéphanie Hue slalome entre les cagettes de choux, de carottes et de cucurbitacées. Elle rejoint à l’étiquetage son employé, Pascal Panier. « Aujourd’hui, c’est le rush, dit-elle en apposant une étiquette sur une des bouteilles de soupe. Hier, nous étions en cuisine. Ce matin, nous avons ramassé les légumes. Demain, Pascal ira au marché. Nous ne nous arrêtons jamais ! »

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Stéphanie Hue en plein étiquetage des soupes artisanales

C’est au milieu de cette agitation que Carine Kermabon débarque dans l’entrepôt. Gérante de Label Echoppe, une épicerie écocitoyenne de Rochecorbon (à 8 kilomètres de Tours), elle met en avant les produits locaux et privilégie le vrac et le zéro emballage. Elle vient donc s’approvisionner en légumes et soupes artisanales à la Maison Picou. La ferme agricole et Label Echoppe collaborent depuis les débuts de l’épicerie. « Cela fera un an en décembre », précise Carine.

La jeune femme pressée transfère les cagettes de l’entrepôt jusqu’au coffre de sa voiture en un temps record. Moins d’un quart d’heure plus tard, elle est repartie. Comme Carine, épiceries fines, charcuteries et magasins de producteurs de Touraine viennent s’approvisionner chez Stéphane Picou et Stéphanie Hue.

Objectif zéro gaspillage

Le couple gère l’exploitation Maison Picou. Cette ferme agricole, implantée sur les bords du Cher, prône le zéro gaspillage. C’est en 2003 qu’ils s’y sont installé. Cette année-là, l’entreprise qui emploie Stéphanie, responsable export, ferme ses portes. La jeune femme décide alors, avec son compagnon, de changer du tout au tout. Et de faire pousser des légumes.

Le premier été, celui de la canicule, il y a eu une surproduction de melons. « Une cliente m’a suggéré de faire des confitures pour éviter les pertes », raconte Stéphanie. Les voilà donc dans les casseroles, les bocaux puis sur les marchés pour vendre leurs produits. Stéphanie ne retourne pas dans l’export et se lance dans une formation pour devenir artisan.

Environ 15 % des légumes cultivés finissent en soupe

En 2004, le couple investit dans un laboratoire de transformation au sein de l’exploitation. Cela leur permet d’élargir sa gamme qui propose désormais des soupes, des sauces tomate, du confit d’oignon… Les invendus et la surproduction sont cuisinés. « Hier, nous avons fait de la soupe Moulinet, à base de carottes, de pommes de terre, de poireaux et de céleris. Nous arrivons quasiment à respecter notre engagement du zéro déchet, indique Stéphanie. Nous transformons aussi ce qui n’est pas vendable. Parfois, nous avons des carottes comme ça ! » Elle mime avec ses doigts une carotte toute biscornue.

Trop courts, trop moches ou bourgeonnants, environ 15 % des légumes cultivés finissent en soupe. « Avant, nous avions un mixeur manuel. Nous avons investi pour acheter un gros mixeur, une étiqueteuse et une fardeleuse, qui sert à faire des packs », explique Stéphanie. Désormais, 10 000 litres de soupe sortent du laboratoire chaque année, soit deux fois plus qu’il y a cinq ans.

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Yoana et Valia plantent les pousses de mâche.

Sur toute la surface de l’exploitation, la terre meuble laisse place à une boue peu praticable. Accroupie sous une serre, Yoana et Valia, deux jeunes Bulgares en emploi saisonnier, plantent les pousses de mâche. Des salades qui se retrouveront plus tard sur les marchés tourangeaux. Même les produits fragiles, comme les salades, ne sont pas jetés s’ils ne sont pas vendus. « Ce qu’on ne peut pas transformer part à la banque alimentaire », explique Stéphanie.

Depuis quelques années, la ferme agricole est en conversion vers une agriculture biologique. C’est un processus qui prend du temps : « Le désherbage représente un temps plein à lui tout seul », explique Stéphanie. Elle ajoute qu’un label bio s’accompagnerait d’une hausse des prix. En effet, le coût de production des légumes augmenterait également. Stéphanie explique qu’un plant de patates douces non traité lui coûte 1 euro, contre 50 centimes pour un plant classique.

Elle s’inquiète un peu de la réaction des clients : « Les gens ne comprennent pas pourquoi le bio est plus cher. » Mais elle reste tout de même déterminée à passer au bio. Le label « AB » tant espéré sera apposé sur les produits Maison Picou dès novembre 2019.

