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A l’école du catch

Le catch revient sur les écrans de télévision française. Et ça marche ! Enfants et adolescents en raffolent. Alors plutôt que d’imiter en pyjama des superstars comme Rey Misterio  ou The Undertaker, les fans s’inscrivent dans les écoles de catch. Une tendance qui se développe en France, malgré l’absence de législation sur le sujet.

Dossier réalisé par Véronique DE SA, Nicolas FRANÇOIS, Jeanne LA PRAIRIE et Victor TRIBOT LASPIERRE

Des couleurs chatoyantes, des personnages attachants ou énervants, des histoires de rivalités et, surtout, de la bagarre, des coups de poing, des coups de pied, des sauts de l’ange avec atterrissage contrôlé droit dans les abdos : le catch signe son grand retour. Dans les cours de récréation, on commence à parler du lutteur Batista autant que de Tony Parker ou de Karim Benzema. Le nombre de publications sur le « Catch-as-catch-can » (attrape comme tu peux) explosent. Les chaînes de la TNT, NT1 en tête, retransmettent les galas de la WWE et battent des records d’audience.

Des clubs se créent partout en France, tournés, pour la plupart, vers le loisir. « On offre un défouloir aux gamins qui viennent s’inscrire, confie Bruno Benoit, directeur de l’école de catch d’Amboise en Indre-et-Loire, créée en septembre 2009. Ils regardent tous le catch à la télévision et veulent faire pareil. Alors, il vaut leur apprendre comme il faut. » « La Panthère Rose », « Lady C » ou encore « Black Tiger », à Amboise, les élèves ont chacun leur nom de scène. Ils s’échauffent et entrent dans le vif du sujet en enchaînant les prises enseignées par le professeur. Ce dernier insiste bien : « On fait semblant ! » On apprend les techniques du catch comme on apprend celles du karaté ou de la boxe : on regarde et on imite.

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A l’école d’Amboise, on regarde et on imite…

Victor Tribot Laspierre/EPJT

 

Absence de réglementation

Marc Mercier, actuel président de la Fédération française de catch professionnel déplore la création d’écoles à tout va. Un paradoxe qu’il explique : « Elles sont dangereuses, car le catch y est enseigné par des personnes non-professionnelles. On voit des enfants de 8 ans qui font des mauvaises chutes alors que leur croissance osseuse n’est pas terminée. Je pense qu’on ne devrait pas commencer avant 14 ans. » Fort de ce constat, cet ancien champion du monde a créé sa propre structure, la Catch Academy, pour former des catcheurs destinés à entrer dans le circuit professionnel. Il regrette l’absence totale de réglementation. « Avec tous les accidents qu’il y aura en 2010, le ministère sera obligé de faire quelque chose. » Car, curieusement, la discipline n’est pas reconnue par le ministère de la Jeunesse et des Sports pour qui « les rencontres professionnelles étant arrangées à l’avance, cette pratique ne répond pas aux critères d’éthique, d’équité sportive et d’aléa du résultat permettant de la considérer comme discipline sportive ».

Conséquence, aucune fédération ne délivre donc de diplôme reconnu. A Amboise, Bruno Benoit possède une formation de professeur de boxe. Il a suivi quelques stages de catch et enseigne chaque semaine à une vingtaine d’élèves. Mais il n’a eu besoin d’aucune autorisation particulière. Il s’inquiète, lui aussi, de ce vide juridique : « Aujourd’hui, n’importe qui peut créer une école de catch, explique-t-il. Il suffit de créer une association, de disposer d’une assurance et d’un lieu pour pratiquer. » Pour le moment, aucun de ses élèves n’a eu d’accident.

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Kévin, 15 ans, vient s’entraîner tous les vendredis à Amboise.

Victor Tribot Laspierre/EPJT

Jimmy Gavroche, le gamin de Paris

A seulement 23 ans, Jimmy Gavroche, le champion de France des poids moyens de catch sportif, est une figure incontournable de la scène française.

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Jimmy Gavroche, ( à gauche), le catcheur qui monte, qui monte.