Amandine SANCHEZ (texte et photos)

La ferme aux œufs colorés

En Eure et Loir, Alice Challine est unique. Elle est en effet la seule agricultrice à produire des œufs de couleur. Une spécialité commencée il y a un an et reconnue par les chefs étoilés.

Une fois le portillon noir et rouillé franchi, c’est par des caquètements qu’Alice Challine est accueillie. Une centaine de poules se précipitent pour apercevoir la jeune agricultrice qui pénètre sur leur territoire. Un sceau d’épluchures à la main, elle est venue nourrir celles qu’elle appelle ses « poules de couleur ». Et ce n’est pas leur plumage qui leur vaut ce nom, mais bel et bien la couleur de leurs œufs. Bleus, marrons ou encore blancs immaculés, voilà la spécialité des poules d’Alice. Une spécialité qu’elle est la seule agricultrice à produire dans sa ferme de Billancelles, en Eure-et-Loire.

« Celle-ci, c’est une cream legbar,  explique Alice en désignant une grande poule au plumage beige et à la crête flamboyante. Elle est originaire d’Angleterre. C’est elle qui donne des œufs bleus. » Cette couleur singulière est due à une enzyme présente dans sa bile et qu’elle ne parvient pas à évacuer naturellement. Les œufs que nous consommons habituellement doivent eux leur couleur à son élimination dans leur organisme.

La jeune femme envisage déjà d’agrandir cet élevage qu’elle développe depuis un an. Ses poules sont plutôt capricieuses et elles ne pondent pas avec un rythme aussi régulier que celui des 5 000 poules de plein air qu’Alice élève aussi, sur 2 hectares. « Elles peuvent pondre un œuf tous les deux jours, parfois une fois par semaine, alors que les autres pondent tous les jours. Par exemple, ça fait deux semaines que les marans n’ont pas pondu », explique Alice en désignant de grandes poules au plumage brun, presque noir.

Une originalité reconnue par les plus grands

L’agricultrice avicole referme la porte du jardin et entre dans la pièce où elle entrepose ses œufs. Elle en revient quelques minutes plus tard, une boîte de bois à la main, estampillée du logo de son entreprise, Les Ö d’Alice. Elle en soulève fièrement le couvercle pour révéler un assortiment de quatre œufs – bleu, marron, blanc et traditionnel. « C’est l’échantillon que j’offre à mes potentiels clients quand je vais les démarcher », explique-t-elle.

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Alain Ducasse ou Christophe Hay, chefs étoilés, ou des restaurateurs locaux lui passent désormais commande. Un euro l’unité, c’est le prix qu’il faut débourser pour un œuf de couleur, soit trois à quatre fois de plus que les œufs classiques. Elle justifie déjà ce prix en expliquant que les chefs cuisiniers s’en servent comme ornement  : « Beaucoup de chefs avec qui je travaille vident l’œuf mais gardent la coquille pour en faire un élément de décoration dans l’assiette. »

C’est d’ailleurs suite à la demande de ces chefs qu’Alice envisage de passer au bio. Pour le moment, elle élève ses volailles selon le principe de l’agriculture raisonnée, respectueuse de l’environnement et du bien-être de ses poules. Mais elle doit prendre en compte les contraintes économiques. Elle nourrit ses volailles avec le grain produit par son mari, céréalier à Billancelles. Or celui-ci utilise des produits chimiques même si ce n’est que sur une part restreinte de son exploitation, envahies par les mauvaises herbes.

Alice ne traite ses « poules de couleur » qu’avec l’homéopathie. Alors que c’est impossible de le faire pour ses poules plein air. « L’homéopathie demande une adaptation de traitement selon la poule. Elles sont toutes différentes. Il faut également prendre en compte le terrain sur lequel elles vivent, pour qu’on retrouve dans leur traitement le même type de plantes que dans leur environnement. » Un traitement difficile et assez coûteux.

Alice accorde également une grande importance à l’agriculture locale. Elle est membre de Terres d’Eure-et-Loir, une marque créée et déposée par la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir, pour faire connaître au grand public les produits du terroir, comme les œufs d’Alice. Elle appartient également à l’association Le collège culinaire de France, dont le but est de mettre en valeur les pratiques de la culture gastronomique française et les métiers qui en sont issus. L’humoriste américain Bob Hope affirmait : « Si je devais pondre un œuf pour mon pays, je le ferais. » Alice, elle, fait pondre ses poules pour sa région.

Laurène ROCHETEAU

Quand le bio est victime de son succès

Producteur de viande bovine biologique, Éric Devant a su prendre le tournant du bio et du circuit-court à un moment critique pour les éleveurs. Mais au delà de l’image bucolique de cette production haut de gamme, il confesse les difficultés qu’apporte la démocratisation de la pratique.

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Les pieds enfoncés dans de larges bottes, Éric Devant, éleveur de bovins labellisé Bio, arpente  une terre rendue meuble par plusieurs jours de pluie. À peine traverse-t-il le passage canadien que toutes ses génisses limousines l’encerclent.

Isolé dans ses 125 hectares de champs situés au Néman, dans l’Indre-et-Loire, Éric n’entend que ses vaches meugler, accompagnées des froids murmures du vent. Habituellement, elles paissent sur deux archipels que l’éleveur possède : l’une placée sur la Loire, l’autre à la confluence entre cette dernière et l’Indre. Mais le temps plutôt sec des dernières mois a laissé le fleuve à un si bas niveau que ses bêtes pouvaient traverser et fuir vers la route. Alors il les a installées dans ses terres fermées de clôtures barbelées, le temps que la nature pluvieuse fasse à nouveau son œuvre.

Sa vision de l’élevage biologique, c’est la liberté des animaux et l’amour pour ces derniers. Il n’y a qu’à le voir, au milieu de ses bêtes, leur caresser l’échine, leur parler, leur donner des surnoms affectueux.

Renaître après la vache folle

C’est en 1996 qu’il se lance dans le bio, un peu malgré lui. On est alors en pleine crise de la vache folle. Le commerce de la viande bovine s’effondre. Les gros titres apprennent au monde que la maladie, qui a décimé plusieurs dizaines de milliers d’animaux, peut être transmise à l’humain. Face à la paranoïa ainsi déclenchée, Éric Devant comprend qu’il doit trouver une solution. La seule qui lui paraît réalisable est de rétablir la confiance des consommateurs.

Il commence à transformer sa viande sur place, c’est-à-dire à la découper en en suivant les morceaux que l’on connaît : épaule, faux-filet, entrecôte, etc. Puis il fait du porte-à-porte, un chemin de rédemption d’un crime commis par d’autres. Car, lui, il l’assure, n’a jamais utilisé de farine animale, cause de la crise sanitaire. Visiblement, les gens du coin le croient car il s’en sort .

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Mais il aura fallu – pour lui, comme pour beaucoup d’autres – cette terrible crise pour pour saisir l’importance du bio et du circuit-court. Et en saisir l’opportunité. Lentement, mais sûrement, ce modèle s’impose comme la seule alternative crédible et rentable pour ces professionnels de l’alimentation. En 2017, les volumes de viande biologique abattue ont atteint 35 572 tonnes en France, c’est 10 % de plus que l’année précédente.

Victime de son succès

Les nombreuses conversions d’éleveurs conventionnels vers le bio ces dernières années, attirés par des prix plus compétitifs, ont mis de nombreux animaux supplémentaires sur le marché. De 543 éleveurs en 2000, ils sont passés à 3 283 en 2017, rien que pour la viande bovine. Manne ou problème ? Un peu des deux. La demande augmente encore, mais l’offre est elle aussi de plus en plus importante et finit par la surpasser. « Cette année les prix se sont maintenus, affirme Éric, mais comme il y a de plus en plus d’offres, ils risquent de baisser l’année prochaine. »

L’avantage des éleveurs bio comparé aux éleveurs conventionnels se révèle fragile à mesure que leurs produits se démocratisent. Cette alternative à la crise du secteur bovin semble être victime de son succès. D’autant que le gouvernement a fixé l’objectif, en juin dernier, d’atteindre 15 % de surfaces bio en 2022 (tout type de culture et d’élevage confondus), contre environ 6,5 % actuellement.

Face à ces difficultés grandissantes, Éric Devant s’est tourné vers le circuit-court et la production à la commande. « Comme je ne suis pas intensif et que je produis peu de kilos de viande à l’hectare, il fallait que je valorise mieux mes animaux », explique l’éleveur. Pour ce faire, il a choisi de privilégier le contact avec le client grâce à la vente directe, qu’il organise dans sa ferme.

Éric commerce également avec des coopératives bio et des bouchers tourangeaux, avec qui il entretient une relation de confiance : « Je leur fais toujours le même prix. Que la vache soit petite ou grosse, c’est toujours 6 euros le kilo en dû », tandis que les grandes surfaces le lui prennent moitié moins cher. C’est aussi pour cette raison qu’Éric a décidé de se débarraser des intermédiaires : il n’est « pas très copain avec les grandes surfaces ».

Dorian LE JEUNE (texte et photos)

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