DR

« A 6 ans, je me levais à 6 h 30 tous les samedis pour regarder les matchs à la télévision. Il ne fallait pas venir me déranger ! » Mais à l’époque, il n’y avait guère de salle pour accueillir le jeune fan qui se tourne alors vers le judo. A 15 ans, Jimmy tombe par hasard sur le site internet de la Wrestling Stars, une des plus grosses fédérations de catch en France. C’est la révélation. « Je me suis dit qu’après avoir passé tant d’années à regarder mes idoles sur le petit écran, il était temps que je passe à la pratique et que je devienne une idole. »

Jimmy commence par effectuer des stages de catch et intègre par la suite l’école française de catch. Lieu où il rencontrera son mentor, Flesh Gordon. Avantagé par son expérience des arts martiaux, le futur Gavroche n’a peur de rien. « Quand on sort d’un match de catch, on a des douleurs à toutes les articulations. C’est un truc de dingue ! Mais on prend tellement de plaisir qu’on n’a qu’une hâte : retourner sur le ring. » Le succès peut coûter cher comme en témoigne une « double entorse » ou « une clavicule déplacée à vie ». Il insiste en déclarant qu’il est hors de question de laisser dire que le catch est une parodie de sport. « C’est un sport de combat où on donne de vrais coups. Je dirais qu’il y a 10 % de spectacle et 90 % de sport. La partie spectacle étant l’entrée du catcheur sur le ring. »

Jimmy apprend vite. L’élève est persévérant et doué. Adepte de la voltige, il adore toutes les prises aériennes qui deviendront sa marque de fabrique. Peu à peu, son personnage de Gavroche – en référence au célèbre gamin des Misérables, de Victor Hugo –  se dessine sous les acclamations du public. « Le personnage est en fait la continuité de la personnalité du catcheur. Il est présent dès le départ. Mais vous ne savez pas encore qui c’est », précise le titi parisien. Jimmy a conscience d’avoir accompli d’énormes progrès en peu de temps. Avec deux à quatre heures d’entraînement par jour, sa passion occupe une place majeure dans son quotidien. Mais, « ne pouvant vivre du catch », le champion poursuit ses études et prépare un master en immobilier au Conservatoire des arts et métiers de Paris. Ce qui ne l’empêche pas de s »investir à fond dans sa discipline puisqu’il a pris le relais de ses professeurs et propose des stages pour la faire découvrir. D’ailleurs, il n’est pas exclu que le champion de France, qui devra défendre à nouveau son titre le mois prochain, donne des cours catch à Tours. Avis à tous les intéressés.

The Wrestler Ce film de Darren Aronofsky retrace l’histoire de Randy « The Ram » Robinson, un catcheur ayant connu ses heures de gloire dans les années quatre-vingt, mène une vie misérable. Au cours d’un combat il s’effondre, victime d’une crise cardiaque et doit arrêter. L’occasion pour lui de reprendre contact avec sa fille qu’il avait abandonnée. Mais l’appel du catch ne tarde pas à se faire à nouveau entendre… The Wrestler a reçu le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2008, signe le grand retour de Mickey Rourke dans un premier rôle au cinéma. Disponible en DVD.

Le catch dans les cours de récréation

Après les Pokémon et Hello Kitty, c’est au tour du catch de d’envahir les cours de récréation. Un engouement qui peut présenter certains dangers pour les enfants.

Les petits catcheurs d’Amboise by epjt37

Les catcheurs ont des gros muscles huilés et des visages enragés, des noms improbables tels que Rey Misterio, The Undertaker ou Triple H. Ce sont les nouvelles idoles des enfants. Le catch est en effet  la nouvelle coqueluche des 4-14 ans. Un succès dû en partie à « Catch attack », une émission de catch américain diffusée tous les samedis soirs sur la chaîne NT1.

Le problème est qu’à cet âge les enfants ont tendance à imiter leurs idoles. Ils jouent au catch comme on joue à chat. Un comportement qui peut provoquer des accidents voire des blessures graves, d’après Jean-Pierre Lamy, directeur de l’école élémentaire Blaise-Pascal-et-Diderot à Tours : « Depuis que le catch est de nouveau diffusé à la télévision, je constate plus de problèmes que d’habitude. Pendant les récréations, les enfants tentent de reproduire ce que font les catcheurs mais cela dégénère toujours. Pour la plupart, ils ne savent pas que c’est truqué. »

Certaines écoles, comme celle d’Equinghem-Lys dans le Nord, font appel à des catcheurs professionnels pour mieux sensibiliser les enfants. Les lutteurs expliquent que le catch est un sport de spectacle où tout est sécurisé et répété à l’avance. A des fins préventives, le CSA planche actuellement sur ce sujet afin d’établir une signalétique lors des émissions de combat.

Le catch, un marché juteux

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Le lot de six figurines (15 centimètres de haut) est vendu 99 euros.

A Noël dernier, les 4-14 ans ont tous opté pour le catch. Les héros de ce sport ont même réussi le tour de force de détrôner Spiderman et Batman de leur piédestal au rayon des jouets. Des figurines à l’effigie de leurs idoles aux cartes autocollantes en passant par les cartables, tout est décliné. Ce business plus que juteux est tenu d’une main de fer par la World Wrestling Entertainment. Sa force est d’avoir signé des contrats d’exploitation de licences avec de grands fabricants de jouets, comme Mattel qui a remporté l’exploitation commerciale pour l’année 2010.

La WWE, entreprise américaine cotée en bourse, a réalisé un chiffre d’affaire de 339 millions d’euros en 2009. Elle est dirigée par la famille McMahon depuis sa création, en 1952, par le grand-père de l’actuel président, Vince McMahon. Ce dernier a lui-même été catcheur professionnel et a remporté deux fois le championnat du monde. Véritable institution aux Etats-Unis, la firme joue sur tous les tableaux en produisant également de la musique, des films, etc.  L’an dernier, la WWE a vendu pas moins de trois cent mille DVD en France. Elle a également réussi à battre le record d’affluence dans un stade, alors détenu par le dernier Super Bowl. Mais ce succès ne semble pas être fait pour durer. D’après les spécialistes en marketing, cette mode, au moins en France, aurait une durée de vie de deux ans maximum.

Gala de Catch à Evreux (27)

Deux mille personnes sont attendues le 30 janvier à a salle omnisports d’Evreux (27), en Normandie. Organisé par la Fédération française de catch sportif, ce gala réunira les meilleurs catcheurs français comme Flesh Gordon, superstar de 56 ans et 100 kilos. Les spectateurs pourront également assister à un match féminin. Plus d’infos : 02 32 31 89 45. Tarif : 5 euros.

Les principales déclinaisons du catch

Catch mexicain : Lucha Libre. Le plus coloré

Les lutteurs portent systématiquement un masque et un costume aux couleurs vives. Les prises utilisées lors des combats se caractérisent par les sauts, ce qui offre un spectacle très aérien. Les combats sont plus rythmés et plus rapides qu’au catch américain. L’humiliation suprême, pour un lutteur ? Se faire ôter son masque par l’adversaire. Ce geste peut signer l’arrêt de sa carrière.

Un bar à catch à Paris

A Paris, sur la montagne Sainte-Geneviève, la Lucha Libre bar propose des soirées catch. Les amateurs peuvent y déguster leurs tapas en regardant des combats acrobatiques hauts en couleurs, mais aussi enfiler les masques de catcheur mexicain pour s’affronter entre amis. Un endroit unique en son genre. Cocktail mexicain garanti à base de mojitos framboise, de tapas et de "coups de la corde à linge". La Lucha Libre 10, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève 75005 Paris

Catch japonais ou Peroresu. La bagarre, rien que la bagarre

La part belle est donnée au combat.  Dans ce style de lutte, l’atmosphère ressemble à celle d’une salle de combat classique. Il n’y a pas d’histoire ni de mise en scène entre les catcheurs, généralement vêtus sobrement. L’accent est mis sur les combats, souvent très violents, bien que leur scénario reste prédéterminé. Les techniques sont similaires à celle du catch américain ou européen, mais appliquées de manière plus brutale. Pratiqué par des femmes, on l’appelle « Johi peroresu », soit « catch féminin ».

Catch hardcore. Tous les coups sont permis

Dérivé du catch wrestling classique, il autorise notamment la présence d’objets. Les plus utilisés sont les chaises et les tables pliantes, les échelles mais aussi la masse ou la batte de baseball.  Tous les coups, ou presque, sont permis. Plusieurs personnes peuvent monter sur le ring sans que cela mène à la disqualification. Enfin, lorsque le match se joue selon la règle du 7/24, le catcheur tenant du titre doit défendre sa couronne tout le temps, sur le ring et en dehors, du moment qu’un arbitre officiel est présent. On lutte donc dans des lieux publics, des appartements, en plein air, etc. Cela donne lieu à des mises en scènes très riches, idéales pour la télévision. Il est très populaire aux Etats-Unis.


Remerciements pour les vidéos : chuteboxe57, DiagonalView, Rey Mysterio

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